La course contre la montre des équipes de recherche

Depuis le tremblement de terre qui a frappé Haïti le 12 janvier dernier, 121 personnes ont été sauvées par des équipes de recherche selon le dernier bilan fourni le 20 janvier par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), grâce à un effort international qui a mobilisé quelque 1 700 spécialistes.



Le 17 janvier, une équipe de sauvetage composée de 100 membres originaires du Royaume-Uni et d’Islande a voyagé avec deux chiens de catastrophe, trois tonnes d’équipement et cinq camions de sécurité des Nations Unies vers Léogane, l’épicentre du séisme qui a détruit la ville à 80 pour cent. Un correspondant d’IRIN les a accompagnés :



Une journée dans la vie d’une équipe de sauvetage



6h : Adam Douglas, du Centre de coordination des opérations ‘sur-terrain’ des Nations Unies, informe les chefs d’équipe Mike Thomas, du Royaume-Uni, et Olafur Loftsson, d’Islande, sur leur mission conjointe à Léogane, à 60 kilomètres à l’ouest de Port-au-Prince, et leur donne des cartes satellites. M. Loftsson dit que son équipe, en Islande, a également préparé des cartes indiquant les écoles, les bibliothèques, les postes de police et d’autres sites potentiels où rechercher des survivants – en islandais. Les équipes reçoivent l’instruction de quitter Léogane avant 15h ou d’y passer la nuit, car les escortes de sécurité ne pourront pas voyager plus tard. Un bataillon sri-lankais des Nations Unies a reçu l’ordre de fournir un soutien logistique, des locaux et des espaces de couchage pour l’équipe.



M. Thomas et M. Loftsson discutent pour décider s’ils apporteront leur propre équipement satellite mobile, afin de recevoir les images satellites enregistrées plus tôt dans la journée, depuis un hélicoptère, par une autre équipe de recherche britannique. « Nous pouvons aviser sur le bord de la route, en chemin », dit M. Thomas. « A partir de la surveillance aérienne, d’un rapport de l’Equipe des Nations Unies pour l’évaluation et la coordination en cas de catastrophe, de cartes satellites islandaises créées grâce à Google Earth, des renseignements locaux et de simples rumeurs, nous sélectionnons des lieux où nous sommes susceptibles de trouver des survivants. Une fois sur place, nous suivrons d’autres indications, mais ces lieux sont nos points de départs ».



7h : Un système de filtrage de l’eau, un système de satellite mobile équipé d’une imprimante, un équipement radio, des rations alimentaires pour 24 heures, des toilettes jetables appelés Wag Bags (système composé de deux sacs, que l’on place au-dessus d’un trou avec un grand anneau, et qui peuvent être pliés et scellés, puis jetés), des chaises et des tables pliantes, des pelles, deux chiens de catastrophe (donnés par l’équipe de recherche et de sauvetage canadienne en échange d’un hébergement sous des tentes britanniques – « Ça vaut le coup de transporter des tonnes de tentes », dit M. Thomas) ; du matériel médical et d’autres types de matériel sont chargés dans le camion rouge islandais.



L’équipe britannique a été refoulée deux fois lorsqu’elle a essayé d’entrer dans l’espace aérien de Port-au-Prince, depuis la République dominicaine. « Espace aérien saturé, neuf tonnes d’équipement et 50 hommes. Nous avions déjà des hommes et des équipements à Port-au-Prince. Nous étions préparés à entrer en n’utilisant que des équipements légers si nécessaire, si les autres étaient coincés », a dit M. Thomas à IRIN.



Quand IRIN lui a demandé comment l’équipe arrivait à communiquer avec les locaux alors qu’aucun d’entre eux ne parlait les langues nationales – le français et le créole – M. Thomas a répondu : « La langue du sauvetage est universelle. Quand les gens comprennent que nous sommes là pour rechercher et sauver les survivants, il y a toujours une profusion d’appels à l’aide ».



8h : M. Thomas et M. Loftsson s’inquiètent des réserves de carburant pour le voyage de 120 kilomètres. « Nous sommes en difficulté, et nous devons regarder ce que la base américaine peut proposer ».















Photo: Phuong Tran/IRIN
Débriefing des équipes de sauvetage

9h
: A l’arrivée de la police des Nations Unies, le convoi composé de deux bus et d’un camion d’approvisionnement commence à serpenter dans le trafic dense de Port-au-Prince.



11h : M. Thomas salue le commandant du bataillon de sécurité des Nations Unies à l’entrée de Léogane. « Quand on est sur [le territoire] de quelqu’un d’autre, on essaie de se contenter de serrer la main, échanger des informations et partir aussi vite que possible pour limiter le temps passé à la bureaucratie. Mais il faut quand même pratiquer la diplomatie des sauveteurs. C’est un équilibre à trouver ». En examinant la carte avec le commandant sri-lankais, M. Thomas s’aperçoit qu’il existe une autre base de sécurité plus proche des bâtiments devant être fouillés. Au bout de 30 minutes, les bus poursuivent leur route vers un terrain de football que M. Thomas espère assez sûr pour permettre l’installation d’une base temporaire.



L’équipe britannique commence à s’impatienter. « Ce n’est pas une mission typique. Normalement, on n’arrête pas. Il faut que nous nous mettions au travail », dit Vic Kopicki, un membre de l’équipe.



12h : Neuf membres de la section britannique de l’organisation non gouvernementale (ONG) Rescue and Preparedness in Disasters (RAPID), qui font partie de l’équipe de sauvetage britannique, sont envoyés chercher une école d’infirmiers, car d’après des rumeurs, des survivants seraient maintenus en vie grâce à de la nourriture qu’on leur donnerait à travers des trous dans les décombres. Tous volontaires, ils ont pris du temps sur leur travail au ministère de la Justice, dans des entreprises de construction ou de développement de logiciels pour faire le voyage.



En chemin, ils enregistrent les coordonnées GPS des pharmacies ouvertes, au cas où les survivants auraient besoin d’une prise en charge médicale immédiate. Malgré la carte satellite, ils ne trouvent pas l’école et demandent de l’aide à des locaux. Au lieu d’être guidés vers l’école, ils sont conduits à une maison. Echo, le chien de catastrophe canadien, est guidé autour de la propriété. Aucun signe de vie. Il est récompensé par une courte séance de jeu, et le groupe se remet en chemin.



14h : L’équipe de recherche de RAPID est appelée à venir voir un internat de l’autre côté de la rue, en face de la faculté des sciences infirmières. Est-ce que l’équipe pourrait enlever les corps ? Mick Dewer prend un étudiant à part : « Nous sommes ici pour sauver des vies. Notre priorité est de trouver les vivants. J’espère que vous comprendrez ».



14h20 : La doyenne de la faculté des sciences infirmières, Hilda Alcindor, dément les rumeurs, disant à l’équipe qu’aucun étudiant n’a été porté disparu. « Nous courons toujours après des rumeurs de ce genre », dit à IRIN Sophie Hensley, une membre de l’équipe.



Le chien de catastrophe marche et renifle, d’un air indifférent, le long des bâtiments de béton fissurés. « Elle [le chien] n’est pas du tout intéressée. Il n’y a personne dans cette maison », dit Mme Hensley, qui parle de la maison qui a appartenu à Daniel Raphael, 32 ans. « C’est la vie », dit M. Raphael. Lui et sa mère ont pu s’échapper de la maison qui s’écroulait, laissant derrière eux ses deux cousins.



« Une grande partie de ce que nous faisons est psychologique », dit à IRIN Mme Hensley, qui est la seule femme de l’équipe, et est habituellement fonctionnaire au ministère de la Justice. « Aucune recherche n’est faite en vain, même si nous ne trouvons pas de survivants. Parfois, confirmer qu’une personne est bien morte suffit à aider les gens à avancer ».



14h49 : Au lieu de suivre des pistes indiquant une école dans laquelle des survivants seraient apparemment bloqués, l’équipe retourne à la base du terrain de football pour se faire confier une nouvelle mission.



15h15 : Débriefing. « Pendant les heures du jour qui restent, notre travail visera à déclarer que cette zone ne contient aucun survivant », dit M. Thomas au groupe. Des cas de paludisme et de fièvre dengue ont été signalés. Un flot continu de patients a commencé à faire la queue sur le terrain – sur un brancard improvisé, en boitant, dans les bras de quelqu’un – des membres enflés, des complications de fin de grossesse, un bassin fracturé, un bras cassé.



Nick Maskery, le médecin de l’équipe britannique, dit à IRIN qu’il n’a pas le matériel nécessaire pour traiter convenablement les blessés. « Nous sommes équipés pour soigner les victimes que nous trouvons et les membres de notre équipe. Nous ne sommes pas un hôpital de terrain. Mais les gens voient de l’espoir dans nos opérations de sauvetage. Les secours dont ils ont besoin sont différents de notre mandat de sauvetage ».



M. Thomas appelle un hélicoptère Black Hawk des Américains afin d’évacuer une jeune fille de 13 ans et une femme enceinte de huit mois. « Il n’y a pas de traitement médical dans cette ville. Nous n’avons pas le choix », dit le chef de l’équipe britannique. Les passants s’amassent maintenant par centaines pour observer la scène.



16h30 : Le Black Hawk atterrit. Sean Moore, responsable du soutien au commandement des secours, dit que la recherche pourrait ne pas être inutile. « Toutes les activités de recherche ont été concentrées à Port-au-Prince plutôt que dans des zones excentrées comme ici à Léogane. Mais nous faisons ce que nous pouvons avec ce que nous avons ».



18h : Les hommes chargent leur équipement et retournent à la base de sécurité sri-lankaise la plus proche du terrain de football, afin d’y passer la nuit. Près d’une heure plus tard, le commandant de service dit qu’il ne peut pas loger le groupe ; l’équipe demande donc une escorte pour rentrer à Port-au-Prince. Après avoir attendu une heure pour se réapprovisionner en carburant, le groupe se met en chemin pour rentrer à sa base, à l’aéroport.



pt/mw/oa/bp/il/ail