Comment nourrir le monde en 2050

Le monde pourra-t-il surmonter une autre crise alimentaire de l’ampleur de celle qu’il a connu en 2007/08 ? Pour les participants au Forum d’experts de haut niveau « Comment nourrir le monde en 2050 », mis sur pied par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à Rome, en Italie, le consensus général est : « Il ne faut jamais dire jamais ».



Au cours d’un débat énergique sur les perspectives de l’alimentation et de l’agriculture, Kitty Smith, qui dirige le Service de recherche économique (ERS) du département américain de l’agriculture, a indiqué que la crise de 2007/08 était « symptomatique de ce qui nous attend dans l’avenir ».



Les prix mondiaux des céréales ont plus que doublé entre 2007 et 2008, faisant basculer 100 millions de personnes supplémentaires dans la faim chronique et élevant le nombre total de personnes souffrant de la faim à plus d’un milliard.



D’après Homi Kharas, économiste et expert de la Brookings Institution, un groupe de réflexion sur les politiques publiques basé aux États-Unis, l’« incertitude » demeure quant aux raisons qui ont entraîné la dernière crise : les chocs climatiques, la spéculation, la hausse de la demande de grains dans les pays populeux et la volatilité des prix de l’énergie.



Au cours de la première partie du Forum, qui a débuté le 12 octobre, les participants ont établi les liens entre les prix des denrées alimentaires et ceux de l’énergie. En 2007/08, la hausse des prix des denrées alimentaires était due en partie à l’augmentation brutale du prix des combustibles fossiles qui a entraîné une hausse de la demande de grains pour produire des biocarburants – une alternative moins onéreuse.



Jacques Diouf, directeur général de la FAO, a indiqué que la production alimentaire subirait de plus en plus la concurrence des biocarburants, « ce qui pourrait potentiellement modifier les fondements des systèmes de production agricole ». Il a ajouté que la production de biocarburants devrait augmenter de près de 90 pour cent au cours des dix prochaines années, atteignant 192 milliards de litres d’ici 2018.



D’après Michiel Keyzer, du Centre pour les études alimentaires mondiales d’Amsterdam, aux Pays-Bas, il est urgent de réguler la production mondiale et la vente de biocarburants.



Selon les prévisions, la population mondiale passera de 6,7 milliards à 9,1 milliards en 2050, exigeant une augmentation de la production fermière de 70 pour cent.



Les quelque 300 experts qui ont participé au Forum réfléchissent à des politiques et des moyens de satisfaire la demande croissante afin de préparer le terrain à la tenue d’un Sommet mondial qui réunira plusieurs chefs d’États à Rome en novembre.



Selon Jikung Huang, conseiller agricole auprès du gouvernement chinois, la crise de 2007/08 était un « coup de semonce » qui a poussé de nombreux pays à se recentrer sur leur agriculture, mais « je crois que certains pays ont besoin d’un avertissement encore plus clair ».



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