L’aide humanitaire privée « a besoin de coordination »

Le rôle grandissant du secteur privé dans la réponse aux catastrophes, comme celles qu’a connues récemment l’Indonésie avec [le volcan] Merapi ou le[tsunami] des Iles Mentawai, renforce l’atténuation des catastrophes dans le pays, mais suscite aussi des inquiétudes concernant la coordination.



« Les organisations privées qui fournissent de l’aide sont trop nombreuses pour qu’on puisse même les nommer, » a dit le porte-parole de l’Agence nationale indonésienne pour l’atténuation des catastrophes (BNPB), Hartje Robert Winerungan, en parlant de l’aide humanitaire du secteur privé qui a suivi la double catastrophe d’octobre 2010.



Selon le gouvernement, plus de 300 000 personnes ont été déplacées et quelque 300 sont mortes après les multiples éruptions du volcan Merapi, à Java Centre ; quant au tsunami des Iles Mentawai, au Sumatra Occidental, il a provoqué le déplacement de près de 11 500 personnes et fait plus de 450 morts.



Le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA) dit que la présence du secteur privé dans les opérations de secours a considérablement augmenté ces deux dernières années ; dans le cas de l’Indonésie, cela s’est accompagné d’une augmentation des contributions internationales, selon l’échelle de la catastrophe.



Rien qu’en 2009, tous les engagements, contributions et promesses des donateurs internationaux concernant le séisme au Sumatra Occidental - la plus grave situation d’urgence de l’année dans ce pays - se sont montés à 76,4 millions de dollars, c’est-à-dire presque six fois plus que toute l’aide humanitaire allouée à l’Indonésie en 2008.



Les donations émanant du secteur privé ne sont pas comptées séparément de l’ensemble des secours internationaux en cas de catastrophe, du fait que les dons peuvent être ponctuels, informels et en nature, et souvent ne sont pas reflétées indépendamment dans les documents officiels.



La coordination



Le rôle de plus en plus important du secteur privé présente un défi pour la planification nationale de la réponse aux catastrophes, a dit Ibu Titi Moektijasih, une analyste des affaires humanitaires d’OCHA.



La BNPB dirige l’équipe d’atténuation des catastrophes qui comprend des organisations non gouvernementales (ONG), le secteur public et le secteur privé, le gouvernement et la société civile. Mais la coordination avec un secteur privé toujours plus actif - et qui [jusqu’à présent]opérait en général indépendamment de la communauté humanitaire - est parfois difficile.



« Le secteur privé a ses propres financements et peut certes fournir des ressources précieuses, mais il n’est pas formé à l’atténuation des catastrophes. L’équipe indonésienne de réponse aux catastrophes ne peut pas atteindre son maximum d’efficacité si chaque partie travaille de son côté, » a t-elle conclu.



« L’effort de coordination peut certainement être organisé et dirigé de façon plus efficace, » a dit Mme Titi.



Sinta Kaniawati, le directeur général de l’Unilever Indonesia Foundation, qui a fait don de produits de nettoyage aux personnes déplacées après les catastrophes d’octobre, est d’accord.



« Nous collaborons avec de nombreuses ONG dans nos efforts humanitaires, mais le gouvernement doit donner [au secteur privé] une plus grande place dans le programme indonésien de réponse aux catastrophes, afin d’accroître son efficacité. »



Quoiqu’une coordination plus stricte soit désormais requise, les entreprises représentent des avantages certains pour les opérations de secours, a dit Mme Titi. « Elles peuvent travailler de façon plus efficace, étant familières avec la région, et leur assistance est immédiate. »



A Merapi, par exemple, le fournisseur de télécommunications Indostat a joué un rôle clé dans le rétablissement de la connexion à l’Internet, en ouvrant à l’équipe de réponse aux catastrophes l’accès à la banque de données d’atténuation de la catastrophe du Merapi, gérée par une ONG locale, Combine, qui fournit des informations actualisées sur la distribution de l’aide humanitaire et sur l’activité du volcan.



Travaux en cours



Agni Pratama, coordinatrice à l’ONG Mercy Corps du programme Our World Our Family [Notre monde, notre famille] a dit que des volontaires du secteur privé avaient collaboré à son nouveau programme Mother and Child [Mère et Enfant] sur la nutrition des jeunes enfants, qui couvre aussi bien la production de l’alimentation et sa préparation que sa distribution.



Mercy Corps a formé des volontaires du secteur privé pour qu’ils puissent se charger des opérations du programme, de façon que l’ONG puisse concentrer ses efforts sur d’autres domaines, comme la distribution des produits non alimentaires aux personnes déplacées.



« Quoique les conditions climatiques extrêmes aux Mentawai aient posé des difficultés, les efforts d’atténuation de Mercy Corps à Mérapi et aux Mentawai ont été plus efficaces que les années précédentes, et ceci est dû en partie au partenariat noué avec les entreprises privées,” a dit Mme Pratama



ab/pt/mw – og/amz