Faire de la malnutrition une question de santé

Avec 45 pour cent de Libériens malnutris de manière chronique ou aigüe, les experts estiment que la nutrition est un problème de santé critique, mais les organisations non gouvernementales (ONG) ont l’impression que le ministère de la Santé n’est pas aussi inquiet qu'il le devrait et manque de capacité pour prendre la direction des opérations afin de le résoudre.



D’après la politique nationale de nutrition 2009, élaborée par le ministère de la Santé, 44 pour cent des décès d’enfants sont liés à la malnutrition. La malnutrition chronique – également connue sous le terme de ‘retard de croissance’ – affecte 39 pour cent des enfants de moins de cinq ans, et 6,2 pour cent sont sévèrement malnutris ou « décharnés ».



Kinday Samba, conseillère en nutrition au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à Monrovia, la capitale, a dit à IRIN : « Trente-neuf pour cent de retards de croissance est un problème sérieux. Cela cause des problèmes de capacité d’apprentissage et cela affectera la production future de ce pays ».



Si rien n’est fait pour répondre à ce problème, l’UNICEF estime que le Libéria pourrait perdre 130 millions de dollars en développement économique entre 2007 et 2015.



Périphérique à la santé



L’UNICEF et les ONG de santé essayent de travailler avec le ministère de la Santé pour placer la malnutrition en priorité sur l’agenda de la santé. Il y a eu des progrès, et « le ministère de la Santé est plus attentif à la nutrition maintenant…mais il la voit toujours à la périphérie de la santé », a dit Chetrie Fulk, une conseillère en nutrition d’Action contre la faim (ACF), une ONG qui soutient des centres de nutrition thérapeutiques pour enfants malnutris à Monrovia.

















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La malnutrition aiguë, un « problème social »

« La nutrition passe souvent derrière d’autres problèmes médicaux, comme le paludisme ou la diarrhée, malgré le fait que la malnutrition, associée à ces problèmes, peut plus souvent être mortelle ». Un « enfant en malnutrition aigüe sévère » risque neuf fois plus de mourir qu’un enfant bien nourri, dit-elle.



Le ministre de la Santé Walter Gwenigale a dit à IRIN que la fourniture de services nutritionnels était « une priorité majeure pour le gouvernement », et constituait une part importante de la politique nationale de santé. Le ministère de la Santé a pour objectif de réduire le taux de 39 pour cent de malnutrition chronique d’un tiers d’ici 2011.



Incorporer la nutrition



Mme Samba de l’UNICEF a dit que le ministère de la Santé essayait d’intégrer les problèmes de nutrition dans son paquet de soins de santé de base, et avait développé une politique de nutrition en 2008, ce qui était un bon début.



Ce mouvement reflète des progrès d’ampleur régionale réalisés par les gouvernements d’Afrique de l’Ouest pour améliorer la coordination et le leadership pour les questions de nutrition, a dit Martin Dawes, le porte-parole de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest.



Depuis septembre, l’UNICEF a travaillé avec le ministère de la Santé au Liberia sur les moyens de modifier les principaux comportements qui causent la malnutrition, incluant la promotion de l’allaitement exclusif, et l’accès à des aliments et micronutriments complémentaires.



Les messages de santé devraient être délivrés à l'occasion des soins anténataux et des accouchements, pendant les soins postnataux et les vaccinations, et durant les visites aux enfants malades ou en bonne santé, ainsi qu'au sein de forums communautaires tels que les groupes de femmes, a estimé Mme Samba.



Cependant, la mise en œuvre de tels changements de comportement dans un pays avec un système de santé érodé par 14 années de conflit constitue un défi considérable, ont dit des agences humanitaires.



Mme Samba a estimé que « 80 pour cent de la population a besoin de pouvoir accéder aux services de soins de santé » pour recevoir ces messages. « Les volontaires de santé communautaires se voient demander de s’attaquer à tout – messages d’hygiène, VIH, santé publique, environnement – donc vous ne pouvez pas compter à 100 pour cent sur eux pour avoir le temps de parler en profondeur de comportements de nutrition », a-t-elle noté.



Le pays compte 5 000 travailleurs sanitaires à temps plein ou partiel, et 51 médecins libériens pour s’occuper d’une population de 3,8 millions d’habitants, selon l’enquête de santé de 2006.



Besoin de nutritionnistes



M. Dawes de l’UNICEF a dit qu’il fallait davantage de nutritionnistes qualifiés dans toute la région pour soutenir les efforts du ministère de la Santé. « Un minimum de 24 000 est nécessaire pour garantir qu’il y ait un avis et une participation professionnels corrects à chaque niveau », a-t-il dit à IRIN.



Le ministre de la Santé M. Gwenigale a exprimé le même avis. « Un des moyens de s’occuper de la nutrition est de former et de déployer des personnes en charge de la nutrition dans le Liberia rural, où la nutrition est un problème parmi les jeunes enfants ». Il a dit que le ministère travaillait avec les médecins pour former des nutritionnistes.



La Commission Européenne consacrera 2,1 millions de dollars à la nutrition en 2010, l’UNICEF augmente ses efforts de prévention, et le Programme alimentaire mondial continuera à fournir des aliments de complément aux Libériens malnutris de manière aigüe ou chronique, dans plusieurs provinces.



Cependant, ACF n’est pas convaincu qu’il y aura assez de financement pour soutenir les projets et renforcer la capacité du ministère de la Santé de s’occuper lui-même de la nutrition ; le fonctionnement des centres ACF de nutrition thérapeutiques basés à Monrovia coûte 1,5 million de dollars pour 18 mois.



A moins que davantage de financement ne soit immédiatement disponible, « il pourrait ne plus y avoir de traitement pour la malnutrition aigüe [par ACF] disponible dans le futur », a dit Mme Fulk. ACF espère que le ministère de la Santé va très vite récupérer et héberger ses projets de nutrition à Monrovia dans des cliniques et hôpitaux publics.



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