Pas de solution miracle contre le taux de prévalence le plus fort au monde

Au Swaziland, l’espérance de vie a dégringolé en une vingtaine d’années, passant d’environ 60 ans dans les années 1990 à à peine plus de 30 ans aujourd’hui. S’il paraît évident à tous que le VIH/sida est le premier responsable de cette dégradation, on comprend moins facilement pourquoi ce petit pays d’Afrique australe a été dévasté plus que tous les autres par l’épidémie.



« Quand les observateurs étrangers s’intéressent au Swaziland, ils ne comprennent pas pourquoi le nombre [de personnes infectées par le VIH] reste si élevé », a dit Harriet Kunene, de l’AIDS Support Centre de Manzini, la ville commerciale du centre du pays. « Les facteurs sont multiples, et leur nature explique aussi pourquoi l’épidémie est un problème de long terme qui ne se prête pas à des solutions miracles ou de court terme. »



Les épidémiologistes et les personnes qui travaillent au cœur du problème citent différents facteurs historiques et socio-économiques qui se sont combinés au Swaziland pour créer des conditions particulièrement propices à la propagation du virus.



Des enquêtes ont mis en évidence l’impopularité du préservatif – un rapport des Nations Unies indique que 60 pour cent des hommes Swazi refusent d’en utiliser –, ce qui explique en partie pourquoi, lors d’une étude de 2008 sur la santé anténatale, 42 pour cent des femmes enceintes se sont révélées séropositives.



« De nombreuses femmes nous racontent que même quand leur partenaire commence par utiliser un préservatif, avant la fin de l’acte celui-ci a glissé ou a été enlevé, et elles n’ont pas le pouvoir d’insister », a expliqué Pholile Dlamini, qui dirige le Bureau de Manzini de l'Initiative de l'Alliance des Maires pour des Actions Communautaires Locales sur le Sida (AMICAALL).



Mais d’autres facteurs ont également contribué à la propagation spectaculaire du virus dans ce pays de moins d’un million d’habitants. « Le Swaziland est tellement petit [seulement 17 363 kilomètres carrés] que le virus se propage plus facilement », a déclaré Rudolph Maziya, directeur national de l’AMICAALL.



« Si une fête est organisée à Johannesbourg, il y a peu de chances pour qu’un Sud-Africain de la ville du Cap s’y rende. Mais s’il y a une fête à Manzini, les gens viennent des quatre coins du pays ; les réseaux socio-sexuels ont toujours existé au Swaziland, et ils facilitent la propagation du VIH. »



En 1993, M. Maziya a travaillé sur une étude qui avait prédit avec exactitude les tendances de l’évolution du VIH au cours de la décennie suivante. « Les conclusions avaient été rejetées par le Parlement, et de nombreux responsables de la santé publique les jugeaient alarmistes. Pendant ce temps, le sida a continué à se propager parce la maladie était invisible. Avec le virus Ebola [fièvre hémorragique] ou la grippe porcine, les symptômes sont immédiats ; les gens portent des masques. Avec le VIH, les symptômes peuvent mettre des années à apparaître. »



D’après Faith Dlamini, responsable de programme au Conseil national de réponse d'urgence face au VIH/sida (National Emergency Response Council on HIV and AIDS – NERCHA), qui accorde des fonds provenant du gouvernement ou de donateurs aux organisations locales de lutte contre le sida, les migrations saisonnières constituent aussi un des facteurs de l’épidémie.



« C’est pourquoi la prévalence du sida est tellement élevée dans la ‘ceinture du sucre’, où de nombreux travailleurs saisonniers quittent leur foyer pendant plusieurs mois d’affilée – ils trouvent des hébergements où ils peuvent, et ils trouvent aussi des maîtresses. »



Pholile Dlamini confirme cette explication. « Les femmes nous disent qu’elles acceptent que leurs maris aient des petites amies quand ils partent, et qu’elles ne peuvent rien faire d’autre que d’essayer de se protéger quand leurs maris reviennent à la maison. Mais elles n’y arrivent pas toujours – les préservatifs sont distribués gratuitement partout ; les gens les prennent, mais ne les utilisent pas. »



D’après Faith Dlamini, dans un pays où le taux de chômage est estimé à 25 à 40 pour cent, et où ceux qui ont du travail sont souvent en situation de sous-emploi, la pauvreté contribue également à la propagation du VIH. « Nous accordons une attention particulière aux femmes travaillant dans les régions industrielles. Leurs salaires sont bas et elles doivent parfois se tourner vers d’autres méthodes pour survivre. »



Avoir des relations sexuelles avec des hommes plus âgés constitue un des moyens de survie qui exposent les jeunes femmes à de forts risques de VIH, mais la polygamie est légale au Swaziland, et il est courant que des hommes d’âge moyen ou avancé épousent des adolescentes en deuxième ou troisième mariage. « Pour les filles, c’est parfois le seul moyen de sortir de la pauvreté, d’obtenir de l’argent, un téléphone portable, des habits ou d’autres produits de luxe qu’elles voient dans les médias », a commenté Pholile Dlamini.



Malgré les efforts considérables du gouvernement, des ONG et des donateurs, l’épidémie de sida au Swaziland se montre résistante aux solutions immédiates. Dans cette société extrêmement traditionnelle, la résistance au changement est si forte que pour M. Maziya, il faudra une véritable « révolution sociale » pour que les comportements évoluent, et même si cela se produit, les changements ne se traduiront par une baisse de la prévalence qu’au bout de nombreuses années.



« C’est un problème de long terme », a-t-il déclaré. « Il est temps que nous arrêtions de traiter l’épidémie de sida au Swaziland comme une urgence, et que nous la voyons telle qu’elle est réellement, c’est-à-dire comme une situation qui s’étale sur des décennies. »



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