« Modérez la rhétorique » - Haut responsable des Nations Unies

Un haut responsable des Nations Unies a demandé aux dirigeants dans le Nord et le Sud-Soudan semi-autonome de ne pas créer de tensions alors que les habitants du Sud s’inscrivent pour un référendum en janvier qui devrait mener à la sécession.



S’exprimant à Khartoum le 22 novembre, Benjamin Mpaka, qui dirige le Panel du Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon pour le soutien aux référendums* au Soudan, a exprimé des inquiétudes quant au faible taux d’inscription des habitants dans le Nord.



« Toutes les parties doivent modérer leur rhétorique – je répète, toutes les parties doivent modérer leur rhétorique – nous en avons déjà parlé lors de notre dernière visite au Soudan. Ce n’est qu’alors, que les gens se sentiront suffisamment en sécurité pour s’inscrire et pour voter, sans répercussions, où qu’ils vivent », a dit M. Mpaka lors d’une conférence de presse dans la capitale.



L’ancien président tanzanien a dit qu’il avait reçu des rapports selon lesquels des dirigeants sud-soudanais « encourageaient des gens à ne pas s’inscrire et à [ne pas] voter en dehors du Sud-Soudan ». L’inscription sur les listes électorales a également lieu en Australie, au Canada, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Egypte, en Ethiopie, en Ouganda et au Kenya.



M. Mpaka a attribué « le taux de participation extrêmement faible» dans le Nord au fait que « de nombreux Sud-Soudanais apparaissent peu intéressés ou peu désireux de s’inscrire », ainsi qu’aux longues distances pour se rendre dans les centres d’inscription.



« En dehors du pays, nous avons reçu des rapports inquiétants au sujet d’intimidations et de menaces à la fois contre des membres de l’Organisation Internationale pour les Migrations travaillant dans les centres d’inscription sur les listes électorales et contre des Sud-Soudanais essayant de s’inscrire. Nous demandons aux parties d’aider à assurer que tous ceux qui veulent s’inscrire puissent le faire sans crainte », a dit M. Mpaka.



A Juba, la capitale du Sud-Soudan, qui a obtenu un statut semi-autonome avec son propre gouvernement depuis que l’accord de 2005 a mis fin à des années de guerre civile, la méfiance était évidente.



« On ne peut pas exclure une tentative de dernière minute du Nord pour interrompre le processus », a dit un observateur, demandant à rester anonyme. « Il y a déjà des gens à Khartoum qui montrent du doigt ceux qui sont perçus comme ayant trahi le Sud ».



Selon des sources à Juba, il y a eu des pénuries de matériel lors du processus d’inscription, qui a débuté le 15 novembre et s’achèvera le 1er décembre. Il y aussi eu un boycottage dans certains villages en Equatoria Est, un nombre réduit de femmes inscrites dans l’état de Rumbek, et des plaintes selon lesquelles des employés n’avaient pas été payés.



« Chaque centre a 10 pour cent de matériel supplémentaire pour couvrir les urgences », a dit Achier Deng Akol, responsable des opérations au Bureau du référendum au Sud-Soudan. « Là où il n’y avait plus de matériel, nous en avons envoyé davantage, mais ce sont des cas isolés ».



S’exprimant lors d’une conférence de presse, il a ajouté : « Nous demandons aux gens qui avaient l’habitude de marcher durant la lutte [la guerre civile] d’être indulgents avec nous et de marcher jusqu’aux centres… Ces gens qui boycottent à cause d’anciens différends politiques ne font aucun bien au pays ».



Accroître la sensibilisation



Samuel Machiar Riek, le responsable de l’information du public au Bureau, a reconnu que « la sensibilisation du public n’est pas encore adéquate » mais il a dit qu’un comité media avait été mis en place pour améliorer l’information aux votants à travers le Sud-Soudan.



Le manque de financement constitue un autre problème, selon Enough Project, une organisation de plaidoyer basé à Washington-DC, qui a déclaré que les gouvernements à Khartoum et Juba n’avaient donné que 179 millions de dollars sur les 370 millions requis par le Bureau.



« Sans le financement nécessaire, la préparation pour le référendum, qui inclut l’information des votants et l’embauche, la formation et le déploiement du personnel, va probablement continuer à être insuffisante, avec des ramifications potentiellement sérieuses pour la conduite du référendum », a averti l’organisation.



Mais Lorna Merekaje, secrétaire générale du Programme d’observation et de surveillance des élections intérieures au Soudan (SuDEMOP), a dit que l’inscription dans le Sud s’était généralement bien passée.



« Le processus a démarré tard, mais après [quelques] jours, il est paisible et calme », a-t-elle dit à IRIN. « Les problèmes qui ont été signalés étaient isolés », a-t-elle ajouté. Son organisation a déployé des centaines d’observateurs.



« Dans l’ensemble, les observateurs spécialisés du SuDEMOP n’ont pas rapporté d’incidents majeurs de violence ou de défaillance de la sécurité durant la première semaine d’inscription, à l’exception notable du bombardement aérien qui a eu lieu à Aweil Nord », a dit le SuDEMOP dans un rapport publié le 21 novembre. Des officiels du Sud-Soudan ont reconnu que l’incident était une erreur sincère des forces aériennes du Nord, qui visaient apparemment des rebelles du Darfour.



Arrivées quotidiennes



Le référendum a généré un important mouvement de population du Nord vers le Sud. Dans l’état d’Unity, par exemple, environ 1 000 personnes arrivent chaque jour depuis début novembre, selon des travailleurs humanitaires.



« Nous avons fait des plans de contingence pour tous les points critiques », a dit Giovanni Bosco, responsable du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires au Sud-Soudan. « Nous pré-positionnons des stocks et nous nous préparons à d’éventuels mouvements de population ».



Selon le Réseau de systèmes d’alerte précoce contre la famine d’USAID (l’Agence des Etats-Unis pour le développement international), de bonnes récoltes sont attendues dans le Sud. Mais dans ses prévisions de novembre, il avertit que « si une insécurité significative suivant le référendum arrivait, le déplacement en résultant et une désorganisation du marché pourraient porter les besoins à un niveau sans précédent ».



Dans les rues de Juba, l’excitation est forte. De nombreux habitants ont dit à IRIN qu’ils attendaient avec impatience le vote, dont ils pensaient qu’il conduirait à la sécession. Le 20 novembre, des églises ont organisé des processions à travers la ville, marquant une journée de prière pour le référendum.



« Deux millions et demi de vies payées pour notre liberté », proclame une affiche au mausolée de John Garang dans le centre de Juba. « Nos héros et héroïnes ne sont pas morts pour rien ».



* Un autre référendum est prévu en janvier pour qu’Abyei détermine si ce territoire frontalier point critique se rattache au Sud-Soudan ou s’il conserve son statut spécifique dans le Nord. Les conséquences de sérieux retards dans la préparation de ce référendum feront l’objet d’un prochain article d’IRIN.



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