La santé de la femme fait la santé de la nation

Les progrès accomplis en vue de réduire le taux de morbidité et de mortalité maternelles sont encore « dramatiquement lents ». Pour remédier à ce problème, les Nations Unies viennent de présenter une initiative mondiale reposant sur une coopération entre le gouvernement, la société civile et le secteur privé qui permettrait de sauver la vie d’un million de femmes, en cours de grossesse et à l’accouchement.



En raison du manque de fonds, de 20 milliards de dollars, consacrés au secteur de la santé de la mère et de l’enfant dans les pays les moins développés du monde, entre 350 000 et 500 000 femmes meurent chaque année des suites de troubles liés à la grossesse, dont les causes ou les complications sont évitables, et 15 millions de femmes souffrent de handicaps à long terme, également évitables.



Le nouveau Plan d’action conjoint pour la santé des femmes et des enfants appelle les pays à donner la priorité à la santé des femmes et des filles, et à créer un cadre global pour l’établissement de systèmes de santé intégrés.



Une version de travail du plan a été présentée par Thoraya Obaid, directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), au cours de la conférence mondiale Women Deliver, qui a eu lieu à Washington, aux Etats-Unis, et a rassemblé 3 500 femmes professionnelles et leaders du secteur de la santé, originaires de 150 pays.



Sans un changement stratégique radical, seuls 20 pays sur 68 parviendront à atteindre l’Objectif du millénaire pour le développement (OMD), fixé par les Nations Unies, et consistant à réduire des deux tiers la mortalité maternelle, et à assurer aux femmes un accès égal aux services de santé reproductive d’ici à 2015.



« Notre but est de faire intervenir autant de partenaires et d’acteurs possible pour que cet effort prenne plus d’ampleur », a expliqué Flavia Bustreo, directrice du Partenariat de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant. « Les pays se fixeront eux-mêmes leurs objectifs ... et ensuite, nous prendrons note de ces engagements et nous établirons un cadre de responsabilité qui les reflètera, et permettra de les mesurer au cours des cinq prochaines années ».



Le plan propose des formules globales : notamment, d’intégrer les services de santé, de sorte que les femmes n’aient pas à se rendre dans différentes cliniques pour obtenir des informations sur le VIH/SIDA et l’éducation sexuelle – comme c’est souvent le cas aujourd’hui - et de renforcer les systèmes de santé pour une meilleure utilisation des fonds.



Droits humains









« Il y a beaucoup d’énergie ; c’est bien. Il y a un engagement fort ; c’est aussi très bien »

Le plan a toutefois suscité des préoccupations, la question des droits de la femme en tant que droits humains, celle des avortements à risque et en particulier, celle des femmes vulnérables n’y figurant pas. « Les avortements à risque sont la troisième cause de [décès chez] les femmes et les filles enceintes », a indiqué Alexandra Garita, responsable de programme à l’International Women's Health Coalition ; Mme Garita a également noté que la question des femmes et des filles atteintes du VIH/SIDA n’était pas non plus spécifiquement abordée dans le plan.



« Ne pas mentionner les droits humains, c’est permettre que des politiques discriminatoires continuent d’être appliquées », a estimé Serra Sippel, directrice exécutive du Centre for Health and Gender Equality, un organisme de plaidoyer stratégique sis à Washington.



Selon Mme Bustreo, la version préliminaire du plan passera par plusieurs phases avant d’être soumise à l’examen de l’Assemblée générale des Nations Unies, à la mi-septembre 2010. Il est probable que le document final aborde les droits humains, et que les annexes portent sur les populations de femmes particulièrement vulnérables.



Sur la question controversée de l’avortement, Mme Bustreo a noté que la version préliminaire du plan n’avait pas pour but de « donner carte blanche à chaque pays sur la question des avortements à risque », mais « uniquement d’assurer que les avortements soient sans risque là où ils sont autorisés par la loi ; il est important de faire la distinction ».



L’avortement est illégal dans plus de la moitié des 68 pays suivis par le Partenariat de l’OMS pour la santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant jusqu’à l’échéance 2015.



Certains organismes tels qu’Amnesty International ont tenté d’écarter la question des avortements illicites et à risque en se focalisant sur l’augmentation du nombre de sages-femmes qualifiées.



Quand la question de l’avortement est évoquée, « l’Eglise catholique nous attaque », a dit à IRIN Larry Cox, directeur exécutif d’Amnesty International. « Le Vatican publie un communiqué dans lequel il est dit qu’un "bon catholique ne devrait pas être membre d’Amnesty", et les groupes se ferment dans les universités catholiques ».



Margaret Chan, directrice de l’OMS, a admis que le plan ne « répondrait pas aux attentes de tous », tout en notant néanmoins qu’en consultant les différents pays, la société civile et le secteur privé, elle avait observé des réactions positives : « Il y a beaucoup d’énergie ; c’est bien. Il y a un engagement fort ; c’est aussi très bien ».



al/he/nh/ail