L’alimentation – un objectif pris au sérieux

Les prix record atteints par les céréales de base en 2008 ont rendu les investissements dans l’agriculture très intéressants tant pour les pays exportateurs de denrées alimentaires que pour les pays importateurs. L’Union africaine (l’UA), avec son mélange de producteurs et d’acheteurs, se prépare progressivement à assurer son autosuffisance.



Peu après être devenu président de l’UA en 2010, le président du Malawi, Bingu wa Mutharika, a annoncé un plan destiné à atteindre la sécurité alimentaire en Afrique d’ici cinq ans.



Selon Martin Bwalya, directeur du Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture Africaine (PDDAA), le plan septennal de l’UA, qui mettait l’accent sur l’agriculture afin de promouvoir la sécurité alimentaire et la croissance économique, et de réduire la pauvreté, a été mis en route il y a cinq ans.



A la fin de 2010, les plans de développement agricole de 18 pays africains avaient été soumis à une évaluation technique indépendante rigoureuse et étaient en cours de déploiement.









« Si elles sont bien gérées, utilisées sur une courte période et destinées à renforcer les marchés et les infrastructures agricoles existants, les subventions sont beaucoup plus efficaces »

Plus de 60 pour cent de la population africaine vit en zone rurale et dépend principalement de l’agriculture pour son alimentation et ses revenus. L’agriculture représente entre 20 et 60 pour cent du Produit intérieur brut (PIB) dans les coffres nationaux.



Dans un document intitulé The African Food Basket [le panier alimentaire africain ], M. Matharika a expliqué en détail son plan qui demande aux pays d’allouer une part substantielle de leur budget à l’agriculture, de fournir des subventions pour les intrants agricoles et de mettre à la disposition [des populations concernées] des technologies d’information et de communication à des conditions abordables.

 

Cela serait possible grâce à un nouveau partenariat stratégique entre les pays, les donateurs, les agences humanitaires et le secteur privé.

 

Le PDDAA, lancé en 2003, couvre les principaux aspects du plan de M. Mathurika, y compris l’engagement de consacrer au moins 10 pour cent des budgets nationaux à l’agriculture.



Dans le cadre de ce programme, les pays élaborent des plans d’investissement complets qui incluent les quatre piliers du PDDAA : gestion durable des terres et des eaux, amélioration de l’accès au marché et intégration, augmentation de l’approvisionnement alimentaire et réduction du problème de la faim, et recherche, mise au point et diffusion de technologies.



« Nous demandons aux pays de consacrer au moins 10 pour cent de leur budget annuel de dépense à faire preuve d’appropriation locale [du projet] et de responsabilité. », a dit M. Bwalya.



Même si les subventions pour l’aide au développement restent importantes, a t-il ajouté, il est également crucial que les pays envisagent des mesures destinées à attirer les financements directs du secteur privé pour l’agriculture.



L’Ouganda, l’un des 18 Etats à avoir été soumis à la procédure d’évaluation, a fourni près de 65 pour cent des financements nécessaires sur son propre budget.



L’agence de développement de l’UA, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (le NEPAD), qui gère le PDDAA, aide les pays à mobiliser des financements.



Parvenir à l’autosuffisance alimentaire en cinq ans, est-ce un objectif réaliste ? Pour Ousmane Badiane, directeur pour l’Afrique de l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (l’IFPRI), c’est beaucoup demander.



Il a fait remarquer que l’UA compte 53 membres dont les investissements, le développement et les besoins en matière d’agriculture sont très variés, et que certains pays n’ont pas la capacité structurelle d’atteindre l’objectif de l’autosuffisance alimentaire pour de multiples raisons, dont les conflits civils.



Agir au niveau régional



Une possibilité plus réaliste, selon M. Badiane, serait que les pays qui sont capables d’améliorer leur production alimentaire produisent suffisamment pour pouvoir nourrir leurs voisins moins productifs. Cela implique de développer le commerce régional et d’investir dans les transports, les voies ferrées et les routes pour relier entre eux les pays.

 

Les membres de l’UA commencent à considérer l’intégration régionale de l’économie « sérieusement », a noté Calestous Juma, professeur de développement international à l’Université de Harvard, dans son livre récemment publié, The New Harvest [La  nouvelle récolte].



Il considère les marchés régionaux comme l’une des trois opportunités qui pourraient consolider la sécurité alimentaire en Afrique contre la menace grandissante du changement climatique.



Il existe au moins huit Communautés économiques régionales , comme le Marché commun pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe (COMESA) et la Communauté Est-Africaine (EAC) « qui sont reconnues par l’UA comme des éléments essentiels pour l’intégration économique panafricaine ». Cependant, « la coopération régionale dans le domaine agricole en est à ses débuts et devra faire face à des défis importants. »



Les régions , écrit-il, pourraient atteindre la sécurité alimentaire « en capitalisant sur les différentes saisons de culture dans les différents pays et en faisant durer la période de disponibilité des produits partout plus longtemps. »



M. Mutharika et le PDDAA soulignent tous deux l’importance du développement des marchés régionaux. M. Mutharika a listé 12 couloirs commerciaux régionaux identifiés par les diverses Communautés économiques régionales et suggéré que l’UA définisse un cadre institutionnel pour chaque couloir.



Science et technologie



Dans son livre, M. Juma présente les avancées scientifiques et technologiques comme un autre facteur pouvant pousser l’Afrique vers l’autosuffisance alimentaire, et il recommande la création de pôles régionaux pour la recherche et l’innovation.



La recherche est menée par des groupes créés sous l’égide du NEPAD, tels le Réseau des biosciences d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale (BecAnet), responsable de la recherche sur les cultures alimentaires, dont la banane, le teff, le manioc, le sorgho et la patate douce. Des investissements supplémentaires dans les réseaux, en particulier les réseaux liés à l’agriculture, pourraient avoir des résultats d’une portée considérable.



Les subventions



La sous-utilisation des engrais a souvent été citée comme l’une des causes majeures des rendements médiocres de la production africaine. Seuls quatre pays, l’Egypte, le Malawi, Maurice et l’Afrique du Sud, ont dépassé la cible de 50 kilos à l’hectare fixée par l’UA, a dit M. Mutharika dans son plan.



L’utilisation des engrais en Afrique représente moins de 10 pour cent de la moyenne mondiale qui est de 100 kilos par hectare. « A eux seuls, cinq pays, l’Ethiopie, le Kenya, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe et le Nigeria, consomment environ les deux tiers du total  des engrais utilisés en Afrique, » a dit M. Juma.



M. Mutharika, qui a soutenu les subventions pour les engrais au Malawi, défend l’idée de manière convaincante. Aujourd’hui, 19 pays africains ont mis en place divers programmes de subventions d’engrais.



Pour M. Juma, des leaders comme M. Mutharika, qui a donné la priorité à la sécurité alimentaire, sont le troisième facteur capable de guider l’Afrique vers la sécurité alimentaire. Le gouvernement malawite consacre 16 pour cent de son budget national à l’agriculture.



Cependant, M. Badiane de l’IFPRI met discrètement en garde à propos des subventions, en rappelant le cas du Sénégal. Après l’indépendance, ce pays d’Afrique de l’Ouest a mis en place, dans les années 1960, un programme de subventions en agriculture encore plus complet que celui du Malawi. Ce programme « a eu un effet spectaculaire sur l’agriculture du Sénégal mais en 1979, l’une de ses agences [agricoles] avait accumulé un déficit correspondant à 98 pour cent du budget national. »



Si elles sont bien gérées, utilisées sur une courte période, et destinées à renforcer les marchés et les infrastructures agricoles existants, a t-il dit, les subventions sont nettement plus efficaces.















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Après 1994, le gouvernement du Rwanda a fourni des engrais aux agriculteurs gratuitement pendant quatre ans. En 1998, il a voulu transférer l’importation et la distribution au secteur privé qui, malheureusement, n’en avait pas la capacité ; le gouvernement a donc continué à acheter et à importer les engrais, mais a laissé au secteur privé la distribution et la vente.



Depuis, l’aide des institutions financières a permis au secteur privé de renforcer ses capacités d’importation, et au moins 20 compagnies importent désormais plusieurs centaines de tonnes d’engrais, a dit M. Badiane.



Pour aller de l’avant



Les plans de l’UA pour l’agriculture répondent aussi à d’autres problèmes majeurs concernant la sécurité alimentaire, comme l’irrigation (seulement quatre pour cent des zones cultivées en Afrique sont irriguées, contre 39 pour cent en Asie du Sud), l’amélioration de la fertilité du sol (la perte de sol et de nutriments du sol est directement responsable de la perte de plus de trois pour cent du PIB agricole africain) ; perte de stock après récolte (l’Afrique sub-saharienne perd environ 40 pour cent de sa récolte par an, contre un pour cent en Europe) ; et la mise en place de banques de données pour partager les informations d’alerte précoce et l’énergie.



Les échanges sur l’agriculture entre les pays sont importants : « Ils se rencontrent régulièrement et nous les aidons fonder leurs informations sur des données probantes, » a noté M. Bwalya du PDDAA.



M. Badiane a dit que dans cinq ans, s’ils continuaient à tenir le cap sur le PDDAA, un grand nombre de pays africains seraient, à défaut d’avoir atteint la sécurité alimentaire, dans une bien meilleure position pour se nourrir eux-mêmes.



jk/he- og/amz