Les traumatismes laissent des traces indélébiles

Le président des Etats-Unis Barack Obama a certes salué la fin des opérations de combat en Irak, mais sept ans de guerre ont marqué de façon indélébile beaucoup de gens ordinaires qui ressentent encore le traumatisme des scènes horribles dont ils ont été témoins.



Chaque fois qu’il voit une voiture lancée à toute vitesse, Ammar Khalil Sadiq se souvient de l’été 2006 quand l’auteur d’une attaque suicide est rentré de plein fouet dans une patrouille de police avec son véhicule chargé d’explosifs, à quelques mètres de son magasin de musique à Bagdad.



Quelques secondes plus tard, Sadik, 34 ans, s’est retrouvé sous les étagères du magasin, couvert d’éclats de verre, à moitié asphyxié par la fumée, la poussière et une forte odeur de dynamite. Ignorant ses propres blessures, il savait qu’il lui fallait absolument sortir de là pour vérifier comment allait son frère qui était dans la rue juste avant l’explosion.



« Je sens encore l’odeur de chair humaine brûlée et j’entends les hurlements des blessés », a dit M. Sadiq. « Je ne pourrai jamais oublier comment j’ai marché sur des lambeaux de chair humaine, jusqu’au moment où j’ai reconnu le corps disloqué de mon frère grâce à sa montre, qui se trouvait encore à son poignet gauche ».



Selon Sabah Karkoli, porte-parole du ministère irakien de la Santé, les autorités irakiennes ne se sont mises que récemment à s’occuper des problèmes de santé mentale et des séquelles psychologiques provoqués par trois décennies de guerre et de troubles économiques et sociaux.



En 2009, le ministère de la Santé a commencé à mettre en place un programme de soins psychologiques et à former du personnel, afin de répondre au besoin croissant de ce genre de soins dans le pays, a indiqué M. Karkoli. L’Irak a ouvert des services de santé mentale dans chacun des quelque 3 500 hôpitaux et centres de santé répartis dans le pays.



Le pays a deux grands hôpitaux psychiatriques, Al-Rashad et Ibin Rushid à Bagdad, et six autres centres pour traumatisés, récemment inaugurés.









« Je sens encore l’odeur de chair humaine brûlée et j’entends les hurlements des blessés »

« Nous avons commencé à ouvrir un service dans chacune de nos structures sanitaires et à encourager les médecins à se former en psychiatrie… Nous voulons que les gens prennent conscience de ce qu’est la maladie mentale et les pousser à venir se faire aider quand ils en ont besoin », a expliqué M. Karkoli.



Enquête sur la santé mentale



En mars 2009, l’Irak a publié sa première et unique étude nationale sur la santé mentale. Menée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le ministère de la Santé, l’étude peint une image assez terrible de la réalité.



Parmi les 4 332 personnes de plus de 18 ans ayant répondu aux questionnaires, près de 17 pour cent avaient souffert d’un trouble mental durant leur vie, allant du stress post-traumatique à la dépression. Un taux plus élevé de dépression grave et de phobies, telles que la peur de sortir de chez soi, a été observé chez les femmes.



Ce rapport de 102 pages a indiqué qu’une bonne partie des cas étudiés concernait la période - pendant et après- de l’invasion américaine de 2003, invasion qui a renversé Saddam Hussein. Selon le rapport, 70 pour cent des personnes souffrant d’un trouble mental ont affirmé avoir envisagé le suicide.



On y apprend aussi qu’il n’y a que 437 travailleurs sociaux et travailleurs psychiatriques dans tout le pays pour une population de près de 30 millions.



Histoire de réussite à Bassorah



Après avoir suivi aux Etats-Unis une formation sur le diagnostic et le traitement des cas de traumatismes dans le cadre d’un programme de coopération avec le ministère de la Santé américain, le psychiatre Aqeel Al-Sabagh et trois de ses collègues ont ouvert un centre de santé mentale dans la province méridionale de Bassorah en décembre 2009.



Au départ, a dit M. al-Sabagh, la demande pour ce genre de service était très faible, car la maladie mentale fait l’objet d’une forte stigmatisation et les gens ont plutôt l’habitude de se tourner vers les religieux ou les charlatans quand ils ont besoin d’aide.



« Nous avons alors lancé une campagne dans les médias locaux pour que les gens se rendent compte de ce qu’est le traumatisme et de ce que le Sarah Centre pouvait leur offrir. Nous avons aussi organisé des conférences dans les universités de la province et distribué des tracts avec l’aide des leaders communautaires, a-t-il dit à IRIN.



Suite à cela, le nombre de personnes s’adressant au centre - le seul centre public de Bassorah – a augmenté. « Nous avons maintenant l’intention d’agrandir le centre et d’accroître le nombre d’employés pour répondre à l’augmentation du nombre des visiteurs ».



Selon M. al-Sabagh, la plupart des cas traités par le centre sont d’anciens prisonniers du régime de Saddam Hussein ou bien des déserteurs, dont certains ont eu les oreilles coupées en guise de châtiment, et aussi des personnes ayant survécu à la torture, aux enlèvements, au viol et aux violences familiales.



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