Des parlementaires font pression pour interdire les MGF/E sur tout le continent

Des parlementaires venant de toute l’Afrique font pression pour une interdiction des mutilations génitales féminines et de l’excision (MGF/E) sur l’ensemble du continent et demandent aux Nations Unies d’adopter une résolution de l’Assemblée générale demandant une interdiction mondiale des MGF/E, qui violent les droits humains, ont-ils. 



Dix-sept Etats africains ont interdits les MGF/E, dont le Burkina Faso, le Togo, le Sénégal et l’Ouganda.



Des députés de pays africains se sont retrouvés à Dakar les 3 et 4 mai pour échanger les leçons apprises et les actions à prendre pour parvenir à l’interdiction et à la résolution. Alors que des lois nationales sur les droits humains et que des traités régionaux, comme la Déclaration de Maputo de l’Union Africaine de 2003, font directement ou indirectement référence aux MGF/E, des lois séparées doivent être votées pour aborder la question de front, selon les délégués.



Morissanda Kouyaté, représentant de l’ONG (organisation non gouvernementale) Comité inter-africain sur les pratiques traditionnelles, a dit aux délégués : « Il y a beaucoup de disparités ici. Certains pays ont voté des lois, d’autres n'en ont pas ; et certains ont des lois qui ne sont pas appliquées ».



Certains gouvernements sont totalement engagés et prêts au changement, mais d’autres, comme la Sierra Leone, qui possède des taux de prévalence élevés, auront besoin de plusieurs années pour changer, a dit Chris Baryomunsi, un député de Kanungu dans l’ouest de l’Ouganda.



Des décennies, pas des années



Le député ougandais M. Baryomunsi a dit à IRIN que les gouvernements ne devraient pas sous-estimer le temps que cela prendra pour faire évoluer la mentalité des populations sur les MGF/E: en Ouganda il a fallu deux décennies pour que les communautés se joignent au mouvement, a-t-il dit.



« Il faut que les gens veuillent la loi, sinon vous ne pouvez pas la faire respecter », a-t-il dit à IRIN.



L’Ouganda a adopté une loi interdisant les MGF/E le 17 mars 2010. M. Baryomunsi milite pour le changement depuis 1990, lors de ce qui était à l’époque un climat tendu, plusieurs autorités locales essayant de faire voter des lois rendant les MGF/E obligatoires.



Après de nombreuses années, leurs points de vue ont évolué et plusieurs d’entre eux ont changé de camp pour devenir de fervents défenseurs d’une interdiction nationale, a-t-il dit.



« Les députés qui à cette époque voulaient interdire les MGF/E n’étaient pas réélus, mais maintenant c’est l’inverse ».



Le Sénégal et le Togo, qui avaient respectivement interdit les MGF/E en 1999 et 1998, faisaient partie des premiers pays africains à le faire. Ils ont vu ce qui marche et ce qui ne marche pas, et partagé les leçons apprises avec d’autres.



N’Deye Soukeye Gueye, responsable de la Direction de la Famille au ministère de la Famille et militante pour l’interdiction des MGF/E au Sénégal, a dit à IRIN qu’obtenir l’implication du chef de l’Etat était vital pour l’emporter sur les puissants leaders religieux.



Le travail militant pour les impliquer dure avant, pendant et après la législation, a-t-elle souligné. « Adopter la loi n’est que l’étape du milieu d’un processus beaucoup plus long ».



Sur les 5 000 villages sénégalais ciblés par les deux ONGs nationales Tostan et COSEPRAT, 71 pour cent avaient abandonné cette pratique en 2005, selon une évaluation gouvernementale.



Les ONGs et les agences de Nations Unies sont essentielles pour changer l’attitude des populations vis-à-vis des MGF/E, mais en fin de compte c’est le gouvernement qui doit mener le combat, selon M. Baryomunsi. « De nombreux pays abandonnent la lutte aux ONGs et aux agences des Nations Unies – mais ce sont les gouvernements qui signent des traités et font appliquer la loi, et ils doivent diriger », a-t-il dit à IRIN.



Le gouvernement ougandais a mis 50 millions de dollars par an pour l'application de cette interdiction, avec le Fonds des Nations Unies pour la population et d’autres agences fournissant des fonds supplémentaires pour « donner des moyens à la loi », a-t-il dit.



Législation internationale nécessaire



Pourtant, quelque soit la force de la législation nationale, si les pays voisins n’adoptent pas eux aussi l’interdiction, les gens traverseront simplement la frontière pour subir l’intervention, a dit à IRIN la députée togolaise Christine Mensah Atoemne.



Au Togo, les filles se rendent au Bénin, au Ghana et au Burkina Faso pour subir des MGF/E, a-t-elle souligné. « Nous devons développer des stratégies transfrontalières pour éradiquer le phénomène », a-t-elle dit, ajoutant que les taux de MGF/E étaient de six pour cent dans le centre du Togo et de 15 pour cent dans les zones frontalières.



Au Sénégal, les taux sont plus élevés à Podor et Matam, à la frontière mauritanienne, et à Tambacounda, dans le centre-est du pays, près de la frontière avec le Mali, selon Mme Gueye.



Pendant ce temps, les délégués à Dakar ont mis la touche finale à un projet de résolution qu’ils prévoient de soumettre à l’Assemblée générale des Nations Unies et de faire adopter cette année, ainsi qu’une liste d’actions que les chefs d’Etat africains doivent prendre pour interdire cette pratique lorsqu’ils se rencontreront au sommet de l’Union Africaine à Kampala en Ouganda, en juillet.



« Nous pensons qu’une résolution de l’AG [Assemblée générale] sera adoptée », a dit Mme Gueye. « Il y a l’unanimité dans cette salle. C’est ambitieux mais nous devons penser à une large échelle ».



aj/cb/sk/ail