La réponse à la sécheresse confrontée à un manque de financements

A quelques semaines de la fin de la saison annuelle des plantations, des responsables des Nations Unies ont exprimé des inquiétudes au sujet du manque de fonds disponibles pour aider les agriculteurs et les éleveurs frappés par la sécheresse dans le nord-est de la Syrie.



« La situation est préoccupante. Il nous reste six semaines avant que la saison des plantations ne soit perdue », a dit Abdulla Bin Yehia, représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en Syrie. « Nous avons besoin d’argent pour acheter des semences pour les agriculteurs et du fourrage pour éviter que les éleveurs n’aient à vendre le bétail qu’il leur reste ».



Le nord-est de la Syrie et la région de Badia ont été frappés par la sécheresse la plus grave depuis 40 ans, car il n’a pas plu pendant trois années consécutives. La sécheresse a provoqué des pertes dévastatrices pour environ 1,3 million de personnes, dont plus de 800 000 ont été gravement affectées, d’après les Nations Unies et le gouvernement syrien.



Le plan 2009 de réponse à la sécheresse en Syrie, lancé en août par les Nations Unies, s’efforce de rassembler quelque 52,9 millions de dollars, l’aide alimentaire et l’apport d’intrants agricoles constituant des priorités.



« Bien que le plan de réponse à la sécheresse ait été lancé en août, la FAO a reçu 700 000 dollars du gouvernement espagnol, en plus de la somme d’1,4 million de dollars versée par le CERF [Fonds central d'intervention d'urgence] », a dit M. Bin Yehia à IRIN.



Le Programme alimentaire mondial (PAM) a exprimé des inquiétudes similaires. « Le PAM a reçu seulement 2,2 millions de dollars sur les 22 millions nécessaires. Ce montant est à peine suffisant pour commencer, en décembre, la première distribution, qui devrait couvrir au moins deux mois [décembre et janvier] », a dit à IRIN Silvana Giuffrida, directrice pays adjointe du PAM.



Le service de surveillance financière (FTS) du Bureau pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a indiqué que seulement 7,6 pour cent du plan avaient été financés.



Bétail



« Dans les zones affectées, l’agriculture dépend à environ 90 pour cent de la pluie. L’insuffisance des pluies a conduit à l’échec de toutes les cultures, et a empêché la croissance de tous les végétaux qui peuvent être utilisés pour nourrir les animaux. Elle a également affecté les pâturages, qui fournissent d’habitude aux éleveurs 60 pour cent du fourrage », a dit M. Bin Yehia.









« Nous avons besoin d’argent pour acheter des semences pour les agriculteurs et du fourrage pour éviter que les éleveurs n’aient à vendre le bétail qu’il leur reste »

Certains éleveurs ont perdu environ 70 pour cent de leur bétail. « Ils ont dû vendre une partie de leurs animaux pour acheter du fourrage à des prix très élevés. [Et comme l’offre est élevée], ils les vendent à des prix très bas. Certains éleveurs ont également été obligés de vendre leurs bêtes pour nourrir leurs enfants », a-t-il dit.



La sécheresse a également forcé 250 000 à 300 000 familles (soit au moins 1,25 à 1,5 million de personnes) à quitter leurs villages, et ces familles sont aujourd’hui concentrées dans les banlieues de Damas et d’autres villes comme Aleppo et Daa’ra, d’après Mohamad Alloush, directeur du département environnement de la Commission nationale de planification. « Ces personnes ne possédaient plus rien dans leurs village, et elles vivent aujourd’hui dans une grande pauvreté », a-t-il dit.



Les efforts du gouvernement



Le gouvernement fournit des « efforts considérables » pour aider les populations « mais la catastrophe a été trop immense, et comme toute urgence, elle nécessite [une aide] et une solidarité internationale », a dit M. Bin Yehia.



D’après M. Bin Yehia, les autorités ont distribué des paniers alimentaires aux personnes affectées, les ont dispensées de payer des taux d’intérêt ou ont modifié les échéances de remboursement des prêts.



M. Alloush a dit à IRIN que la sécheresse avait affecté les plans de développement de la région que le gouvernement avait fixés pour cinq ans. « Nous avons dû revoir nos plans, et donner la priorité à la lutte contre la sécheresse ici plutôt qu’au développement des régions du nord-est », a-t-il dit.



L’année dernière, la Syrie a passé un accord avec la Turquie pour extraire 100 mètres cubes d’eau par seconde du Tigre, fleuve transfrontalier, afin d’irriguer 150 000 hectares de terres à Hasakeh, le gouvernorat le plus durement frappé par la sécheresse, d’après M. Alloush.



« Le projet permettra d’aider les agriculteurs à se procurer de l’eau pour irriguer leurs terres au cas où les pluies continueraient à manquer, mais de tels projets nécessitent beaucoup d’argent. Nous espérons recevoir des fonds, car ce projet jouera un rôle majeur en permettant d’éviter que les populations de ces régions n’émigrent, et d’encourager les habitants qui en sont partis à revenir », a-t-il ajouté.



Opération d’urgence du PAM



Par ailleurs, le PAM s’apprête à lancer une nouvelle opération d’urgence en décembre afin d’apporter immédiatement une aide alimentaire aux 300 000 personnes les plus vulnérables, dans le but de dissuader les habitants d’émigrer vers les villes.



« Nous sommes en train de finaliser le budget, qui sera d’environ 22 millions de dollars. Nous avons conçu pour cette fois-ci une opération différente de la précédente en termes d’objectifs, en nous concentrant davantage sur le statut nutritionnel des personnes, avec une attention particulière portée aux femmes et aux enfants », a dit Mme Giuffrida.



En plus du panier alimentaire général, qui correspond à environ 1 700 calories par jour, le PAM fournit une alimentation supplémentaire aux enfants de moins de cinq ans, aux femmes enceintes ou allaitant qui se rendent dans des centres de santé.



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