Les habitants du sud fuient la sècheresse

« Vide » : un adjectif de plus en plus approprié pour décrire les environs de Tanout, dans la région de Zinder, dans le sud du Niger. Des puits et des pâturages, des champs et des banques alimentaires et, petit à petit, des villages entiers, qui se vident.



Sur les quelque 42 familles que compte habituellement le village de Garin Dagabi,  une vingtaine de kilomètres au nord de Tanout, 20 chefs de ménages ainsi que 13 familles entières sont partis à la recherche de moyens de subsistance.



Au cours de la dernière saison des pluies, qui dure en principe quatre mois, le village n’a reçu en tout et pour tout que deux pluies, a dit Issouf Boukary, le chef du village. « A la première pluie, on a semé du mil, ça a commencé à pousser… mais ensuite, tout a séché, on n’a rien pu récolter. »



L’insuffisance des pluies dans tout le pays a conduit à une baisse de 31 pour cent de la production céréalière par rapport à l’année dernière – 410 000 tonnes de moins – d’après les dernières estimations du gouvernement.



Au Niger, un pays qui compte 15 millions d’habitants, la production céréalière brute par habitant risque d’atteindre son niveau le plus bas depuis 20 ans, et plus de la moitié du pays pourrait bien connaître des déficits de production comparables à ceux de 2004, qui avaient contribué à la crise alimentaire nationale de 2005, d’après FEWS NET, l’organisation américaine de surveillance de la famine.



Le gouvernement a estimé que l’insuffisance des pluies a forcé quelque deux millions de personnes à épuiser leurs réserves alimentaires sept mois avant la prochaine récolte. Ce pourrait être le cas, prochainement, de cinq millions de personnes supplémentaires.



Une banque céréalière mise en place il y a trois ans à Garin Dagabi, qui disposait au départ d’un stock de 10 tonnes de céréales, n’en contient plus aujourd’hui qu’environ trois tonnes. « On a un peu d’argent dans la caisse pour acheter d’autres sacs [de mil], mais au prix actuel [à Zinder] on ne peut pas se le permettre et il faut aller loin pour en trouver », a dit M. Boukary à IRIN.



Gouragass



A quelques kilomètres de là, le village de Gouragass n’a pu récolter qu’environ 10 pour cent de sa production habituelle de mil, sorgho et niébé. « En année normale, on arrive à couvrir neuf à 10 mois de nos besoins [alimentaires], mais cette année a été tellement mauvaise qu’on n’avait même pas un mois de réserves après la récolte [en octobre 2009] », a dit à IRIN Alhadji Idi, le chef du village.



Les 140 tonnes de mil distribuées en octobre 2009 par le gouvernement à neuf villages de la zone qui n'avaient pas récolté sont bien loin. L’argent envoyé par les migrants ne suffit pas à couvrir les besoins, comme par le passé, ont dit les chefs des deux villages à IRIN.



« Le village n’avait pas connu une situation aussi difficile depuis [1984, l’une des plus graves crises alimentaires au Niger]. Même [2005] n’était pas aussi dur. Et ça vient à peine de démarrer », a dit M. Idi à IRIN. Les villageois ont divisé par deux la quantité disponible lors des repas, a-t-il ajouté.



Issouf Bayard, sociologue nigérien originaire de Zinder, a dit à IRIN que la crise de 1984 concernait l’élevage et l’agriculture, tandis que celle de 2005 était essentiellement agricole.



« Aujourd’hui, en 2010, nous avons des problèmes d’agriculture et d’élevage, plus une population qui a doublé de volume et des épidémies que nous n’avions pas il y a deux décennies. »



D’après le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), il faudra mobiliser quelque 166 millions de dollars pour éviter une crise alimentaire dans la région de Zinder.















Photo: Anne Isabelle Leclercq/IRIN
Puiser l'eau est en général une tâche difficile réservée aux hommes, mais elle est aujourd'hui confiée aux enfants et adolescents en raison de l'exode de nombreux chefs de famille partis à la recherche de moyens de subsistance

Aliment de pénurie



Les prix alimentaires enregistrés en décembre dernier à Zinder étant, selon l’ONG belge AQUADEV, en moyenne 30 pour cent plus élevés que les années précédentes, les ménages se tournent vers une plante sauvage que les habitants appellent ‘jiga’, dont se nourrissent habituellement les chameaux et les criquets.



« Le jiga est un aliment de pénurie », a dit à IRIN Yacouba Adjaharou, directeur de la Direction départementale du développement agricole (DDDA) de Tanout. « Les populations en mangent habituellement en petites quantités, mais lorsque la consommation devient importante, c’est signe de difficultés [d’autant plus que] la cueillette a commencé très tôt [dans la saison]. »



Bétail vendu



Des familles vendent leurs vaches – y compris les vaches pleines et les veaux – pour se procurer de quoi manger, d’après l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). « Un éleveur ne vend jamais sa vache suitée sans qu'il ne soit véritablement en difficulté.», a dit à IRIN Nourou Tall, responsable de programme d’urgence à la FAO.



Les prix offerts ont été divisés par deux à cause de la malnutrition des animaux et de la baisse de la demande du plus gros client du Niger, le Nigeria, dont la devise a perdu de la valeur cette année par rapport au franc CFA.



« Avant, on vendait une brebis au moins 20 000 francs CFA [42 dollars], maintenant ça ne dépasse pas 10 000 », a dit M. Idi, le chef de Gouragass.



Faire feu de tout bois



L’insuffisance des pluies a aggravé la pénurie de foin – estimée à cinq millions de tonnes en 2008 par la FAO – utilisé pour nourrir les animaux. Cette année, la quantité de foin disponible suffit à nourrir seulement un tiers du bétail nigérien.



Même ce stock durera tout au plus deux mois, d’après une récente discussion, organisée par la FAO, entre des organisations travaillant dans le domaine de la sécurité alimentaire. « On peut donc envisager que la situation sera très critique dès le mois d'avril prochain », a dit M. Tall, de la FAO, à IRIN.



Le gouvernement estime qu’il existe une pénurie de 32 000 tonnes d’aliments pour animaux, tels que le maïs, dont la FAO fournira 8 450 tonnes. La première région bénéficiaire de cette distribution sera Diffa, la région la plus orientale du Niger, suivie de Zinder.



Pendant ce temps, les habitants qui n’ont pas de cheptel font feu de tout bois – au sens propre – pour gagner de l’argent : ils ramassent et vendent tout ce qui peut être transformé en fourrage ou bois de chauffage. « Comme beaucoup d’arbres ont été coupés, les gens vont même déterrer des racines de gros arbres à deux ou trois mètres », a dit a dit à IRIN Souleymane Roufaï Kane, de la DDDA de Tanout.



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