Les dons record accordés au Fonds mondial sont « insuffisants »

Les pays donateurs et les entreprises privées se sont engagés à verser la somme record de 11,7 milliards de dollars au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme à l’issue d’une conférence des bailleurs de fonds, tenue à New York, le 5 octobre, permettant ainsi à deux millions de personnes supplémentaires de bénéficier d’un traitement contre le VIH d’ici à 2015 ; sans toutefois atteindre le montant que les organisateurs espéraient réunir.



Le Fonds mondial attend encore les promesses de don du Royaume-Uni et des Pays-Bas, qui devraient consacrer, à eux deux, 900 millions de dollars. Cette somme, et la promesse de don prévue de la Suède, permettraient d’atteindre en tout 13 milliards de dollars, le montant requis pour des programmes pleinement opérationnels, qui ne se contentent pas de « faire du sur place », a dit Asia Russell, directrice de la politique internationale de Health Gap, un groupe de plaidoyer sis à New York.



Les organisateurs souhaitaient pourtant obtenir 20 milliards de dollars pour poursuivre et développer les programmes du Fonds dans 145 pays au cours des trois prochaines années. Le manque à gagner risque de rendre certains Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) irréalisables d’ici à 2015, dont l’objectif consistant à freiner et à commencer à faire reculer la propagation du VIH/SIDA.



Parmi les pays donateurs, les Etats-Unis ont été les plus généreux, s’étant engagés à verser quatre milliards de dollars sur trois ans – une augmentation de 38 pour cent par rapport à leur précédente contribution, quoique deux milliards de dollars en deçà de ce que les activistes de la lutte contre le VIH/SIDA avaient fait pression pour obtenir auprès de l’administration Obama.



Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies, s’est félicité des financements obtenus, « manifestation concrète d’une solidarité mondiale qui nous rapproche des Objectifs du millénaire pour le développement ». Mais Michel Kazatchkine, directeur exécutif du Fonds mondial, qui s’exprimait aux côtés de Ban Ki-moon au cours d’une conférence de presse, a noté que si cette somme « était le dernier mot des bailleurs… elle n’était pas suffisante pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement ».



Elle n’est pas non plus suffisante pour mettre fin à la transmission du VIH de la mère à l’enfant. « Par rapport aux ressources que nous souhaitons mobiliser, nous n’y sommes pas encore », a dit à IRIN/PlusNews Michel Sidibé, directeur exécutif de l’ONUSIDA, au cours d’un entretien téléphonique, quelque temps avant l’annonce de l’issue de la conférence. « A cause de cela, [moins de] gens qu’il n’en faudrait bénéficieront de traitements de PTME [prévention de la transmission mère-enfant], et le fait est qu’il est très important que nous cherchions d’autres modes de financement, d’autres partenariats, pour agir de manière plus efficace et plus performante ».





















































































Pays



Promesses de don confirmées en millions de USD



Promesses de don en pourcentage du Produit intérieur brut 2009


Etats-Unis4 000  0,03
France 1 480,3 0,07
Japon 800 0,02
Canada 528,4 0,04
Australie203,2 0,02
Russie600,003
Chine 140,0002
Luxembourg 10,3 0,03
Nigeria100,003
Corée du Sud60,0004
Afrique du Sud2,1 0,0004
Tunisie20,002
Namibie0,8 0,006
Koweït 0,50,0004
Source : Fonds mondial / CIA World Factbook

Pourtant, deux semaines plus tôt, lors du sommet sur les OMD, tenu à New York, M. Sidibé et d’autres responsables des Nations Unies avaient déclaré qu’il serait possible de mettre fin à la transmission mère-enfant d’ici à 2015.



Sur l’ensemble de ses réserves sur trois ans, le Fonds mondial consacrera près de trois milliards de dollars au lancement de nouveaux programmes – pas assez pour satisfaire la demande des pays qui cherchent à élargir leurs programmes nationaux de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme. Les gouvernements devront probablement prendre des décisions difficiles.



« C’est une question de priorités », a dit Jon Lidén, directeur de communication du Fonds mondial. « Il y aura des problèmes que les pays ne pourront pas traiter ».



Les 8,8 milliards de dollars restants serviront à financer les programmes existants, qui ne seront ni réduits, ni supprimés, mais ne pourront « pas être développés aussi rapidement que nous l’aurions souhaité », a dit M. Kazatchkine.



Des décès évitables



Selon les associations de la société civile, le non-déploiement des programmes entraînera plus de cinq millions de décès évitables, touchant au moins 3,1 millions de personnes nécessitant un traitement contre le VIH et plus de 2,9 millions de personnes à soigner contre la tuberculose.



« Nous disposons d’un montant limité pour couvrir les programmes actuels et le problème, c’est que nous ne serons pas en mesure de développer cela aussi rapidement qu’il le faudrait », a expliqué Karlo Boras, directeur exécutif de la Yugoslav Youth Association against AIDS, membre de la délégation des organisations non gouvernementales (ONG) des pays en développement au sein du conseil d’administration du Fonds mondial. « Nos opportunités sont en train de diminuer rapidement face au résultat de ce réapprovisionnement ».



Plus de 40 pays se sont engagés à verser des fonds : la France a promis 1,48 milliard de dollars, l’Allemagne 822,4 millions, le Japon 800 millions et le Canada 528,4 millions.



Les quatre milliards promis par les Etats-Unis – pour la première fois échelonnés sur trois ans – représentent l’investissement le plus important jamais effectué par un pays en faveur du Fonds mondial. Eric Goosby, coordinateur américain de la lutte mondiale contre le sida et président du Plan d'urgence du président des Etats-Unis pour la lutte contre le sida (PEPFAR), a dit à la presse que ces financements sans précédent envoyaient « au monde un signal, pour que même en ces temps difficiles, il soit clair que nous sommes déterminés à lutter contre ces maladies ».



La décision stratégique d’échelonner les dons sur trois ans est un « changement intelligent », a-t-il dit à IRIN/PlusNews, ajoutant que cela permettrait aux « lignes de financement d’avoir le plus d’impact possible ».



A l’issue de la dernière session de réapprovisionnement du Fonds mondial, en 2007, il manquait à l’organisme trois milliards de dollars pour atteindre la somme requise de 13 milliards, qui devait lui permettre de financer ses programmes en 2008, 2009 et 2010.



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