Violations des droits de l’homme – Compte rendu

IRIN a publié une série de comptes rendus sur la crise qu’ont provoquée en Côte d’Ivoire les élections contestées de novembre 2010. Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara revendiquent tous deux la présidence et M. Gbagbo refuse de céder à la pression internationale et de se retirer. Cette série examine la position des Nations Unies, la question des droits humains, ainsi que les prises de position de l’Union africaine, de la CEDEAO, des gouvernements occidentaux, de l’Union Européenne et de la Banque mondiale.



Droits de l’homme – un tableau affligeant



Après un premier tour électoral relativement paisible fin octobre, des violences et des mauvais traitements ont commencé à être rapportés dans différentes régions de la Côte d’Ivoire. Ces incidents indiquent une grave détérioration de la situation générale des droits de l’homme et rappellent les atrocités commises au cours de la dernière décennie. À plusieurs reprises, les organisations de défense des droits de l’homme africaines, européennes et américaines ont tiré la sonnette d’alarme. Les leaders politiques rivaux et leurs supporters ont échangé des accusations de violences injustifiées.



Selon plusieurs, le 16 décembre a marqué un point de non retour. Ce jour-là, les partisans de M. Ouattara ont tenté de marcher sur le siège de la télévision nationale, Radio Télévision Ivoirienne (RTI), à Abidjan. Dans plusieurs quartiers de la capitale économique, des témoins ont souligné la violence arbitraire avec laquelle les forces de sécurité et les mercenaires libériens ont repoussé les manifestants.



Les experts des droits humains et les représentants de la société civile reconnaissent qu’il est particulièrement difficile d’obtenir une vue d’ensemble de la situation des droits de l’homme vu les rapports contradictoires publiés par une presse écrite hautement partisane.



Un militant de longue date de la société civile qui a demandé à garder l’anonymat a dit à IRIN: « Je me cache depuis qu’on m’a menacé, il y a plus de deux semaines. Parfois, on dirait que la situation se calme. On a souvent cette impression dans la journée, mais on ne sait jamais ce qui va se passer une fois la nuit tombée ».



Combien y a-t-il eu de victimes depuis le début de la crise ?



Simon Munzu, responsable de la division des droits de l’homme de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), a dit aux reporters le 6 janvier qu’au moins 210 personnes avaient trouvé la mort depuis le second tour des élections présidentielles le 28 novembre dernier. Si plusieurs chiffres ont été avancés au cours des dernières semaines, les supporters de M. Gbagbo maintiennent que la plupart d’entre eux ont été nettement exagérés. L’ONUCI a mis sur pied un service d’assistance téléphonique et demande à la population d’appeler pour signaler les problèmes de sécurité et les violations des droits de l’homme dont elle est témoin. D’après les responsables de l’ONUCI, le nombre de morts, de blessés et de disparus fluctue en fonction du niveau de tension politique à l’intérieur du pays. La tendance générale demeure alarmante. 



Quels types de violations ont été constatés ?



Un grand nombre d’organisations de défense des droits de l’homme locales et internationales, notamment Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International, ont tiré la sonnette d’alarme sur la situation en Côte d’Ivoire. Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a tenu une session extraordinaire consacrée à la Côte d’Ivoire à Genève le 23 décembre dernier. À cette occasion, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a prononcé un discours et la Haut commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Navi Pillay, a fermement condamné les violations des droits de l’homme commises en Côte d’Ivoire. Le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a fait connaître les préoccupations de la CPI quant à l’évolution de la situation.





















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La plupart des rapports soulignaient le même genre de pratiques et les dénonçaient de la même façon. Human Rights Watch et Mme Pillay ont fait part de leur profonde inquiétude face aux raids nocturnes menés par les forces de sécurité et d’autres groupes dans des quartiers d’Abidjan considérés comme majoritairement peuplés par les partisans de M. Ouattara. Au moins quatre personnes ont été tuées lors d’un raid contre le siège du Rassemblement des Républicains (RDR) de M. Ouattara à Yopougon dans la nuit du 1er décembre. Les organisations de défense des droits de l’homme ont fait état d’une série d’enlèvements dans des circonstances semblables. Les victimes de ces enlèvements ont été portées disparues ou retrouvées mortes. Plus récemment, une attaque lancée par les forces de sécurité contre les bureaux du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), un parti allié à M. Ouattara, à Abidjan, a fait au moins une victime.



Mme Pillay a mis en garde contre le risque de multiplication des exécutions extrajudiciaires. Les plaintes liées au climat de violence et d’intimidation, au rôle dangereux et provocateur de certains médias et aux restrictions de la liberté de mouvement sont également plus nombreuses et exacerbent les tensions existantes.



Par ailleurs, l’ONUCI est en conflit avec les forces de sécurité, qui lui refusent l’accès au charnier présumé de N’Dotré, tout près d’Abidjan. L’envoyé spécial des Nations Unies en Côte d’Ivoire, Young Jin Chin Choi, fait partie de ceux qui se sont vu interdire l’accès au site.

 

D’après les partisans du président sortant, les rapports des organisations de défense des droits de l’homme sont biaisés. Ceux-ci estiment en effet que les organisations ont mis l’accent sur la situation à Abidjan et n’ont pas rapporté les violences commises sur le territoire des anciens rebelles des Forces Nouvelles. Si HRW a reconnu qu’il était difficile de contrôler les exactions perpétrées dans ces régions, l’organisation a admis que « les violations commises par le passé par les soldats des Forces Nouvelles (FN) contre la population civile exige[aient] une attention immédiate ». Elle a également fait état d’« informations inquiétantes » de la part de réfugiés qui ont fui au Liberia selon lesquelles des soldats des FN s’en sont pris à des partisans présumés de M. Gbagbo.



Le 6 janvier dernier, M. Munzu a tenu un point de presse lors duquel il a souligné l’apparition de problèmes à évolution rapide à l’ouest, une région très volatile, et en particulier à Duékoué. Les Nations Unies ont confirmé que les affrontements sanglants entre des miliciens appartenant au groupe ethnique Guéré, soutenus par des mercenaires libériens, et certaines parties de la communauté Malinké locale, aidées par des ‘dozos’, des guerriers traditionnels, avaient fait 14 morts. Par le passé, Duékoué a été le théâtre de violentes confrontations entre les Guéré, loyaux à M. Gbagbo, et les Malinké, généralement considérés comme formant la majeure partie de l’électorat de M. Ouattara. Des conflits de longue date liés à la terre et à d’autres problèmes ont exacerbé les tensions existantes.



cs/cb