Saison des pluies, saison de misère

Dans toute l’Afrique de l’Ouest, des habitants traversent les rues en canoë, transportent des bébés dans des valises posées sur leur tête et se déplacent dans une eau qui leur arrive jusqu’à la taille pour trouver un refuge.



En date du 27 août, au moins 37 personnes étaient décédées au cours de cette saison des pluies à cause des inondations dans toute l’Afrique de l’Ouest et dans certaines zones d’Afrique centrale. Selon le bureau de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, plus de 20 000 déplacés vivent dans des abris de fortune ou chez des proches et environ 3 600 familles sont sans domicile.



Les chiffres changent tous les jours tandis que les fortes pluies se poursuivent. Deux enfants sont morts noyés en Mauritanie à cause des inondations du 28 et 29 août qui ont touché environ 3 500 familles, d’après les autorités locales.



« Je n’ai même pas de mots pour décrire ça », a dit une femme du quartier de Coronthie, à Conakry, la capitale guinéenne, le 28 août, le lendemain des inondations. « Nous sommes pris au piège par l’eau. »



Mohamed Diaby, un habitant de Coronthie de 19 ans, a raconté : « nous avons mis mes frères, des jumeaux âgés de neuf mois, dans une valise pour les conduire dans un endroit moins dangereux. Tout le monde faisait ça dans le quartier ».



Il a dit que des gens fondaient en larmes en voyant leurs sacs de riz gonflés d’eau. Un sac de riz de 50 kilogrammes coûte habituellement 160 000 francs guinéens (32 $ US), soit environ la moitié du salaire mensuel de certains fonctionnaires. Les prix augmentent en général pendant le ramadan, le mois durant lequel les musulmans jeûnent du lever au coucher du soleil, un rite que pratique par la majorité des habitants de la région.



Mesures














Photo: Nancy Palus/IRIN
Des habitants du quartier de Pikine, à Dakar, cherchent à pomper l’eau de leur maison inondée à l’aide d’un système de drainage improvisé

La FICR, qui travaille avec les gouvernements et des bénévoles locaux pour apporter de l’aide d’urgence aux familles touchées, a signalé dans un communiqué daté du 28 août que l’organisation devait reconstituer les stocks d’aide pour faire face aux besoins de la région. Des bénévoles de la Croix-Rouge distribuent des moustiquaires, des bâches, des jerrycans, des couvertures, des pastilles de purification d’eau et du savon.



La Fédération a lancé, le 10 août, un appel aux dons pour aider 25 000 personnes dans 16 pays d’Afrique de l’Ouest à mieux se préparer aux inondations.



Selon Youcef Ait-Chellouche, coordonnateur de la FICR chargé de la gestion des catastrophes pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, l’aide d’urgence ne représente qu’un élément de réponse aux dommages causés chaque année par les inondations. Comme tous les ans, une grande partie des régions inondées sont des zones humides, où les gens se sont installés durant les décennies de sécheresse mais où, depuis le retour des précipitations normales dans les années 1990, la terre est à nouveau saturée.



À Pikine, une banlieue de Dakar, la capitale sénégalaise, qui était autrefois un marais, des maisons entières ont été abandonnées au fil des ans, l’eau reprenant peu à peu du terrain. « Nous n’utilisons plus ces pièces depuis plusieurs années », a dit une femme, en montrant trois salles dont le sol était recouvert d’environ dix centimètres d’eau. De l’autre côté de la cour, une femme épongeait de l’eau dans sa chambre, où les meubles étaient surélevés à l’aide de briques.



« Dans certaines zones, les inondations peuvent être limitées et leurs conséquences peuvent être nettement réduites », a expliqué Youcef Ait-Chellouche, de la FICR. « Mais dans d’autres zones urbaines, des bâtiments ont été construits dans des lieux que l’on savait sujets aux inondations. Ce genre d’expansions urbaines doit être pris en compte dans les plans de développement ».



Il a ajouté qu’un investissement considérable de la part du gouvernement était nécessaire pour éviter les catastrophes dues aux inondations.



Actions














Photo: Nancy Palus/IRIN
Un jeune garçon à Pikine, près de maisons abandonnées depuis longtemps à cause des inondations

Les habitants de toute la région demandent eux aussi à leurs gouvernements d’agir. Ces derniers jours, des premiers ministres, des maires et des chefs de junte ont visité des zones touchées par les inondations et promis de l’aide.



« S’ils ne se manifestent pas clairement, nous allons à nouveau descendre dans la rue », a dit Diaby, de Coronthie, à IRIN. Il fait partie des quelque 100 jeunes qui ont bloqué la circulation, le 27 août, ont brûlé des pneus et défilé jusqu’au palais présidentiel pour demander aux autorités d’agir pour éviter que certains quartiers ne soient submergés. Le chef de junte Moussa Dadis Camara a visité des familles touchées par les inondations à Coronthie quelques heures après les manifestations.



À Pikine, le 30 août, la circulation a été bloquée pendant des heures sur une route principale. Des jeunes ont brûlé des pneus en guise de protestation contre ce qu’ils qualifient de négligence de la part du gouvernement.



Le Premier ministre sénégalais, Souleymane Ndéné Ndiaye, s’est rendu dans des zones touchées le 27 août, annonçant que le gouvernement avait déclenché son plan d’action d’urgence national et injecté 4,3 millions de dollars dans l’aide et les actions destinées à limiter les conséquences des inondations.



Le gouvernement sénégalais a aidé des familles à s’installer hors des zones inondables dans le cadre d’un programme mis en place après les graves inondations de 2005.

À N’Djamena, la capitale tchadienne, des maisons se sont effondrées au cours des derniers jours lorsque les précipitations ont atteint 100 millimètres en quelques heures, inondant des quartiers malgré les gouttières et les stations de pompage récemment installées. « Ces précipitations exceptionnellement fortes nous permettent de tirer des leçons de nos actions, d’évaluer ce qui a déjà été mis en place et de voir ce qui ne fonctionne pas », a déclaré le Premier ministre, Youssouf Saleh Abbas, dans les médias publics, après avoir visité les zones touchées, le 28 août.



Des professionnels de la santé ont signalé que les dangers menaçant les communautés inondées ne s’arrêteraient pas avec la pluie, car les conditions de vie suivant ces événements peuvent entraîner des épidémies de paludisme, de choléra et de maladies diarrhéiques. « Dans des situations d’inondations telles que celle-ci, les conditions d’hygiène se dégradent rapidement », a dit à IRIN Racine Kane, spécialiste de l’eau et de l’assainissement pour le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) au Sénégal.



L’UNICEF Sénégal soutient une campagne de sensibilisation comprenant des messages radio, des visites de foyers et d’autres activités afin d’informer la population des moyens de prévenir les maladies transmises par l’eau et aider le ministère de la Santé à mener des actions contre le choléra, a expliqué M. Kane.



À Pikine, une jeune fille s’est plainte plusieurs fois à IRIN : « nous ne dormons pas bien du tout. » Une autre a ajouté : « il y a trop de moustiques », en montrant les piqûres recouvrant son bras.



np/pt