Au lendemain des viols

Le 8 octobre, lors d’une réunion de Guinéennes battues ou violées au cours des récentes attaques militaires contre des manifestants, toutes ont pleuré lorsqu’une jeune femme a montré ses vêtements déchirés par des soldats.



« Nous avons toutes fondu en larmes. C’est extrêmement douloureux ce qu’on a vécu, en Guinée », a dit à IRIN Aïssata Daffe, du parti politique Union des forces républicaines (UFR).



La réunion faisait partie des efforts actuellement mis en œuvre par des organisations non gouvernementales (ONG) locales et des organisations de la société civile pour recueillir des informations sur les violences sexuelles infligées lors de la répression militaire du 28 septembre afin de solliciter de l’aide et d’obtenir justice.



Les ONG en sont encore à déterminer le nombre de femmes et de filles qui ont été violées. Selon des organisations humanitaires locales et internationales, 33 cas ont, pour l’instant, été enregistrés.



Des personnes participant à cette opération ont dit à IRIN que la recherche de données impliquait de rendre visite aux habitants. De nombreuses femmes restent cloîtrées chez elles et ont peur de demander de l’aide. La crainte vient s’ajouter au sentiment de honte et la stigmatisation généralement associé au viol. Selon les rumeurs et les dires de certains médecins, des soldats sont entrés dans des hôpitaux et ont emmené des femmes qui disaient avoir été violées.



« Ce dont je suis sûr, c’est que des soldats sont venus dans un centre de santé et ont emmené les femmes qui y étaient soignées pour blessures dues aux viols », a dit l’un des deux médecins qui ont rapporté ces événements à IRIN.



Des défenseurs des droits humains et des habitants de Conakry ont raconté que la population vivait dans un climat de terreur et que de nombreux fonctionnaires avaient peur de parler. Deux autres médecins ont dit à IRIN qu’ils ne pensaient pas que des viols aient eu lieu.



« Je sais que les gens disent cela à la radio et sur Internet, mais je ne crois pas que des viols aient été commis lors des événements du 28 septembre », a dit à IRIN un médecin d’un hôpital public.



« Ils ont peur de parler », a expliqué Mamadi Kaba, président du bureau guinéen de RADDHO, une organisation de défense des droits humains. « Qu’ils aient reçu des instructions particulières de la junte ou non, ils ont peur de donner des informations [sur les événements du 28 septembre] ».



Un travailleur humanitaire désirant garder l’anonymat a dit à IRIN : « c’est très difficile pour les professionnels de la santé. Ils sont pris entre leurs responsabilités éthiques et médicales et les risques qu’ils prennent en soignant ces victimes ».
















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Appel




Des ONG et des associations politiques vont lancer un appel pour que les victimes de viol bénéficient d’une aide médicale et psychologique. Elles vont également inciter les femmes à poursuivre leurs bourreaux.



« Cela ne peut pas continuer ainsi », a dit Nanfadima Magassouba, présidente de la Coalition nationale de Guinée pour les droits et la citoyenneté des femmes (CONAG-DCF).



Le chef de la junte, Moussa Dadis Camara, a annoncé le 7 octobre la création d’une commission d’enquête nationale sur les événements du 28 septembre. Mais le projet a été rejeté par une coalition des partis politiques et d’organisations de la société civile, qui demandent une enquête internationale.



La CONAG-DCF prévoit une journée nationale, qui coïncidera probablement avec la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre, « pour attirer l’attention sur l’ampleur du dommage », a dit Mme Magassouba à IRIN.



Même pour la Guinée, qui a régulièrement assisté à des répressions militaires à l’égard de civils depuis l’indépendance, en 1958, les violences sexuelles qui ont eu lieu le 28 septembre ont été particulièrement choquantes.



« Nous ignorions que des Guinéens pouvaient faire cela à d’autres Guinéens », a ajouté Mme Magassouba.



Un activiste a raconté à IRIN qu’une fille de 15 ans de son quartier avait été victime d’un viol collectif pendant les violences. « Des soldats l’ont violée, les uns après les autres. Lorsque nous l’avons vue, elle ne pouvait même plus s’asseoir. »



Aïssata Daffe, du parti politique UFR, a expliqué qu’il était essentiel de surmonter la peur de la répression. Elle a dit que ses collègues et elle rendaient visite à des familles de victimes pour essayer de remonter le moral général, ébranlé par les événements.



« Nous devons aller de l’avant. Nous devons parler aux gens avant qu’ils ne soient trop découragés pour participer au combat », a-t-elle ajouté. « Nous avons besoin d’eux dans cette lutte. »



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