Une barrière à la frontière pour stopper les demandeurs d’asile

Israël construit une barrière de 60 kilomètres dans le sud du pays, le long de sa frontière avec l’Egypte, afin de barrer physiquement la route aux demandeurs d’asile africains, dans un contexte de montée d’intolérance envers des personnes couramment appelées « travailleurs illégaux ».

La barrière sera construite sur deux sites où la plupart des passages ont été constatés – la bande de Gaza et près d’Eilat. Le projet, estimé à 1,35 milliard de dollars, devrait s’achever fin 2013.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a été cité en juillet déclarant que « le flot de travailleurs illégaux venant d’Afrique et s’infiltrant » en Israël était « une menace concrète au caractère juif et démocratique du pays ».

La chaîne d’information locale Ynet a récemment rapporté que M. Netanyahu envisageait de payer des pays africains disposés à reprendre des demandeurs d’asile venant d’Israël.

Les services israéliens de l’immigration estiment que 10 000 demandeurs d’asile ont traversé la frontière jusqu’à présent cette année, portant le nombre total dans le pays à 30 000. Cela représente une très forte hausse en comparaison avec l’estimation de 1 100 personnes ayant traversé la frontière en 2006, et ce malgré les dangers du voyage, notamment les gardes-frontières égyptiens qui tirent à vue.

Il y a une hostilité populaire grandissante envers les demandeurs d’asile. Ils sont accusés d’attitude antisociale et d’être coupables de délits, même si selon le site web Migrants Rights, il n’y a pas de preuves le confirmant. Les organisations civiles s’élevant contre leur présence sont particulièrement actives à Eilat, à Arad dans le Negev au sud, et à Tel Aviv.

Dans les quartiers décrépis du sud de Tel Aviv, des rabbins ont déclaré une ‘halach’ (règle religieuse traditionnelle) interdisant la location d’appartements à des personnes non juives.

« Protection temporaire »

Israël a signé la Convention de Genève de 1951, mais seules 190 personnes ont obtenu le statut de réfugié en tant que ‘personne individuelle’ durant les 59 dernières années, bien que des milliers d’autres bénéficient d'une ‘protection de groupe’ – des personnes venant du Darfour, des Ivoiriens et d’autres.

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 Durcissement des mesures envers les « infiltrés »

Environ 85 pour cent des demandeurs d’asile viennent de deux pays en proie à des troubles, l’Erythrée et le Soudan, et pourtant Israël « refuse d’examiner leur demande d’asile, sachant qu’ils constituent des populations de réfugiés reconnus », selon l’Association pour les Droits Civils en Israël (ACRI).

« A la place, ils reçoivent ‘une protection temporaire’ collective – un statut instable sans aucun véritable droit – qui les protège de l’expulsion, et refuse de conduire des examens individuels de demandes d’asile, ce qui permettrait de reconnaître les demandeurs d’asile comme des réfugiés ».

En février, l’ACRI a émis un avertissement sévère au sujet des possibles conséquences du projet de loi de Prévention contre l’infiltration d’Israël proposé par le ministère de la Défense. Le projet de loi permet aux garde-frontières d'expulser immédiatement des « infiltrés » citoyens d’un pays ennemi, ce qui inclut le Soudan, avant qu’ils puissent demander asile. Il permet de lourdes peines d’emprisonnement pour les ‘infiltrés’, et pourrait criminaliser le travail des ONG qui les aident.

« Israël va échapper à toutes ses obligations basées sur la Convention des Nations Unies relative aux réfugiés, une convention qu’Israël a initiée et à la rédaction de laquelle elle a participé en 1951, en tant que leçon de l’Holocauste ».

Le gouvernement a répondu que le projet de loi était une mesure de sécurité nécessaire pour se protéger contre « l’infiltration terroriste ».

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