Combattre le fleuve

A N’djamena, la capitale du Tchad, la montée des eaux de crue – arrivant au beau milieu d’une épidémie de choléra – a englouti les puits et les toilettes des maisons, déplaçant des milliers de personnes et faisant craindre une épidémie, selon le Fond des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).



Selon des travailleurs humanitaires dans la capitale, les gens fuyant les zones inondées sont dispersés, cherchant généralement à se réfugier chez des membres de leur famille dans d’autres quartiers de la ville, il est donc difficile de surveiller leurs mouvements et cela complique les tentatives de contrôle du choléra.



Quelques 1 500 familles ont perdu leur maison dans le quartier de Walia à N’djamena, depuis que les eaux du fleuve Chari ont envahi les rives fin septembre, selon les travailleurs humanitaires – et l’eau continue à monter : « Elle atteint le buste des adultes ou même le cou », a dit Pierre Ngolfou, responsable d’un comité de réponse aux inondations du quartier de Walia.



Le choléra s’est répandu dans des communautés à N’djamena et d’autres régions du Tchad depuis le mois d’août, après des épidémies au Cameroun et au Nigeria voisins et de fortes pluies.



Selon les Nations Unies, en Afrique de l’ouest en en Afrique centrale, plusieurs pays ont connu des épidémies de choléra et de sévères inondations lors de cette saison des pluies – notamment au Bénin, où de récentes inondations ont tué au moins 43 personnes et laissé les deux-tiers du pays, soit 76 000 km2, sous les eaux, selon les Nations Unies.



A N’djamena, des organisations humanitaires mènent des campagnes d’éducation à l’hygiène et renforcent les installations sanitaires, mais les conditions actuelles favorisent la propagation du choléra.



« Les cas continuent à augmenter, malgré des efforts significatifs d’un certain nombre d’agences humanitaires dans le traitement et la prévention », a dit à IRIN Gambo Nayou, expert de l’UNICEF pour l’eau, les installations sanitaires et l’hygiène. Il a dit que des travailleurs humanitaires se trouvant dans des centres de traitement du choléra se rendaient immédiatement dans la maison d’un nouveau patient pour la désinfecter, ainsi que dans les maisons environnantes.



« La dernière inondation a entravé l’accès des gens à de l’eau saine », a-t-il dit.



Le fait que l’eau continue à monter crée un risque énorme de contamination des puits et des pompes manuelles à cause des installations sanitaires inadéquates dans les quartiers voisins, a dit Zelkifli Ngoufonja d’Intermon Oxfam, une des agences travaillant sur la réponse au choléra.














Photo: Dany Danzoumbé/IRIN
Maisons et magasins sont sous l’eau à N’djamena

« De nombreux déplacés utilisent ces puits à ciel ouvert ».



Issa Adjidei, maire adjoint, a dit à IRIN que les autorités et les agences humanitaires travaillaient sur l’accès, pour les personnes déplacées, à des zones déterminées ayant de l’eau saine, et où des tentes allaient être installées.



« Installer les gens, c’est bien – mais nous devons être sûrs qu’il y a de l’eau potable adéquate pour que ces communautés déplacées ne soient pas infectées ».



Evacuation par bateau



Des travailleurs de la Croix-Rouge du Tchad évacuent les habitants des zones inondées par pirogue, a dit Bongor Zam Barminas, secrétaire général de la Croix-Rouge, à IRIN. L’agence organise des distributions de riz, de matelas et d’autres aides d’urgence fournies par le gouvernement et les agences humanitaires.



« De nombreuses familles vivent dehors », a dit Mahamat Bafoundou, travailleur de la Croix-Rouge, à IRIN.



Le quartier de Walia se situe plus bas que le reste de N’djamena mais l’eau du fleuve a commencé à pénétrer dans d’autres parties de la capitale par le biais des canaux de drainage, a dit à IRIN le maire-adjoint M. Adjidei. Il a dit que les autorités locales avaient dû bloquer les canaux, qui servent habituellement à écouler l’eau de la ville dans le fleuve.



« Nous prions juste pour qu’il ne pleuve pas à nouveau ».



Des familles dans des zones proches du fleuve travaillent sans relâche pour élever des murs en sacs de sable, a dit M. Nglfou, un habitant.



« Personne ne dort. Vous voyez des gens remplir des sacs avec de la terre toute la nuit. Maintenant le problème, c’est que les sacs qui coûtaient habituellement 25 FCA (cinq cents américains) coûtent désormais quatre fois [ce prix] – si jamais vous arrivez à en trouver ; ils sont épuisés ».



Ali Djibrine, un autre habitant, a dit à IRIN : « Nous sommes obligés de casser les murs pour en faire des digues contre la montée des eaux. On dirait que chaque nuit, le niveau de l’eau augmente ».



Les inondations touchent 19 des 22 régions du Tchad, avec des épidémies de choléra dans six régions, selon le Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA). Le 7 octobre, 3 338 personnes souffraient du choléra – contre 735 le 5 septembre, avec 128 décès durant cette saison des pluies. Le taux de mortalité est descendu de six pour cent à 3,8 pour cent, selon OCHA. Les inondations ont détruit des milliers d’hectares de récoltes.



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