Les femmes, essentielles pour atteindre les OMD, mais…

Quelques jours avant le sommet sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), Andrew Mitchell, secrétaire d’Etat britannique au développement international, a annoncé un changement de cap : les femmes et les enfants seront désormais au cœur de la politique d’aide britannique. Ce changement permettra de sauver deux fois plus de femmes et de nouveaux-nés d’ici à 2015, va expliquer M. Mitchell aux chefs d’Etat rassemblés à New York du 20 au 22 septembre.



Les progrès accomplis dans les domaines de l’égalité des sexes et de l’émancipation de la femme sont cruciaux pour avancer globalement vers la réalisation des OMD, affirment les spécialistes, et à l’occasion du sommet, les dirigeants britanniques appelleront à une action internationale collective dans ce domaine.



Selon un rapport rédigé par Martin Greeley, de l’Institute of Development Studies, « ...les liens qui existent entre l’égalité des sexes et l’atteinte de tous les OMD sont de plus en plus reconnus. Par exemple, pour l’OMD 4, relatif à la mortalité infantile, compte tenu du rôle des femmes, principales responsables des enfants ; pour l’OMD 6 relatif au VIH/SIDA, en raison de l’interaction entre l’inégalité des sexes et la propagation du virus ; et pour l’OMD 7 relatif à l’eau, à l’assainissement et à l’environnement, compte tenu, entre autres, du rôle disproportionné que jouent les femmes dans l’approvisionnement en eau ».



Mais bien que ce rapport soit connu, peu de ressources sont consacrées aux programmes fondés sur le genre, et c’est surtout cela même qui compromet la réalisation des OMD, écrit M. Greeley.



L’OMD relatif à la mortalité maternelle est d’ailleurs celui qui affiche le taux de réussite le plus faible, en dépit de statistiques récentes indiquant une diminution de 34 pour cent des décès totaux en couches et pendant la grossesse, dans l’ensemble du monde - on en dénombrait 358 000 en 2008, contre 546 000 en 1990.



« Les progrès sont notables, mais le taux annuel de diminution est plus de deux fois moins élevé qu’il devrait l’être pour atteindre l’OMD consistant à réduire le taux de mortalité maternelle de 75 pour cent entre 1990 et 2015. Pour atteindre cet objectif, la diminution annuelle doit être de 5,5 pour cent. Or, la réduction de 34 pour cent observée depuis 1990 représente une diminution annuelle moyenne d’à peine 2,3 pour cent », selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).



Une marge d’amélioration



« Les statistiques sur la santé de la mère sont embarrassantes ; le Fonds mondial [de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme] ne s’occupe même pas de la mortalité maternelle. Quelques réussites ont toutefois été notées, notamment dans le secteur de l’éducation, même si le ratio filles/garçons reste faible dans l’enseignement secondaire [et à l’université] », a dit à IRIN, depuis Nairobi, Belay Ejigu Begashaw, directeur de The MDG Centre, une organisation non gouvernementale (ONG) multisectorielle qui opère en Afrique de l’Est et en Afrique australe.



La pauvreté en est la cause principale : les tâches ménagères et le manque de systèmes d’assainissement adaptés tels que des toilettes figurent parmi les principales raisons pour lesquelles les filles ne fréquentent pas les établissements secondaires, bien que l’enseignement secondaire soit particulièrement important pour l’émancipation de la femme.




































Pour atteindre les OMD
Intégrer les OMD aux stratégies de développement nationales
Assurer la transparence et la responsabilité
Faire participer les communautés et les partenaires
Mettre l’accent sur l’égalité des sexes et l’émancipation de la femme
Lutter contre les inégalités, l’exclusion et la discrimination
Protéger les plus vulnérables
Source: IDS

En outre, les financements sont essentiels pour progresser d’ici à 2015 : or, la question des OMD a considérablement pâti de la crise économique de 2008, conjuguée aux crises des prix des vivres et des carburants, particulièrement en Afrique subsaharienne, qui avait commencé avec une base de départ assez faible, selon M. Begashaw. D’après les estimations d’Oxfam, les secteurs de l’agriculture et de l’aide alimentaire nécessitent à eux seuls 37,5 milliards de plus par an.



Autre aspect de la crise financière, celle-ci s’est également répercutée sur le travail des femmes, selon Oxfam : « Les gouvernements ont réagi à la perte d’emplois accusée par le secteur du textile et l’industrie du vêtement, en bonne partie composés de femmes, en accordant des incitations financières au secteur de la construction, qui emploie en grande partie des hommes ».



Selon les recherches d’Oxfam, les femmes gagnent leur vie en menant des activités supplémentaires dans le secteur de l’économie informelle, et continuent de s’acquitter des tâches non rémunérées parfois plus nombreuses qu’auparavant qui vont de pair avec leur rôle de responsable du foyer.



D’ailleurs, selon un rapport publié par l’Overseas Development Institute (ODI), « la pauvreté en temps influe à la fois sur l’OMD 6 (lutte contre les maladies meurtrières) et sur l’OMD 7 (durabilité de l'environnement). Elle peut empêcher les femmes d’avoir accès aux soins de santé, si les cliniques sont trop éloignées, et s’il n’y a pas de services de garde d’enfants abordables. De même, la détérioration de l’environnement peut aggraver la pauvreté en temps si les femmes et les filles doivent parcourir de longues distances pour s’approvisionner en bois ou en eau ».



Quoi qu’il en soit, pour suivre les progrès accomplis dans le domaine de l’égalité des sexes et évaluer précisément la réalisation de chaque OMD, il est essentiel de ventiler les données ; dans le cas contraire, la « dynamique sexospécifique de la pauvreté serait occultée », peut-on lire dans un article de la revue The Lancet.



La marche à suivre



Les Nations Unies admettent que les progrès sont inégaux et que bon nombre des objectifs ne seront pas atteints dans la plupart des pays. « Selon les estimations, 1,4 milliard de personnes vivaient encore dans la pauvreté extrême en 2005. En outre, les effets de la crise financière mondiale risquent de persister : les taux de pauvreté seront légèrement plus élevés en 2015, et même ultérieurement, jusqu’en 2020, qu’ils ne l’auraient été si l’économie mondiale avait continué de croître sans discontinuer au même rythme qu’avant la crise », peut-on lire dans l’édition 2010 du rapport sur les Objectifs du millénaire pour le développement.



« L’égalité des sexes et l’émancipation de la femme sont au cœur des OMD et sont des conditions à remplir pour pouvoir surmonter la pauvreté, la faim et la maladie. Mais les progrès sont lents sur tous les fronts, de l’éducation à l’accès à la prise de décisions politiques ».



Les OMD, tels qu’ils ont été définis en 2000, sont essentiellement critiqués pour être trop axés sur la pauvreté au détriment des sexes, de l’égalité, de l’inclusion sociale et des droits humains, et ce sont ces aspects qui sont ciblés par les activistes, à New York.



En outre, les OMD n’abordent guère certaines questions sexospécifiques telles que les pratiques traditionnelles préjudiciables, dont l’excision/les mutilations génitales féminines et les mariages précoces, la violence sexiste et le chômage chez les jeunes femmes, autant de questions abordées par Michelle Bachelet, ancienne présidente chilienne, au cours de son premier entretien en tant que directrice de l’ONU Femmes. Mme Bachelet a également noté que de tous les OMD, ceux qui concernaient les femmes affichaient à ce jour le taux de réussite le plus faible.



« Elles [les femmes] ne jouissent pas des mêmes opportunités que les hommes, pour ce qui est des droits humains les plus essentiels. Les femmes sont victimes de discrimination. Leurs droits sont bafoués. Dans certaines régions du monde, les femmes continuent d’être mutilées. Dans certaines régions du monde, les femmes peuvent se voir infliger de terribles châtiments ».



mw/bp/nh/ail