Inquiétudes autour des tensions aux frontières de l’enclave ouzbek

Selon des analystes, les affrontements qui ont eu lieu la semaine dernière entre les habitants de deux villages situés de chaque côté de la frontière d’une enclave ouzbek au Kirghizistan soulignent le risque qu’un nouveau conflit, provoqué par l’utilisation des ressources naturelles dans la vallée de Ferghana, éclate.



Le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan se partagent la vallée riche et fertile de Ferghana qui, avec ses quelque 11 millions d’habitants, est la région la plus densément peuplée d’Asie centrale. Depuis l’éclatement de l’Union soviétique en 1991, la vallée de Ferghana a connu des conflits intermittents et localisés en lien avec l’eau et la terre.



La semaine dernière, des médias locaux ont fait état de violences sporadiques entre des citoyens kirghizes du village de Sogment et des habitants du village d’Hushyar, dans l’enclave ouzbek de Sokh. Des habitants de Sogment ont indiqué qu’environ 10 de leurs voitures avaient été endommagées par des villageois d’Hushyar, et que des conducteurs et leurs passagers avaient été passés à tabac. Des villageois kirghizes auraient bloqué la route reliant l’enclave au territoire ouzbek.



Certains militants d’une ONG locale ont indiqué que la question des pâturages était principalement à l’origine de ces récentes tensions, car, depuis l’éclatement de l’Union soviétique, la frontière entre l’Ouzbékistan et le Kirghizistan n’a pas été démarquée ou délimitée, ce qui entraîné des conflits liés à la terre et aux ressources.



« La situation est assez tendue », a dit à IRIN Nazgul Aldasheva, chargée de programme de l’ONG locale Fondation pour la tolérance internationale (FTI) dans la province kirghize de Batken, au sud du pays.



Le 27 mai, des responsables kirghizes ont fermé le poste-frontière de l’enclave à Kaytpas et les habitants d’Hushyar n’ont pas pu faire paître leurs animaux dans les pâturages que les Kirghizes disent faire partie du Kirghizistan et que les villageois d’Hushyar disent faire partie de l’enclave ouzbek.














Photo: Jan Krogh
Carte du Kirghizistan indiquant la situation des enclaves du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan et du Kirghizistan

Le 1er juin, entre 500 et 1 000 personnes, principalement des hommes, se sont rassemblées de chaque côté de la frontière de l’enclave, prêtes à l’affrontement. Suite à une réunion des responsables des services de frontière, des gouverneurs et des responsables respectifs des administrations locales, les deux parties ont accepté de mettre en œuvre un ensemble de mesures afin d’atténuer les tensions et, dès le 2 juin, les postes-frontières ont à nouveau été ouverts.



Selon Mme Aldashevan, les pâturages controversés font partie du territoire kirghize. « Toutefois, étant donné que les Ouzbeks n’ont pas passé d’accord avec le Kirghizistan sur cette question, les habitants ouzbeks locaux ne peuvent plus faire paître leur bétail dans ces pâturages », a ajouté Mme Aldasheva. « Ils ont malgré tout demandé à y accéder librement, de manière plutôt agressive ».



Bien que les autorités ouzbeks ne se soient pas encore exprimées sur la question, Mansurjan Mamajanov, un haut responsable de l’enclave de Sokh, a dit à Radio Free Europe/Radio Liberty que le problème des pâturages était important pour les habitants d’Hushyar.



« Il faut que les responsables du Gosregitr [cadastre] appartenant aux deux parties se rencontrent et évoquent le problème. Les responsables d’Hushyar disent que, d’après les plans du cadastre, ces pâturages se trouvent sur leur territoire », a dit M. Mamajanov.



Selon des analystes, il faut s’attaquer à la cause sous-jacente du conflit, c’est-à-dire la controverse sur les frontières.



« Les conflits à la frontière de l’Ouzbékistan et du Kirghizistan ont toujours existé et cela n’a rien d’étonnant. Des affrontements éclateront tant que le problème de la démarcation et de la délimitation de la frontière ne sera pas résolu », a dit à IRIN Marat Kazakpayev, un analyste local, à Bichkek, la capitale kirghize. Cependant, il a estimé peu probable que l’incident récemment survenu dans l’enclave de Sokh dégénère.



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