Course contre la montre pour endiguer la tuberculose multirésistante

À l’hôpital St Peter, spécialisé dans la tuberculose, sur les hauteurs du mont Entoto, au nord de la capitale éthiopienne Addis Abeba, Johannes* souffre, derrière son masque, de tuberculose multirésistante (TB-MR) et a passé un mois à l’hôpital.



Les médecins se réjouissent qu’il reçoive un traitement, mais ils sont préoccupés : Johannes est chauffeur de bus dans la ville très peuplée d’Addis Abeba, il est donc impossible de dire à combien de personnes il pourrait avoir transmis la maladie avant de se faire soigner. Nombre de ces personnes ne seront vraisemblablement pas diagnostiquées et soignées à temps pour éviter de nouvelles contagions.



« Le diagnostic et le traitement de la TB-MR restent difficiles. Jusqu’à maintenant, nous n’avons que deux centres à Addis Abeba qui peuvent faire les cultures et les tests de sensibilité aux médicaments nécessaires », a dit à IRIN/PlusNews Diriba Agegnehu, responsable du programme TB/VIH pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Éthiopie.



« Briser le cycle de transmission est essentiel pour mettre fin à la TB-MR. Nous devons donc agir vite », a-t-il ajouté.



L’Éthiopie, qui se trouve à la septième place dans la liste de l’OMS des 22 pays les plus touchés par la tuberculose dans le monde, est également l’un des trois pays d’Afrique où l’on estime à plus de 5 000 le nombre de nouveaux cas d’infection par la TB-MR chaque année. Parmi les personnes touchées, 1,6 pour cent des nouveaux cas et 11,8 pour cent des cas déjà traités souffrent de TB-MR.



Traitement



Jusqu’à maintenant, St Peter est le seul établissement du pays capable de traiter la TB-MR.



« Nous traitons 89 patients, mais nous avons une liste d’attente de 170 patients », a dit Abdusamed Adem, directeur des services de santé de l’hôpital de la tuberculose. « Nous devons ouvrir d’urgence de nouveaux centres ».



Plus de 100 patients atteints par la TB-MR sont décédés alors qu’ils étaient sur la liste d’attente. Ayant diagnostiqué 390 cas en dehors de la capitale, le gouvernement éthiopien se hâte de construire des centres de dépistage et de traitement dans plusieurs régions administratives.



Selon M. Diriba, de l’OMS, le gouvernement et ses collaborateurs étendent le diagnostic et la prise en charge des cas de TB-MR aux autres États. Le développement et le renforcement de laboratoires est en cours aux quatre coins du pays, notamment à Bahir Dar, dans le nord-ouest, à Mekele, dans le nord, à Adama, dans l’est et à Awassa, dans le sud. Le gouvernement prévoit également de construire au moins un centre de traitement et un laboratoire dans chacune de ces villes.



« Des membres du personnel ont également été formés à la prise en charge des cas de TB-MR et à la prévention des infections en Éthiopie et à l’étranger, dans des pays avec plus d’expérience tels que le Cambodge et le Lesotho », a-t-il ajouté.



Renforcer le DOTS



« La principale cause de la TB-MR est l’incapacité à appliquer de façon adéquate le programme de DOTS [traitement directement observé, courte période]. Améliorer la qualité du programme DOTS et étendre son application pour atteindre le plus grand nombre en Éthiopie rurale est une étape importante dans la lutte contre la TB-MR », a dit M. Diriba.



Le taux de dépistage des cas de tuberculose ordinaire est de 35 pour cent, ce qui est largement en deçà des 70 pour cent recommandés par l’OMS pour la réussite du programme DOTS.



Un bon système de santé de proximité appliquant la délégation des tâches et plus de 30 000 « agents de santé de proximité » pour assurer le suivi des patients se traduisent par un taux de réussite du traitement d’environ 84 pour cent lorsqu’un patient est diagnostiqué, soit presque l’objectif de 85 pour cent fixé par l’OMS.



« Le programme DOTS éthiopien est sous-utilisé. Les comportements favorisant la santé restent peu répandus. Il faut y remédier », a dit Akram Eltom, chef d’équipe de lutte contre le VIH pour l’OMS en Éthiopie. « Un bon programme DOTS est la meilleure protection contre la TB-MR ».



Jusqu’à maintenant, grâce au Comité Feu Vert de l’OMS et au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, le pays dispose de suffisamment de fonds pour traiter les patients atteints de TB-MR jusqu’en 2014. Mais, selon M. Diriba, avec des diagnostics et des traitements étendus, davantage de financements pourraient être nécessaires et les organisations partenaires soutiennent cet effort.



Observance



« Nous devons également renforcer les consultations d’observance au traitement lors de notre développement, car les médicaments de deuxième intention contre la tuberculose ont plus d’effets secondaires que les médicaments contre la tuberculose habituels », a-t-il remarqué. « Ils durent aussi plus longtemps, de 18 à 24 mois ».



Pour les personnes sous traitement contre le VIH et contre la tuberculose, c’est encore plus difficile. On estime que 25 pour cent des Éthiopiens atteints de tuberculose sont co-infectés par le VIH.



Daniel*, un chauffeur de bus de 34 ans, est à l’hôpital d’Addis Abeba depuis un mois pour être soigné contre la TB-MR. Il était déjà sous traitement antirétroviral.



« J’ai des nausées et je vomis beaucoup et je suis toujours fatigué », a-t-il dit à IRIN/PlusNews.



La mère de Daniel, qui s’occupe de lui à l’hôpital, a dit que malgré sa faiblesse due aux médicaments, son état s’était beaucoup amélioré. « Au moins, maintenant, il peut s’asseoir et manger », a-t-elle dit.



Les patients sont admis à l’hôpital pour trois mois, après quoi ils sont suivis de près par leur centre de santé local, l’hôpital de la tuberculose, les membres de leur famille et les agents de santé de proximité.



M. Adem a dit que les visites mensuelles à l’hôpital obligatoires pour les patients externes représentaient une dépense que la plupart des malades ne vivant pas à Addis Abeba pouvaient difficilement se permettre.



« Le GHC [Global Health Committee] nous aide à nourrir et transporter les patients externes, mais ils auront besoin de plus de soutien au fur et à mesure que le programme se développera », a-t-il dit.



Problèmes d’effectifs



« Le renouvellement du personnel est très élevé ici [à St Peter], essentiellement à cause du caractère très risqué de la TB-MR… Si une infirmière est infectée, sa famille est également en danger, alors lorsqu’elles trouvent un autre travail, elles s’en vont », a dit M. Adem. « En outre, il y a peu de mesures d’incitation. Par exemple, les professionnels de santé – même ceux qui occupent des postes à haut risque comme ici – ne sont pas assurés contre les maladies ».



Malgré les défis auxquels fait face le programme, les spécialistes ont dit que l’engagement du gouvernement à améliorer les structures de soin, former le personnel de santé et suivre les recommandations de l’OMS concernant la TB-MR permettait d’être optimiste.



« Jusqu’à maintenant, les résultats du traitement sont bons. Un patient a terminé le traitement de deux ans et est guéri », a dit M. Adem. « Selon notre registre des patients sous traitement, les frottis positifs deviennent négatifs en un temps relativement réduit et les effets secondaires sont minimes ».



* Noms d’emprunt



kr/mw/gd/ail