Les expatriés pas encore prêts à rentrer

Au Royaume-Uni, les travailleurs zimbabwéens disent qu’il faudra qu’un vrai changement se produise pour qu’ils envisagent de rentrer dans leur pays, malgré les tentatives permanentes de l’Afrique du Sud visant à résoudre les différends entre les partenaires du gouvernement d’union nationale du Zimbabwe.



En 2000, le président Robert Mugabe, leader du parti au pouvoir, la ZANU-PF, s’est lancé dans une réforme agraire violente qui a détruit l’économie du pays, fondée sur l’agriculture.



Après une décennie de débâcle économique, Morgan Tsvangirai, Premier ministre et chef de la section principale du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), Arthur Mutambara, chef d’une section dissidente du MDC, et M. Mugabe ont tous trois signé l'Accord politique global (APG), qui a ouvert la voie à la création du gouvernement d’unité.



« Les Zimbabwéens d’ici [au Royaume-Uni] pensent qu’ils ne peuvent plus faire confiance aux hommes politiques, et à moins que tous les problèmes en suspens de l’APG soient résolus, peu de Zimbabwéens retrouveront assez de confiance pour retourner dans leur pays », a dit à IRIN Arthur Bango, infirmier diplômé qui a quitté le Zimbabwe en 2000.



Les estimations du nombre de Zimbabwéens ayant fui l’effondrement de l’économie et les violences politiques au cours de la dernière décennie sont variables, allant de 500 000 à quatre millions. Beaucoup ont traversé la frontière pour rejoindre l’Afrique du Sud – le moteur économique du continent – tandis que le nombre de ceux vivant au Royaume-Uni, l’ancienne puissance coloniale, est compris entre 100 000 et deux millions, selon les estimations.



L’AGP, signé en septembre 2008, a conduit à la formation d’un gouvernement d’union nationale en février 2009, mais si les expatriés ont pu avoir le désir de rentrer chez eux, cette intention s’est rapidement envolée car les signataires n’ont pas donné de véritable contenu à l’accord. « La partie ZANU-PF du gouvernement inclusif donne l’impression de traîner des pieds quant à l’application complète de l’accord politique », a commenté M. Bango.



Le 16 octobre 2009, Morgan Tsvangirai s’est « désengagé » du gouvernement d’union nationale en signe de protestation face au refus présumé de M. Mugabe de respecter les conditions de l’APG, soutenant que M. Mugabe freinait la nomination de gouverneurs de provinces, principalement du MDC, et que les membres et les responsables du MDC étaient constamment harcelés par les forces de sécurité contrôlées par la ZANU-PF.



Le MDC a également dit que le fait que M. Mugabe ait nommé unilatéralement le ministre de la Justice et le gouverneur de la banque de réserve, et que ces derniers soient restés en poste sans interruption, constituait une infraction à l’APG.









« Personne ne veut travailler dans un pays étranger pour toujours – les gens ont hâte de revenir à un environnement normal »

A son tour, la ZANU-PF soutient que le MDC n’a pas fait assez pour persuader les Etats-Unis et l’Union européenne de lever les sanctions ciblées visant les centaines de hauts responsables ZANU-PF tels que le président Mugabe et sa famille, et reproche au MDC de ne pas avoir interdit de diffusion au Zimbabwe les stations de radio financées par des gouvernements étrangers.



Trop tard, trop peu



Une équipe sud-africaine composée de trois hommes - Vincent Mangwenya, porte-parole du président Jacob Zuma ; Lindiwe Zulu, conseiller en relations internationales de M. Zuma ; et Charles Nqakula, ancien ministre – essaient de pousser les partis politiques zimbabwéens à aller les uns vers les autres, dans l’espoir de faire démarrer des négociations qui sont aujourd’hui au point mort, mais au Royaume-Uni, beaucoup de Zimbabwéens pensent qu’il est peut-être déjà trop tard.



« Je suis professeur diplômé, et je suis venu dans ce pays en 1999. Mes enfants sont déjà grands et vont à l’école ou à l’université ici », a dit un Zimbabwéen vivant à Londres, qui a préféré garder l’anonymat. Faire déménager ses enfants au Zimbabwe n’aurait pas de sens car là-bas, les écoles et universités sont « effondrées depuis longtemps, et les services de santé sont tout aussi mauvais », a-t-il dit.



Tatenda Nyati, un autre Zimbabwéen de Londres, a commenté : « Beaucoup de Zimbabwéens espéraient ramener le développement et la prospérité au Zimbabwe, mais cela ne semble pas probable dans un avenir proche ».



Malvern Moyo, un comptable de 30 ans, a dit que comme d’autres, il était prêt à rentrer et à aider à la reconstruction du pays, mais « les hommes politiques se montrent très égoïstes et injustes en ne trouvant pas de solution à nos problèmes. Personne ne veut travailler dans un pays étranger pour toujours – les gens ont hâte de revenir à un environnement normal ».



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