« J’ai vu des choses que jamais je n’aurais pensé voir, tellement de morts »

A la même période l’année dernière, Arulamma Thambiraja, 99 ans, faisait partie des dizaines de milliers de civils bloqués dans le nord du Sri Lanka par les affrontements entre les forces du gouvernement et les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (TLET), vaincus depuis.



Lorsqu’en janvier 2009, les combats ont atteint son village, Navajeevanam, situé près de la ville de Paranthan, dans le district de Kilinochchi, sa famille a fui, s’enfonçant dans les zones contrôlées par les TLET. Elle a été portée sur une chaise par ses fils et ses petits-enfants pendant la plus grande partie du voyage.



En avril 2009, elle est entrée dans un camp de personnes déplacées avec sa famille, et y est restée jusqu’en janvier de cette année. Elle vit aujourd’hui chez un parent, près de Colombo, la capitale, où elle a raconté à IRIN les combats et ses rêves de retour :



« La situation se détériorait de minute en minute, il y avait des tirs de tous les côtés. Je ne pensais absolument pas que j’allais survivre. Chaque seconde était comme une vie, là-bas.



« Mes fils me portaient. Nous ne pouvions pas rester au même endroit pendant longtemps, c’était très difficile. C’était difficile de trouver à manger… aller aux toilettes, c’était risquer sa vie.



« Si je suis là, c’est par la grâce de Dieu, et rien d’autre. Je ne sais pas comment j’y suis arrivée, c’était terrible, partout il y avait des gens qui couraient, terrifiés. J’ai simplement fermé les yeux à chaque fois que j’entendais un grand bruit ; à chaque fois, je pensais que je ne les rouvrirais jamais. C’était comme un très long cauchemar.



« Il s’est passé tellement de choses depuis que je suis née. Quand la guerre a commencé, j’étais déjà grand-mère, j’avais plus de soixante ans. J’ai vu des choses que jamais je n’aurais pensé voir, tellement de morts, tellement de destruction.



« Quand les autorités ont dit que nous pouvions retourner dans nos villages, ma famille n’a pas voulu rentrer immédiatement. Nous n’étions pas sûrs de ce que nous allions trouver au village. La maison était détruite, il y avait des mines partout. Et mes enfants pensaient que j’avais besoin de repos.



« De toute ma vie, je n’ai connu personne qui ait vécu jusqu’à l’âge de 100 ans ; dans mon village, personne n’a jamais vécu aussi longtemps. Je veux être la première, je veux aller là-bas et célébrer cet événement.



« Tout ce que je veux, c’est rentrer dans mon village, y vivre comme autrefois, en paix, sans soucis. C’est mon seul rêve. »



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