De la recherche à la stratégie et à la politique

La recherche sur l’adaptation au changement climatique a évolué au cours des dernières années, mais les résultats des recherches ont-ils été vraiment adoptés ou mis en œuvre dans les politiques ? Comment convaincre les décideurs de choisir la bonne politique d’adaptation ? Voici quelques-unes des questions posées lors d’échanges organisés sur le thème de l’agriculture en marge de la conférence des Nations Unies sur le changement climatique à Cancun, au Mexique.



Le projet Research to Policy for Adaptation (RPA) - de la recherche à la politique pour  l’adaptation, financé par le ministère britannique pour le développement international (DFID), mène actuellement des études de cas dans trois pays africains afin de voir si les résultats des études de terrain ont guidé l’action des pouvoirs publics. Le projet franchira ensuite un nouveau pas en cherchant à faire en sorte que les recherches guident les politiques des gouvernements et qu’elles soient mises en application.



« Nous fournissons des outils aux chercheurs afin qu’ils analysent le processus d’élaboration des politiques d’un pays – cela leur permet d’identifier les espaces ou les occasions où les politiques sont élaborées dans ces régions », a dit Lars Naess, de l’Institut pour les études de développement de l’université du Sussex, qui travaille en collaboration avec les chercheurs présents dans les trois pays africains couverts par le projet.



Le processus est analysé sous trois angles concomitants : les discours et les preuves, les acteurs et les réseaux, la politique et les intérêts.



Blessings Chinsinga, un chercheur de l’université du Malawi qui participe au projet RPA, a utilisé ce processus d’analyse afin d’influer sur la politique agricole du Malawi.



Discours contradictoires



La recherche sur l’adaptation au changement climatique a montré que les céréales de base sont généralement moins tolérantes à la chaleur. Alors que les températures mondiales augmentent, il serait préférable pour les agriculteurs de faire pousser plusieurs variétés de cultures plutôt qu’une céréale de base afin d’assurer leurs revenus et leur nourriture. Le gouvernement du Malawi a adopté une stratégie de diversification des cultures et fournit des engrais subventionnés aux agriculteurs démunis.



M. Chinsinga s’est intéressé à la manière dont la diversification des cultures était mise en œuvre dans des districts exposés à la sécheresse et aux inondations dans le sud du Malawi.



« Au niveau national, le gouvernement s’est engagé à favoriser la diversification des cultures afin de renforcer la résilience des moyens de subsistance des agriculteurs, mais cet engagement a été éclipsé par l’impératif politique d’assurer la sécurité alimentaire », a dit M. Chinsinga lors de sa présentation à Cancun.

« La sécurité alimentaire était assimilée à la disponibilité du maïs, et même la distribution d’engrais dans le cadre du programme de subvention a été conduite à une période favorable à la plantation du maïs ». Les semences de cultures alternatives, comme le millet et le sorgho, n’étaient pas disponibles dans les points de vente officiels.



« Ainsi, l’analyse du processus politique a montré que le discours dominant – l’assimilation de la sécurité alimentaire à la culture du maïs – est remis en cause par un autre discours moins percutant – dans le contexte du changement climatique, la sécurité alimentaire peut s’améliorer grâce à la diversification des cultures, que… le discours dominant contribue à anéantir », a-t-il dit.



M. Chinsinga a ensuite consacré une année à mettre en place le  National Consultative Group, un réseau rassemblant des acteurs, notamment des responsables gouvernementaux et des experts de différents domaines, qui se sont retrouvés officieusement afin de discuter de la stratégie de diversification des cultures du gouvernement et d’identifier les lacunes de la politique.



« Le gouvernement distribue désormais des engrais à diverses périodes dans ces régions », a remarqué M. Chinsinga.



M. Naess a dit que le programme permettait aux universitaires d’avancer, et qu’ils souhaiteraient que celui-ci soit mis en œuvre dans d’autres pays. Le projet RPA a maintenant pour objectif de trouver des moyens d’influencer le gouvernement local.



Rachel Berger, de l’organisation non gouvernementale internationale Practical Action, qui a apporté son soutien à plusieurs efforts d’adaptation au niveau communautaire dans les pays en développement, a dit qu’il y avait désormais un ensemble de preuves en faveur de stratégies d’adaptation qui fonctionnent. « Maintenant, c’est le travail des gouvernements de les élaborer et de les mettre en œuvre sous forme de politiques ».



Plusieurs intervenants présents aux réunions de la Journée de l’agriculture et du développement rural, une journée organisée par des instituts de recherche, des groupes de réflexion et des organismes d’aide alimentaire des Nations Unies à Cancun, ont dit que le manque de financement des programmes pilote entravait le processus qui a débuté par des recherches et abouti à la mise en œuvre de politiques d’adaptation au changement climatique efficaces.



Celine Herweijer, directrice de la durabilité et des changements climatiques du cabinet d’audit, de conseil et d’expertise comptable PricewaterhouseCoopers, a indiqué que le secteur privé était prêt à s’investir sur ce sujet, mais a souligné que la rentabilité constituerait le facteur prépondérant de cet engagement. En guise d’exemple, elle a expliqué les détails de l’engagement du secteur privé dans la fourniture d’assurances aux agriculteurs indiens.



jk/he – gd/amz