Des initiatives innovantes de financement

L’argent, ou plutôt le manque d’argent, sera certainement un facteur déterminant de l'atteinte des objectifs internationaux en matière de santé. Tel était l’un des principaux messages formulés à l’issue du récent sommet sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et que l’on retrouve dans le dernier rapport publié par l’Onusida sur les progrès enregistrés dans la réalisation de l'accès universel aux services de prévention du VIH, au traitement et aux soins.



Pendant des années, les financements de la lutte contre le VIH/SIDA ont été en augmentation constante. Toutefois, la crise économique mondiale qui sévit depuis les deux dernières années a contraint la majorité des pays donateurs à revoir à la baisse ou à stopper leurs contributions.



Les 4 et 5 octobre, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui finance un cinquième de l’ensemble des programmes de lutte contre le virus, a organisé une rencontre des donateurs à New York, lui permettant de récolter 11,7 milliards de dollards de promesses de dons. L’objectif de la rencontre était d’amasser entre 13 et 20 milliards de dollars afin de financer les programmes actuels pour les trois prochaines années et en soutenir de nouveaux. Les activistes ont déjà tiré la sonnette d’alarme et indiqué qu’il pourrait être impossible d’obtenir ne serait-ce les fonds nécessaires au financement des programmes en cours si le Fonds mondial continuait de dépendre en grande partie des contributions des pays développés frappés par la récession.



Des sources innovantes de financement suscitent un intérêt croissant auprès des organisations non gouvernementales (ONG) et de certains gouvernements à la recherche de nouvelles méthodes afin de combler les lacunes en matière de financement. IRIN/PlusNews a constitué une liste répertoriant six initiatives du genre ; les quatre premières sont déjà mises en œuvre, alors que les deux dernières sont encore au stade de l’ébauche.



1. La Taxe sur les billets d’avionUNITAID est l’une de premières initiatives innovantes de financement mises en œuvre. Depuis 2006, elle a permis de recueillir près de 1,5 milliard de dollars, en imposant une taxe sur les billets d’avion achetés dans 34 pays participants, dont la majorité se trouve en Afrique. Le montant de la taxe s’élève d’un à deux dollars pour l’achat d’un billet en classe économique et jusqu'à 40 dollars pour l’achat d’un billet en classe affaire ou première classe.



En partenariat avec des organisations comme l'Initiative Clinton contre le VIH/SIDA et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), UNITAID négocie des réductions de prix pour les médicaments antirétroviraux (ARV) pédiatriques et de deuxième ligne, afin de veiller à ce que les investissements aient davantage de répercussions.



2. Avec le projet MASSIVEGOOD lancé par la Fondation du Millénaire pour les financements innovants pour la santé en mars 2010, la taxe sur les billets d’avion va plus loin en invitant les voyageurs à verser des « micro-contributions » volontaires de deux dollars au profit de la santé internationale, notamment la lutte contre le VIH/SIDA, lorsqu’ils réservent un billet d’avion, une chambre d’hôtel ou une voiture de location auprès des agences de voyage et des sites Web participants.



L’objectif est d’amasser un milliard de dollars au cours des quatre prochaines années, dont la plus grande partie sera investie par le biais d’UNITAID.



3. L’initiative Debt2Health a été conçue par le Fonds mondial en 2007 afin de mettre les importantes ressources intérieures que les pays en développement consacrent au service de la dette au profit de la lutte contre la maladie. Ainsi, le Fonds mondial négocie des accords dans le cadre desquels les pays « créanciers » renoncent à une partie des remboursements qui leur sont dus à condition que les pays bénéficiaires investissent une somme convenue dans des programmes reconnus par le Fonds mondial.



Par exemple, l'Allemagne a renoncé à des millions de dollars que lui devaient l’Indonésie et le Pakistan à condition que ces pays investissent la somme dans des services VIH et des interventions de santé publique. L’Australie, quant à elle, a effacé une dette de 71 millions de dollars que lui devait l’Indonésie, ce pays s’engageant à verser au Fonds mondial la moitié de l’argent dû. D’autres pays devraient suivre l’exemple de l’Allemagne et de l’Australie.



4. L’initiative (RED), lancée en 2006 par le chanteur et musicien irlandais Bono, regroupe plusieurs grandes marques comme American Express, Apple, Gap et Starbucks afin de concevoir et commercialiser des produits spécifiques (RED). La moitié des recettes générées par la vente des produits (RED) sont versées au Fonds mondial et financent des projets de lutte contre le VIH/SIDA en Afrique. Jusqu’à présent, l’initiative a permis de recueillir 150 millions de dollars et représente pour le Fonds mondial son principal collaborateur du secteur privé.



5. L’idée d’une contribution sur les transactions de change (CTL en anglais) provient de divers pays et organisations de la société civile qui défendent la mise en place d’un prélèvement infime sur toutes les transactions de change afin d’aider à financer les programmes de santé internationale.



Selon les partisans de l’initiative, les institutions financières enregistrent des profits rapides lorsqu’elles effectuent d’importantes transactions de change (achat et vente) et l’instauration d’une taxe minime pourrait avoir de grandes répercussions sur le financement des programmes de santé et des autres priorités de développement.















Lire aussi
 Les donateurs détiennent la clé d’une génération sans sida
 Sortir des sentiers battus pour financer la lutte contre le sida

D’après le Groupe pilote sur les financements innovants, un prélèvement de 0,005 pour cent sur les transactions des quatre principales devises mondiales (le dollar américain, le yen, l’euro et la livre) permettrait de récolter 33 milliards de dollars américains par an. En outre, le Fonds monétaire international (FMI) a reconnu que la mise en place d’une telle taxe était possible.



6. Une taxe sur les transactions financières (FTT en anglais) consisterait en une ponction de 0,005 pour cent sur toutes les transactions financières, et non pas seulement sur les transactions de change. Cette taxe nécessiterait une participation universelle afin de porter ses fruits, mais pourrait générer des sommes bien plus importantes que la CTL. En effet, elle permettrait de recueillir entre 600 et 700 milliards de dollars américains par an si elle était mise en œuvre à l’échelle mondiale.



Le président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero ont soutenu la proposition lors du récent sommet sur les OMD. Selon les partisans de la FTT, la taxe permettrait de générer des revenus afin d’aider les pauvres à travers le monde et de stabiliser le marché financier en décourageant les transactions spéculatives, alors que pour les opposants, une telle taxe entraînerait un ralentissement du développement économique mondial.



ks/he/cd/ail