Quand la chirurgie ne peut pas guérir les conséquences des fistules

Ce ne sont pas les trois jours d’accouchement qui ont fait le plus souffrir Fatimata Guido, ni les draps tachés d’urine, ni les cinq opérations qu’elle a subies pour soigner une fistule obstétricale. « C’est la peur d’avoir des relations sexuelles, puisqu’à l’origine, c’est à cause de ça que je me suis retrouvée dans cette situation. »



La fistule obstétricale ou vaginale – une déchirure de la filière pelvigénitale causée par des complications lors de l’accouchement et un manque d’intervention médicale, qui provoque une incontinence urinaire ou fécale, ou les deux – est répandue dans les pays pauvres, en particulier chez les jeunes filles. Une étude menée par le gouvernement en 2006 a révélé qu’au Mali, 54 pour cent des accouchements ont lieu à domicile, et une femme sur 10 bénéficie de consultations médicales prénatales.



Mme Guido a dit à IRIN qu’elle n’a pas eu de relations sexuelles depuis qu’on lui a diagnostiqué une fistule obstétricale en 2002, après un accouchement qui s’est déroulé chez elle, sans assistance médicale, et au cours duquel elle a perdu son bébé. « On ne peut pas contourner la peur. »



Environ 600 cas de fistules sont enregistrés chaque année au Mali, d’après l’Association internationale de santé maternelle et néonatale, qui estime que seulement une partie des fistules sont diagnostiquées car les femmes ont honte de demander un traitement, ou parce qu’elles ne savent pas qu’un tel traitement existe. « Mais pourquoi le cacher ? », a demandé Mme Guido. « Comment guérir ce qui est caché ? »



Mme Guido a dit qu’elle n’avait jamais entendu parler des fistules avant son diagnostic à l’hôpital régional de Mopti, à 200 kilomètres à l’ouest de son village, dans la région de Dogon, dans l’est du pays. Elle fait partie des quelque 800 femmes qui ont reçu un traitement dans une aile créée en 2001 au sein de l’hôpital pour accueillir les femmes traitées pour une fistule.



« Le traitement d’une fistule ne commence pas et ne finit pas avec l’opération », a dit Ibrahim Sankaré, secrétaire général de l’ONG (organisation non gouvernementale) Delta Survie, qui dirige le Centre de réinsertion des femmes atteintes de fistules. « La douleur physique est une chose, mais elles ont aussi perdu leur capacité de travailler, d’avoir des relations sexuelles sans douleur, de retenir leur urine. »














Photo: Phuong Tran/IRIN
Lever des fonds pour résoudre les difficultés sociales engendrées par les fistules

Gounam Boukou Niafunke, en convalescence dans le centre après sa première opération pour une fistule, a dit à IRIN que ses plants de mil, de gombo et d’arachides étaient morts pendant son traitement. « Je ne pense pas que je pourrai les ramener à la vie quand je rentrerai chez moi. » Selon la taille et la nature du déchirement vaginal, la réparation peut nécessiter de multiples opérations.



Dans le centre de Mopti, les femmes peuvent prendre des cours de fabrication de bijoux et de savons, et bénéficient de services de conseil avant et après leur opération. L’âge moyen des patientes atteintes de fistules est de 30 ans, d’après M. Sankaré, de Delta Survie. « Nous avons eu des patientes de 14 ans seulement à 60 ans. Chacune est confrontée aux conséquences physiques, psychologiques et économiques des fistules. Les gens parlent de la douleur physique, mais le combat est plus profond. »



Depuis 2007, l’ONG a formé 20 patientes atteintes de fistules à parler de traitement et de prévention dans leur communauté.



Au Mali, quinze pour cent des patientes souffrant de fistules ont moins de 18 ans, la plupart n’ont jamais été scolarisées de façon formelle, et la plupart se sont mariées avant l’âge de 18 ans, a dit à IRIN Bouaré Mountaga, directeur au ministère malien de la Santé. Sur 163 femmes ayant reçu des services au centre de traitement des fistules de Mopti, deux avaient été à l’école, a dit M. Sankaré, le directeur du centre.



M. Mountaga a dit à IRIN que le gouvernement avait pour objectifs d’étendre les traitements gratuits des fistules d’ici 2015 et de réduire les conséquences psychosociales et économiques de la maladie ; l’effort devrait coûter 12,4 millions de dollars. Il existe aujourd’hui au Mali cinq centres de traitements des fistules, qui sont financés par des dons.



M. Sankaré, de Delta Survie, a dit à IRIN qu’il souhaitait créer un potager à énergie solaire dans le Centre de Mopti.



Quant à Mme Guido, qui est traitée pour une fistule, elle aimerait avoir un enfant. « Je pense que je serais une bonne mère si Dieu me donnait cette chance. »



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