Tirs et pillages, des soldats sèment la « terreur » à Conakry

Le 29 septembre, des soldats ont pillé des magasins, cambriolé des maisons et tiré aveuglément sur les personnes qui s’aventuraient dans les rues de la capitale Conakry, d’après des témoignages d’habitants, un jour après que plusieurs dizaines de personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées lors de la répression d’une manifestation par les forces de sécurité.



« Ils sèment la terreur partout où ils passent », a dit à IRIN Lamine*, un habitant du quartier de Cosa. « C’est clairement leur intention – terroriser les gens ».



Il a raconté avoir vu deux jeunes hommes se faire tuer lorsque des soldats ont ouvert le feu à Cosa, le 29 septembre. D’après les résidents, les rues de Conakry étaient en général désertes, à l’exception de patrouilles de policiers et de militaires.



Plusieurs habitants de Conakry ont dit à IRIN qu’ils avaient vu des soldats entrer de force dans des magasins ou des habitations, pour y voler de l’argent, des téléphones portables et d’autres objets.



La plupart des habitants avec qui IRIN s’est entretenu s’étaient enfermés chez eux, et n’osaient pas sortir. « Nous sommes pris en otage par les militaires », a déclaré un habitant. « Nous ne pouvons absolument rien faire ».



Suite à la répression sanglante, le 28 septembre, d’une manifestation d’opposition à la candidature présidentielle de Moussa Dadis Camara, chef de la junte, qui a fait 157 morts et plus de 1 000 blessés selon les dernières estimations, M. Camara a dit aux médias que certains éléments de l’armée étaient « hors de contrôle ».



Le 29 septembre, le chef de la junte a appelé à deux journées de deuil national.



Boutiques fermées



Les magasins, les marchés, les banques et la plupart des stations essence restaient fermés le 30 septembre. « Les gens ont tout simplement trop peur pour ouvrir leurs commerces », a expliqué Lamine.



Dans de nombreux cas, a-t-il dit, ce sont les hommes au lieu des femmes – qui sont en général chargées des courses alimentaires – qui sont sortis chercher ce qu’ils pouvaient trouver à manger pour le repas du jour.



Les Guinéens, qui font partie des populations les plus pauvres au monde, n’ont pour la plupart pas les moyens d’acheter de la nourriture pour plus d’un jour en une seule fois.



« Si cela continue, les gens vont être affamés », a dit Lamine à IRIN.



L’essence, qui vaut d’habitude environ 4 500 francs guinéens (0,90 dollars) par litre, est vendue dans la rue, par des jeunes, à 8 000-15 000 francs guinéens, a dit à IRIN un chauffeur local.



« Sauvez-nous »



La communauté internationale a dénoncé la violente répression du 28 septembre. La commission de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a déclaré le 29 septembre qu’elle « condamnait fortement » la répression.



« Je ne veux pas entendre la communauté internationale se contenter de paroles comme ‘nous condamnons’ », a dit à IRIN Amadou*, un jeune de Conakry. « Ils doivent agir. Ils doivent faire quelque chose… Sauvez-nous ».



Pour ce jeune homme, il faut qu’« un embargo total » soit imposé à la Guinée, et que les responsables des violences soient poursuivis en justice.



« S’ils ne sont pas sous le coup d’un mandat d’arrêt international, ils tueront tous les Guinéens ».



Le 29 septembre, Frédéric Kolié, ministre guinéen de l'Administration du territoire et des affaires politiques, a déclaré dans un communiqué que 57 personnes avaient perdu la vie le 28 septembre – 53 par asphyxie dans les mouvements de foule, et « quatre par balles perdues ».



* Un nom d’emprunt



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