Apprendre à lutter contre la mortalité infantile

Le « programme accéléré pour la survie de l’enfant », mené par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) dans 11 pays d’Afrique de l’Ouest, n’a pas permis de sauver significativement plus de vies que dans les zones qui n’avaient pas bénéficié du programme, d’après une évaluation publiée cette semaine dans The Lancet – mais des analystes disent que cela ne signifie pas que les actions de l’UNICEF n’étaient pas adaptées.



« Ils ont fait ce qu’il fallait », a dit à IRIN Jennifer Bryce, évaluatrice et chercheuse à la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health. « Ils ont fait ce qu’il est possible de faire rapidement et hors des systèmes de santé… Ce qui a constitué une déception et une opportunité manquée, c’est qu’ils n’aient pas fait davantage ».



L’évaluation, qui s’est concentrée sur le Bénin, le Ghana et le Mali, a analysé l’impact du programme de l’UNICEF pour la survie de l’enfant, qui a coûté 27 millions de dollars et a été mené entre 2001 et 2005.



Les résultats ont montré que la mortalité des enfants de moins de cinq ans avait baissé de 13 pour cent au Bénin, de 24 pour cent au Mali et de 20 pour cent au Ghana, mais que dans les deux premiers pays cités, les chiffres n’avaient pas plus diminué dans les zones ayant bénéficié du projet, tandis que les données comparatives n’étaient pas disponibles en ce qui concerne le Ghana.



Une des raisons expliquant ces résultats est que l’UNICEF a incité les ministères de la Santé, les bailleurs et les organisations humanitaires dans les pays impliqués à adopter des approches similaires de la survie de l’enfant, ce qui a contribué à faire baisser les taux de mortalité dans les autres zones également, a dit à IRIN Mickey Chopra, directeur de la santé à l’UNICEF.



« Dans la plupart des cas, il y a eu une chute considérable de la mortalité infantile. Ces pays sont très pauvres et il ne s’agissait pas d’une période de prospérité économique ou de déclin de la pauvreté, donc ce sont les interventions qui ont vraiment fait la différence », a dit M. Chopra à IRIN.



L’UNICEF a mis en place ce projet dans certaines des régions les plus difficiles d’accès et les plus défavorisées des pays concernés, a souligné M. Chopra.



D’autres critiques de l’approche de l’UNICEF portent sur l’insuffisance de l’attention portée à la sous-nutrition, et aux interventions concernant la mortalité néonatale (mortalité des nourrissons âgés de 28 jours et moins).



L’UNICEF n’a pas suffisamment fait pression auprès des ministères de la Santé pour qu’ils autorisent les volontaires communautaires à traiter les enfants souffrant de pneumonie, de diarrhée et de paludisme – les trois maladies qui provoquent le plus de décès chez les enfants en Afrique de l’Ouest. Un tel changement pourrait réduire considérablement les taux de mortalité infantile, a dit l’évaluatrice, Mme Bryce.



« Les enfants ne peuvent pas attendre les journées de la santé de l’enfant pour être traités… Ils ont besoin de quelqu’un sans délai, là où ils se trouvent, lorsqu’ils sont malades ».



Parmi les interventions qui ont fait leurs preuves, on peut citer le fait de donner aux enfants des antibiotiques contre la pneumonie, du zinc et des sels de réhydratation orale contre la diarrhée, et des polythérapies à base d’artémisinine ainsi que des moustiquaires contre le paludisme.

 

Les leçons de l’expérience



L’UNICEF a écouté et répondu à ces leçons, a dit Mme Bryce. « Ils ont vraiment répondu aux résultats, même jusqu’au plus haut niveau ».



L’agence a changé de stratégie, travaillant avec d’autres pour faire pression auprès des ministères afin qu’ils modifient leurs politiques sur les responsabilités des travailleurs de santé communautaires pour administrer les traitements, a dit M. Chopra, de l’UNICEF, et ce changement de politique est en cours dans 46 pays africains, dont le Mali, le Malawi, et l’Ethiopie.



La mortalité néonatale occupe aujourd’hui une place plus centrale dans les interventions pour la survie de l’enfant, et l’UNICEF fait partie des nombreux donateurs qui s’efforcent de faire de la nutrition une priorité de l’agenda.



Modèles informatiques



Pour Mme Bryce, la nouveauté la plus passionnante qui ait émergé de l’analyse de la survie de l’enfant ces dernières années est le développement de modèles informatiques capables d’analyser précisément les causes de mortalité infantile et les effets de différentes interventions. Cela permet aux experts d’entrer différents scénarios de réponse – renforcer les distributions de moustiquaires et ralentir les interventions anti-VIH par exemple – afin de déterminer quelle stratégie permettrait de sauver le plus de vies.



« Avec cette technologie, il n’est pas nécessaire que les donateurs décident de l’agenda… L’agenda peut être déterminé [directement] par les facteurs de mortalité », a dit Mme Bryce.



Prise de risques



Suite à la publication des résultats de l’évaluation, qui a mis au jour, sans fard, les faiblesses du programme de l’UNICEF, certains ont craint que l’UNICEF et d’autres organisations humanitaires n’évitent à l’avenir de publier des résultats d’évaluation peu valorisants. « Après ce qu’il s’est passé ces derniers jours, pourquoi voudrait-on publier une évaluation ? », a dit Mme Bryce.



Mais pour M. Chopra, ce serait une erreur. Les organisations humanitaires et les bailleurs ont promis de faire preuve d’une plus grande transparence au sujet de leurs activités, afin de renforcer la culture de responsabilité dans ce secteur souvent opaque.



« Nous avons commandé cette évaluation et nous ne nous sommes pas opposés à sa publication… Il est de notre responsabilité de partager ces leçons… Nous nous engageons à continuer à apprendre comment améliorer le travail que nous réalisons… et nous nous engageons à mettre nos résultats dans le domaine public ».



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