La répression « au-delà de toutes les limites acceptables » - activiste des droits humains

Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées le 28 septembre à Conakry, la capitale guinéenne, lors de la répression par les forces de sécurité de la manifestation d’opposition à la candidature présidentielle de Moussa Dadis Camara, chef de la junte, selon des sources médicales.



« J’ai vu des soldats tirer sur des manifestants, ou les poignarder », a raconté une femme qui s’est présentée sous le nom de Fanta. Un autre manifestant a dit à IRIN, sous couvert d’anonymat, que des soldats avaient arraché les vêtements des femmes et battu les gens avec des matraques.



« Ils insultaient les manifestants et les frappaient, en les appelant ‘ennemis’ », a-t-il dit.



Des manifestants ont dit à IRIN qu’ils avaient vu des cadavres, mais qu’ils ne pouvaient pas dire combien de personnes avaient été tuées. Tôt le 29 septembre, des médecins locaux et la Croix-Rouge guinéenne faisaient état d’un bilan provisoire d’au moins 87 morts, tandis que des organisations de défense des droits humains parlaient de plus d’une centaine de victimes.



D’après Médecins sans frontières, au moins cinq femmes se sont rendues dans des centres de santé locaux pour obtenir des traitements après avoir été violées.



Une centaine de secouristes de la Croix-Rouge guinéenne ont été mobilisés à Conakry pour assister les blessés et les conduire à l’hôpital, a dit à IRIN un membre de la Croix-Rouge.



Dans l’après-midi du 28 septembre, des centaines de personnes blessées par balles ou meurtries par des coups avaient été amenées à l’hôpital de Donka, à Conakry, d’après un médecin de l’hôpital, qui a souhaité garder l’anonymat.



« Les gens sont couchés partout. Je ne pourrais même pas vous dire combien de blessés nous avons reçus ici. Au moins des centaines ». Les blessés sont aussi bien des femmes que des hommes, les plus jeunes étant âgés d’environ 14 ans, a-t-il dit à IRIN.



Les leaders politiques et de la société civile avaient appelé, le 19 septembre, à un rassemblement dans un stade de Conakry, pour protester contre la candidature de M. Camara aux prochaines élections présidentielles. M. Camara, qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’Etat le 23 décembre, avait annoncé qu’il organiserait des élections, mais il a déclaré depuis qu’il n’excluait pas de se porter candidat. Le 22 septembre, les partisans de M. Camara ont manifesté à Conakry.



Bien que les autorités aient interdit le meeting du 28 septembre, des centaines de personnes se sont rassemblées dès le matin dans le stade, passant outre les barrages militaires.



D’après Fanta, les soldats sont brutalement entrés dans le stade, sont descendus de leurs véhicules et ont commencé à tirer sur les manifestants et à les frapper.



Mamadi Kaba, président du bureau guinéen de RADDHO, une organisation panafricaine de défense des droits humains, a déclaré que la répression était « au-delà de toutes les limites acceptables », et qu’il était temps que la communauté internationale cesse de tolérer le régime militaire de Guinée.



« Il y a quelques jours, un groupe de Guinéens a manifesté pour exprimer son soutien au [chef de la junte, M. Camara] », a observé M. Kaba. « Cette manifestation a été tolérée et même encouragée. Aujourd’hui, une autre partie de la population vient exprimer le point de vue opposé, de façon pacifique, et ces gens sont réprimés dans le sang ».



« Aujourd’hui, la junte a montré ce qu’elle veut et ce qu’elle est prête à faire subir aux citoyens. Les dirigeants africains et la communauté internationale doivent unir leurs forces pour aider la population guinéenne à se débarrasser de cette junte », a-t-il déclaré.



Des manifestants ont dit à IRIN que si les leaders politiques et de la société civile appelaient à une autre manifestation, ils reprendraient immédiatement le mouvement.



« Nous nous battons pour la liberté », a déclaré un manifestant. « Nous nous battons pour barrer la route, non seulement à Moussa Dadis Camara, mais à tout militaire qui tenterait de devenir président de la Guinée ».



Fanta a également affirmé : « Même s’ils nous disent de retourner dans la rue ce soir, j’y serai. Si nous faisons cela, c’est pour les enfants de la Guinée ».



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