Les enfants sont les premières victimes du conflit du Nord-Yémen

Des centaines d’enfants ont été tués ou utilisés comme enfants soldats dans les affrontements entre les forces du gouvernement yéménite et les rebelles chiites dirigés par Abdul-Malik al-Houthi, qui font rage dans le nord du pays depuis août 2009, d’après un nouveau rapport publié par l’Association Seyaj pour la protection de l’enfance (SOCP), une organisation non gouvernementale locale de défense des droits de l’enfant.



D’après ce rapport, daté du 22 février dernier, quelque 89 000 enfants ont été forcés de fuir leurs maisons avec leurs familles, tandis que « 187 enfants ont été tués, 402 exploités comme soldats par les Houthis, et 282 autres recrutés par des milices locales progouvernementales. »



Ces résultats s’appuient sur une étude réalisée par SOCP en décembre 2009 – avec le soutien du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) – auprès d’enfants vivant dans des camps de déplacés dans les gouvernorats de Hajja, Saada et Amran, ainsi que dans certains des districts de Saada touchés par les conflits : la ville de Saada, Razeh, Alb, Baqem, Ghamr et Qataber.



D’après le rapport, 42 pour cent des enfants des camps (dont le nombre est estimé à 35 000) sont affectés par la malnutrition, 19 pour cent souffrent de diarrhée, 25 pour cent d’infections respiratoires et trois pour cent sont atteints de paludisme.



Dans le cadre de l’étude, SOCP a interrogé 684 anciens enfants soldats et a collecté des informations sur 73 926 enfants au total.



Selon les organisations humanitaires, plus de 70 pour cent des personnes déplacées par le conflit depuis 2004, dont le nombre est estimé à 250 000, vivent à l’extérieur des camps de déplacés, et les enfants représentent plus de la moitié de la population déplacée.



Le 11 février, les deux parties au conflit ont conclu un accord de cessez-le-feu. Cette trêve est fragile, et des affrontements sporadiques ont été rapportés.



D’après le rapport de SOCP, à Saada, 383 332 enfants (environ 97 pour cent des enfants en âge d’être scolarisés dans le gouvernorat) n’ont pas pu aller à l’école pendant cette période.














Photo: Adel Yahya/IRIN
Ammar fait partie des milliers d’enfants vivant dans le camp de déplacés de Mazraq

Ahmad al-Qurashi, directeur de SOCP, a dit à IRIN que cette situation était principalement due aux déplacements, à l’insécurité, à la destruction des écoles ou à leur utilisation à des fins militaires.



Sur les 701 écoles du gouvernorat de Saada, 17 ont été détruites dans les combats et 16 autres ont été occupées par l’une ou l’autre des parties belligérantes. La plupart des écoles restantes ont été désertées, a-t-il dit.



Enfants soldats



« Le nombre d’enfants exploités comme soldats pourrait être bien plus élevé que le chiffre indiqué dans le rapport, parce que nous avons eu du mal à détecter qui avait encore moins de 18 ans, en raison de l’absence [d’actes] de naissance », a dit à IRIN Fahd al-Sabri, chercheur principal de SOCP. D’après lui, seulement huit pour cent des citoyens yéménites possèdent un certificat de naissance.



« Le nombre d’enfants tués lors des combats pourrait aussi être bien plus élevé que le chiffre indiqué dans le rapport, car de nombreuses zones touchées par les avions de combat des armées saoudienne et yéménite étaient encore inaccessibles », a dit M. al-Sabri



Depuis août 2009, les organisations humanitaires ont du mal à obtenir des informations complètes sur l’impact de la guerre sur les enfants, selon George Abu al-Zulof, spécialiste de la protection de l’enfance auprès de l’UNICEF. Cependant, a-t-il dit à IRIN, il semble que la plupart des lois portant sur les droits de l’enfant n’aient pas été respectées durant les affrontements.



M. Abu al-Zulof a appelé les parties au conflit à libérer les enfants soldats pour qu’ils puissent retourner à l’école, et a appelé de ses vœux « une enquête impartiale » sur l’impact de la guerre sur les enfants.



M. al-Qurashi, président de SOCP, a appelé le Yémen à réviser sa loi n° 45 sur les droits de l’enfant – qui date de 2002 –, afin de prévoir des sanctions claires contre les individus qui exploitent des enfants en situation de conflit armé.



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