La crise constitutionnelle s’aggrave au Niger

Les vendeurs ambulants ont abandonné leur stand quand ils ont entendu, peu après 13 heures, des coups de feu en provenance du palais présidentiel de Niamey, la capitale du Niger. Les tirs ont continué de manière intermittente et l’armée a bloqué toutes les routes menant au palais. Des hélicoptères du gouvernement survolaient la ville et ont même ouvert le feu, selon des résidents.



« J’ai préféré abandonner ma librairie plutôt que de risquer d’être touché par un tir perdu », a dit à IRIN Ismaël Issaka depuis sa maison, à Niamey. Il a ajouté qu’il avait entendu des coups de feu près de l’hôpital après 15 heures. Celui-ci est situé en face d’une base militaire.



Amadou Boureima, un médecin qui travaille dans une clinique privée de la capitale, a dit à IRIN qu’il a dû traiter cinq patients blessés par balle.



Ailleurs dans le pays, la circulation et les échanges commerciaux n’ont pas été interrompus.



L’ancienne ministre de l’Information, Mariama Gamatié, a dit à IRIN que la télévision et la radio d’État étaient toujours en fonction à 15 heures. « Nous avons entendu d’autres coups de feu, mais s’il y a eu une tentative de coup d’État et que quelqu’un a pris le pouvoir, la première chose qui se produit ici en Afrique, c’est que les nouvelles ne sont plus diffusées ». Les bulletins de nouvelles ont été remplacés par de la musique militaire peu après 18 heures.



Mme Gamatié était ministre de l’Information au moment de l’assassinat du président Ibrahim Baré Mainassara, en 1999, et se considère aujourd’hui comme un membre de la société civile qui s’oppose au gouvernement du président Tandja.



« Nous payons le prix de la prise de pouvoir du président Tandja…Nous ne pouvons pas nous permettre de satisfaire son ego. Nous sommes au beau milieu d’une famine. Personne ne nous autorise à utiliser ce mot ici à cause de la controverse de 2005. Ce n’est pas une crise alimentaire comme le disent les responsables du gouvernement : c’est une famine ».



Le nombre d’admissions d’enfants atteints de malnutrition dans des centres de nutrition étaient 60 pour cent plus élevé en janvier de cette année qu’à pareille date l’an dernier, selon le Réseau américain des systèmes d’alerte précoce FEWSNET.



L’Union européenne, le plus important bailleur de fonds bilatéral du gouvernement nigérien, a gelé toutes ses aides non-humanitaires jusqu’à ce qu’il y ait un retour à « l’ordre constitutionnel » au Niger. Par ailleurs, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a suspendu le Niger [en octobre dernier].



Abdou Labo, vice-président du parti d’opposition Convention démocratique et sociale (CDS) et ministre jusqu’à ce qu’il dépasse, en 2007, le terme pour occuper un poste ministériel, a dit à IRIN qu’il ne ferait aucun commentaire sur les violences qui ont eu lieu au palais présidentiel. « Ce ne sont que des rumeurs. Rien n’a été confirmé pour le moment. Il ne sert à rien de faire des conjectures ».



Les journalistes d’IRIN n’ont pas réussi à joindre des membres du gouvernement ou du parti au pouvoir.



Négociations ?



Le 4 août 2009, un référendum contesté a permis de modifier la Constitution pour prolonger indéfiniment les mandats présidentiels, autorisant ainsi le président Tandja à demeurer au pouvoir après la fin de son mandat, prévue le 22 décembre 2009.



Le président nigérien s’est octroyé des pouvoirs extraordinaires après avoir dissous le Parlement en mai dernier, puis la Cour constitutionnelle en juin. Celle-ci avait jugé, à deux reprises, que la tenue du référendum était contraire à la Constitution.



Après avoir reporté à deux reprises la réunion, les membres de la CEDEAO se sont finalement rencontrés le 16 février à Abuja, au Nigéria, pour discuter de l’impasse constitutionnelle dans laquelle se trouve le Niger – ainsi que d’autres crises régionales.



Lors de cette réunion, le CEDEAO a nommé comme médiateur le président du Sénégal, Abdoulaye Wade. Celui-ci devait se joindre à l’ancien président nigérian, Abdusalami Abubakar, et à un représentant de l’Union africaine pour mener les négociations entre le président Tandja et l’opposition afin de sortir de l’impasse.



Lorsqu’on lui a demandé comment il se sentait face aux négociations avec le gouvernement, récemment relancées, le chef de l’opposition, M. Labo, a répondu que l’opposition avait fait des concessions et qu’elle demeurait optimiste quant à la possibilité d’une sortie de crise pacifique. « Nous sommes heureux de bénéficier de l’aide des médiateurs et nous attendons les contre-propositions du gouvernement ».



Mme Gamatié doute quant à elle que le président Tandja ne cède quoi que ce soit.



« Je suis contre l’usage de la force militaire pour évincer le président Tandja. Peu importe ce qui s’est passé au palais aujourd’hui, je continuerai à me battre en utilisant des moyens démocratiques. Mais cette tentative de coup d’État était inévitable : quand on serre trop longtemps, celui qui s’étouffe finit par se déprendre ».



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