Comment traquer un souffle de vie

Les meilleurs experts en recherches et en sauvetage ont de l’endurance, un odorat exceptionnel et une ouïe particulièrement fine ; ils ont aussi généralement quatre pattes.



En effet, les chiens bien dressés et leurs maîtres peuvent offrir la meilleure chance de survie aux personnes ensevelies sous les décombres d'un site de recherche et de sauvetage urbain (USR), décombres qui ne présentent souvent aucun signe extérieur de vie.



Le chien



Leur intelligence et leur flair remarquable font des chiens les candidats idéaux pour cette tâche, selon Ann Christensen, présidente du comité canin de la National Association for Search and Rescue, un organisme américain. La plupart des chiens ont une meilleure vue que les hommes, en particulier dans l’obscurité, et une ouïe plus fine. Mais c’est leur odorat qui les distingue véritablement : il serait en effet mille fois plus sensible que celui de l’Homme.



Les races populaires sont les bergers allemands, les border collies, les golden retrievers ou les labradors, chez qui les maîtres-chiens recherchent un ensemble bien spécifique de talents. « Il n’y a que quelques chiens qui peuvent faire ce type de travail, qui ont les qualités nécessaires. L’animal de compagnie lambda n’en est pas capable, quel que soit l’entraînement que vous lui faites suivre », a expliqué Mme Christensen à IRIN.



Les zones sinistrées sont généralement extrêmement dangereuses et stressantes : « un chien de catastrophes doit [donc] être confiant, courageux et agile » ; il doit être capable de se concentrer pendant qu’il renifle les décombres, et d’ignorer toute autre odeur et tout autre bruit, aussi tentants soient-ils.



Le dressage



« Il faut environ entre 18 mois et deux ans et demi, au minimum, pour entraîner ... une équipe [composée d’un chien et de son maître]. Normalement, si vous avez un chien qui a les capacités, l’énergie et la concentration requises pour faire ce travail, cela prend même plus de temps de former le maître », selon Chris Pritchard, coordinateur des équipes de chiens d’USR au sein de l’équipe internationale de recherche et de sauvetage du Fire and Rescue Service britannique.



Les maîtres font partie intégrante du dressage du chien, et à la fin de l’entraînement, si le contact est bon, ils seront désignés comme partenaires pour toute la durée de la vie active du chien, soit environ 10 ans.



« Lorsqu’un maître-chien reçoit son certificat de qualification avec un chien, les deux reçoivent le certificat en tant qu’équipe ; ils travaillent ensemble. Vous tissez un lien très fort avec le chien parce que vous passez beaucoup de temps à vous former avec le chien, en déplacement avec le chien, en mission avec le chien ; vous passez presque plus de temps avec votre chien qu’avec votre famille », a expliqué Ann Christensen.









« Dans chaque catastrophe, il y a toujours quelques miracles, et certaines personnes survivent plus longtemps, mais normalement, une personne ne peut pas rester en vie sans eau pendant plus de quatre jours »

Wolfgang Zörner est président de l’International Rescue Dog Organisation, l’organisme de coordination chargé de s’assurer que ses membres respectent les normes établies par le Groupe consultatif international de recherche et de sauvetage des Nations Unies (INSARAG) ; les équipes internationales doivent passer un test de disponibilité opérationnelle pour pouvoir être déployées sur le terrain, a-t-il expliqué.



« Une fois que vous avez réussi le test, la certification est valide pendant trois ans, mais le test est très difficile : il se poursuit en continu jour et nuit pendant deux jours, et pas plus de 40 pour cent des candidats ne réussissent », a-t-il commenté.



L’équipement



Les équipes de chiens et de maîtres-chiens doivent être complètement autonomes pendant 10 jours à la suite du déploiement : elles arrivent sur place équipées de tentes, de vivres, de matériel médical et vétérinaire, et d’eau. Pour bien s’hydrater pendant leurs activités, les chiens ont besoin de boire au moins un litre d’eau par jour – davantage lorsque le climat est plus chaud. Il est également important que les chiens aient un lieu d’hébergement adapté pour être en sécurité sur les sites.



Outre leur laisse et leur collier, l’équipement peut varier entre les harnais de levage, les vestes de refroidissement et les bottes pour chiens. « Il faut protéger le chien pour qu’il puisse faire son travail ; [les chiens] sont aussi importants que les sauveteurs », selon M. Pritchard, du Royaume-Uni.



Le déploiement



Le « jour J » correspond aux 24 premières heures qui suivent la catastrophe, d’après M. Pritchard. « La capacité de survie des individus susceptibles d’être piégés sous les décombres diminue considérablement après cela ».



« Chaque catastrophe est différente, mais l’objectif principal est d’arriver sur place le plus rapidement possible, a noté Wolfgang Zörner. Dans chaque catastrophe, il y a toujours quelques miracles, et certaines personnes survivent plus longtemps, mais normalement, une personne ne peut pas rester en vie sans eau pendant plus de quatre jours ».



La dernière mission de Wolfgang Zörner a eu lieu à la suite du séisme de Padang, en Indonésie. « Quand on est appelés, on peut être prêts à se déployer avec les chiens dans les huit heures qui suivent », a-t-il expliqué. Généralement, l’appel leur parvient via le système virtuel du Centre de coordination des opérations ‘sur terrain’ (OSOCC) de l’INSARAG (un outil d’échange et de coordination d’informations en ligne à l’attention des responsables de la gestion des catastrophes et des organisations d’intervention internationale).



Les équipes maîtres et chiens deviennent partie intégrante d’un groupe de spécialistes de l'USR. Une fois que les contrôles médicaux ont été effectués, les équipes reçoivent des instructions, l’équipement est vérifié et palettisé en vue d’être transporté, et l’équipe part à bord d’avions civils ou militaires.



Les recherches














Photo: Phuong Tran/IRIN
Une équipe de recherche composée d’un chien et de son maître, en mission en Haïti

Arrivées à destination, les équipes se présentent à l’OSOCC, généralement mis en place par l’INSARAG en collaboration avec les services locaux de gestion des urgences. « Le problème, sur place, c’est toujours le transport. Pour aller de l’aéroport à [l’OSOCC], puis sur les sites », selon M. Zörner.



Compte tenu des contraintes de temps et de ressources, une opération de reconnaissance initiale est essentielle, pour définir les zones prioritaires. « Il est important qu’ils [l’OSOCC] sachent déjà où il est utile de lancer des recherches avec les chiens ; qu’ils aient réalisé un état des lieux initial », a-t-il noté.



Les chiens représentent un élément du « volet recherche technique » ; les autres sont l’équipement acoustique extrêmement sensible, capable de détecter le moindre son, et les caméras minuscules pouvant être insérées dans des fissures et des orifices percés dans le béton.



« C’est un vaste jeu de cache-cache ; c’est la seule raison pour laquelle les chiens vont chercher. Si le chien détecte une source d’odeur, il va le manifester soit en grattant, soit en aboyant de manière ciblée et en continuant d’aboyer en direction de l’endroit où l’odeur est la plus forte », selon M. Pritchard.



« Mais cela ne signifie pas forcément que la personne est ensevelie juste en dessous d’eux : l’odeur peut se déplacer sur une grande distance. Nous faisons ensuite chercher le chien à différents angles pour voir si l’odeur lui parvient à un autre endroit ». Souvent, on fait également appel à un deuxième chien pour confirmer la découverte.



Les sauveteurs ont recours aux chiens à plusieurs phases de l’opération de sauvetage. « Une fois que les décombres sont retirés d’une zone et que les chiens peuvent se rapprocher, un canal olfactif peut s’ouvrir, qui peut permettre aux chiens de détecter l’odeur de la personne ensevelie. Nous reprenons les recherches avec les chiens dans le bâtiment à mesure qu’on enlève de grosses parties de décombres », a expliqué M. Pritchard.



Le sauvetage



« Ils reconnaissent le portrait olfactif d’un humain, composé de nombreuses odeurs différentes, comme les vêtements que porte la personne ... la nourriture qu’elle a mangée, le vernis de ses chaussures, ses glandes sudoripares ». Il est généralement admis que les chiens sont également attirés par les cellules mortes – des cellules de peau odorantes qui tombent, chez chaque personne, à raison de 40 000 par minute.



Une fois qu’une découverte a été confirmée, les chiens sont éloignés afin que la victime puisse être dégagée en toute sécurité. Les recherches étant avant tout un jeu pour les chiens, les découvertes sont toujours récompensées – généralement avec un jouet - afin qu’ils restent motivés.



Selon M. Zörner, un chien travaille pendant 20 minutes, car « s’il travaille trop longtemps, le chien n’est plus intéressé et son travail n’est plus sûr : il pourra alors donner une indication même s’il n’en est pas absolument certain » ; ensuite, le chien se repose pendant la même période de temps.



« Nous ne recherchons que les vivants ; c’est la priorité ». Quand les recherches sont arrêtées, généralement 10 jours après le début de la catastrophe, les équipes maîtres et chiens sont renvoyées chez elles.



Ensuite, à mesure que la phase humanitaire des opérations de secours s’intensifie, on a recours à d’autres chiens renifleurs, les chiens spécialisés dans la recherche des cadavres.



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