Déterminer quand l'eau est salubre

Les microbes présents dans l'eau qui provoquent la diarrhée ne sont souvent pas détectés dans certaines régions du monde où le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans à cause d'infections gastro-intestinales est le plus élevé.



Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), le manque de réglementations, de coordination interministérielle et de surveillance de la salubrité de l'eau peut donner une image faussement inoffensive de la qualité de l'eau.



« Plusieurs interprétations sont données à la salubrité de l'eau entre les ministères responsables [qui traitent de la question de l'eau]. Il est donc difficile de tirer une conclusion sur la qualité de l'eau », a dit à IRIN Rolf Luyendijk, statisticien principal en eau et assainissement de l'UNICEF.



Les robinets, les forages, les puits fermés ou les sources, de même que l'eau de pluie, sont considérés comme des sources d'eau « améliorées » et « salubres », mais ils ne garantissent que l'eau soit potable, a-t-il dit.



« L'eau d'un puits creusé peut ne pas satisfaire aux normes microbiologiques et être mortelle », a-t-il dit à IRIN.



L'eau courante était presque conforme



Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'eau contaminée contribue à plus de deux millions de décès pour cause de diarrhée par an et à des millions d'autres cas de maladies hydriques.



En 2004, l'UNICEF et l'OMS ont mené des évaluations rapides au Bangladesh, en Chine, en Éthiopie, en Inde, en Jordanie, au Nicaragua, au Nigeria et au Tadjikistan, qui ont révélé que seule l'eau courante était presque conforme aux recommandations internationales. D'autres sources d'eau considérées comme « améliorées » ne respectaient qu'environ la moitié des recommandations internationales.



M. Luyendijk a dit à IRIN que les ministères responsables de l'eau et de l'assainissement devaient améliorer la coordination des données et la surveillance de la qualité de l'eau pour savoir si les investissements profitaient aux personnes les plus défavorisées.



« Une très grande quantité de fonds est investie pour favoriser l'accès [à une eau salubre et à l'assainissement] et le quintile [20 pour cent] le plus pauvre n'a pas bénéficié de ces progrès », a-t-il dit.



Tandis que 84 pour cent des personnes vivant dans des pays à faible revenu semblent utiliser des sources d'eau améliorées, huit personnes sur 10 dépourvues d'accès vivent dans des zones rurales, selon le dernier rapport conjoint de l'OMS et de l'UNICEF sur l'accès à l'eau et à l'assainissement.



Plans de gestion de la salubrité de l'eau



M. Luyendijk a averti que les données ne devaient jamais pousser à la complaisance, citant l'Ouganda comme exemple.



« Le pays a fait d'énormes progrès et augmenté l'accès [à des sources d'eau améliorées] dans les zones rurales de 40 à 60 pour cent entre 1990 et 2006. Mais en nombres absolus, [à cause de la croissance démographique] 500 000 personnes de plus [dans les zones rurales] ne bénéficient pas d'un accès à l'eau potable », a-t-il expliqué. « Les progrès relatifs n'éliminent pas une souffrance absolue. Nous pouvons toujours faire plus ».



L'OMS recommande aux pays de mettre en place des plans de gestion de la salubrité de l'eau et aux organismes de réglementation de garantir non seulement un accès sans danger à l’eau, mais également la salubrité de l'eau.



L'objectif du Millénaire pour le développement concernant l'eau requiert une réduction de moitié du pourcentage de la population qui n’a pas d’accès à un approvisionnement en eau potable ni à des services d’assainissement de base d'ici à 2015, mais il n'existe aucun accord mondial contraignant sur la salubrité de l'eau. L'OMS a publié des recommandations que les gouvernements sont encouragés à appliquer selon leurs moyens.



« À quoi servent les données sans action ? » a demandé M. Luyendijk. « Nous observons pour agir. Savoir c'est s'adapter... Les gens ne peuvent pas vivre sans eau. Mais ils peuvent aussi mourir à cause d’elle ».



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