Pressions de Washington et Paris – Compte rendu

IRIN a publié une série de comptes rendus sur la crise qu’ont provoquée en Côte d’Ivoire les élections contestées de novembre 2010. Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara revendiquent tous deux la présidence et M. Gbagbo refuse de céder à la pression internationale et de se retirer. Cette série examine la position des Nations Unies, la question des droits humains, ainsi que les prises de position de l’Union africaine, de la CEDEAO, des gouvernements occidentaux, de l’Union Européenne et de la Banque mondiale.



Les Etats-Unis – La parole de Washington



La décision du Bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor des États-Unis d’interdire à Laurent et Simone Gbagbo et à trois de leurs proches de réaliser des opérations financières ou commerciales, « les isolant du système financier des Etats-Unis », est supposée aider à convaincre Laurent Gbagbo de se retirer.

Le gel des avoirs suit les restrictions de voyage imposées à M. Gbagbo et aux autres par le département d’Etat le 21 décembre.



De hauts responsables de l’administration Obama sont devenus de plus en plus critiques vis-à-vis de M. Gbagbo dans les semaines suivant l’annonce des résultats des élections. Alors que le décompte des voix était toujours en cours à Abidjan, Susan Rice, la représentante permanente des États-Unis à l'ONU, s’exprimant en tant que présidente du Conseil de sécurité, a rappelé ostensiblement aux dirigeants ivoiriens « qu’ils assument la responsabilité principale d’assurer un processus pacifique ».



Alors que l’impasse politique s’aggrave à Abidjan, les porte-paroles du département d’Etat, les chefs de départements, les observateurs de l’Afrique au Congrès et d’autres ont durci leurs critiques envers M. Gbagbo. M. Obama a lui-même a annoncé que « La communauté internationale contraindra tous ceux qui agissent pour saper le processus démocratique et la volonté du peuple à répondre de leurs actes ».



Lanny Davis, ancien collaborateur de Bill Clinton, a abandonné un contrat lucratif de relations publiques avec Laurent Gbagbo au bout de deux semaines, face à de vives critiques.



Souvent considérés par les sympathisants de Laurent Gbagbo comme un contrepoids utile à l’influence de la France à Abidjan, les Etats-Unis ont été accusés par Laurent Gbagbo en personne de faire cause commune avec la France dans le cadre d’une conspiration pour le faire partir afin de faire place à M. Ouattara.



Mais alors qu’elles traitent actuellement M. Gbagbo comme un paria, les Etats-Unis ont été un partenaire économique important et peu critique de la Côte d’Ivoire. Il y a des intérêts américains substantiels dans le cacao et le pétrole. M. Gbagbo a effectué une visite très en vue à New York en septembre 2007; alors que des sociétés de consultants travaillent dur à tisser des liens plus étroits entre les Etats-Unis et la Côte d’Ivoire, y compris pour la mise en place d’un « Caucus Côte d’Ivoire » bipartisan au Congrès.

Quelle est la position de la France ?



Le président français Nicolas Sarkozy a mené des appels de l’Europe demandant à M. Gbagbo de se retirer, tout en soulignant que la France n’avait pas l’intention d’intervenir militairement. M. Sarkozy a publié une série d’avertissements, dirigés vers Laurent et Simone Gbagbo. « C’est à lui de choisir son rôle dans l’histoire », a dit M. Sarkozy en parlant des choix laissés à M. Gbagbo.



La ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, a été tout aussi directe. Mme Alliot-Marie a été ministre de la Défense sous Jacques Chirac quand l’armée française a détruit la force aérienne de la Côte d’Ivoire, une opération de représailles décidée par Jacques Chirac après un raid aérien sur une base française qui avait tué neuf soldats français et un américain. Mme Alliot-Marie n’a pas hésité à diriger une réponse militaire française forte face aux manifestations populaires et aux émeutes anti-françaises.  





















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Alain Juppé, ministre actuel de la Défense, a souligné que « la France ne prendrait pas l’initiative d’une intervention militaire » et que la force Licorne, composée de 900 hommes, était là pour protéger les ressortissants français.



De même que durant les précédentes périodes de crise, il y a eu de nombreuses conjectures sur le rôle joué par la France en coulisse. Les sympathisants de M. Gbagbo considèrent comme acquis que la France fera tout ce qui est en son pouvoir pour placer M. Ouattara dans le palais présidentiel, et conservent de fortes suspicions que l’ancien mouvement rebelle des Forces Nouvelles était, au moins en partie, une création française. L’arrivée à Ouagadougou de l’ancien commandant de la force Licorne, Frédéric Beth, comme ambassadeur de France au Burkina Faso, a également généré de nombreuses spéculations.



Mais avec une telle masse de ressentiment dirigée à l’encontre de l’ONU, la France est presque devenue un adversaire secondaire.



La relation même de M. Gbagbo avec la France va bien au-delà d’une simple et franche antipathie. Alors que beaucoup d’anciens alliés l’ont exhorté à se retirer, il existe toujours de nombreuses zones de soutien pour lui au sein du parti socialiste français et ailleurs. L’ancien ministre des Affaires étrangères Roland Dumas et l’avocat chevronné Jacques Vergès se sont rendus à Abidjan avec l’intention visible d’embarrasser la France et d’autres parties qui veulent voir M. Gbagbo partir.



La Côte d’Ivoire reste le plus grand partenaire commercial de la France dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et son quatrième partenaire en Afrique subsaharienne. Il y a 140 filiales de grandes entreprises françaises en Côte d’Ivoire. Le chiffre d’affaire des entreprises françaises est un composant important du PIB de la Côte d’Ivoire.



cs/cb -sk/amz