Une heure pour trouver le sein

Dans certaines régions d'Afrique de l'Ouest, les mères jettent leur lait maternel, l’un des aliments les plus riches en nutriments de la nature, car elles ne connaissent pas la valeur du colostrum, le liquide épais et jaunâtre sécrété dans les premiers jours après l’accouchement. Elles le considèrent comme sale et inutile et non comme du lait.



Cet article fait partie d’une série d’articles sur les conséquences de l’allaitement sur la mortalité infantile et maternelle en Afrique de l’Ouest.



Ami Ouedraogo, une mère âgée de 22 ans vivant à Zincko, un village du nord-ouest du Burkina Faso, a montré à IRIN ce qu’elle faisait avec le « lait sale » après la grossesse, en pressant son sein. « C’était [le colostrum] sale et je devais m’en débarrasser pour pouvoir nourrir ma fille correctement », a expliqué la mère de deux enfants en faisant semblant de jeter le liquide au sol.



Sa fille de neuf mois, Ami, était soignée pour malnutrition dans un centre nutritionnel de la Croix-Rouge à Zincko.



L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande que les mères commencent l’allaitement dans l’heure qui suit la naissance afin d’augmenter les chances de survie de l’enfant et de la mère. L’allaitement précoce produit en effet une hormone qui facilite l’arrêt des saignements dans l’utérus de la mère et le colostrum contient de fortes concentrations d’anticorps et de nutriments pour l’enfant, a expliqué à IRIN Carmen Casanovas, du département nutrition de l’OMS.



Selon l’organisation non-gouvernementale (ONG) Save the Children, le quart des cas de mortalité infantile en Afrique subsaharienne, soit plus d’un million par an, a lieu dans les 28 premiers jours de vie.



Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a présenté une étude médicale réalisée en 2007 selon laquelle l’allaitement dans l’heure suivant la naissance pouvait réduire les décès de nouveau-nés de plus de 20 pour cent.















Série d'articles sur l'allaitement
 NIGER: Allaitement – la faim se transmet, le lait moins
 BURKINA FASO: L’allaitement, pas toujours vu comme la meilleure solution

Soumaïla Salembere, directeur du centre de santé du village de Ziga, dans le nord-ouest du Burkina Faso, a dit à IRIN qu’avec deux autres membres du personnel de santé, ils informaient les femmes enceintes de l’importance de l’allaitement précoce. Pourtant, lorsqu’IRIN a demandé à une femme prise en charge dans ce centre, qui venait de donner naissance à des jumeaux 20 minutes plus tôt, ce que les mères devaient faire avec le colostrum, elle a répondu : « nous le jetons. Ce n’est pas bon pour nos enfants ».



Ce n’est pas suffisant de simplement dire aux femmes pourquoi l’allaitement est si important, a dit Mme Casanovas, de l’OMS. « Si vous vous contentez de dire à une mère qu’elle doit allaiter immédiatement après la naissance, elle ne va pas nécessairement le faire. Une personne en qui elle a confiance doit lui parler en prenant en compte ses croyances ».



Selon un rapport sur les interventions des communautés pour changer les pratiques de l’allaitement, co-publié (en anglais) en 2008 par plusieurs organisations, les groupes d’aide par des pairs et de soutien aux mères réussissent à faire passer le message lorsque le personnel de santé n’y parvient pas.



En outre, lorsqu’aucune sage-femme formée ou aucun professionnel de la santé n’est présent, les mères de la communauté sont la seule option, a ajouté Mme Casanovas.

Certaines femmes ne savent pas que le colostrum est du lait, a expliqué Marcel Daba Bengaly, un nutritionniste qui travaille sur une étude nationale destinée à comprendre pourquoi si peu de femmes burkinabés suivent les recommandations internationales concernant l’allaitement. « Si vous leur demandez si elles ont donné leur premier lait [le colostrum] à leurs enfants, elles répondent que oui car, pour elles, le premier lait est la première forme reconnaissable de lait qui suit le colostrum ».



Plus du tiers des mères interrogées au Burkina Faso, 46 pour cent au Mali, 48 pour cent au Niger et 23 pour cent au Sénégal ont déclaré avoir allaité dans la première heure suivant l’accouchement, selon les dernières études démographiques et sanitaires dans ces pays. Dans le cadre d'une évaluation nutritionnelle rapide réalisée en 2008 en Mauritanie, 60 pour cent des femmes ont répondu la même chose.



Mais les moyennes nationales peuvent être faussées si les communautés où l’allaitement durant la première heure n’est pas habituel ne sont pas incluses dans l’enquête, a expliqué Mme Casanovas. Les sondages s’adressaient aux femmes ayant donné naissance au cours des cinq dernières années.



Certaines femmes peuvent se tromper lorsqu’elles disent comment elles ont allaité, a dit Mme Casanovas. « Certains enquêteurs posent la question aux femmes des années après l’accouchement. Les mères peuvent avoir oublié ». Elle a ajouté que l’OMS recommandait une amélioration des études afin d’augmenter leur exactitude.



Mme Casanovas a expliqué que l’expérience de l’accouchement d’une femme peut affecter sa perception du temps. « Si l’accouchement s’est bien passé, elle peut penser que peu de temps a passé avant qu’elle n’allaite. Par contre, une femme qui a eu un accouchement difficile peut penser que beaucoup de temps s’est écoulé avant qu’elle ne produise du lait. Dans les deux cas, leur perception du temps peut être fausse », a ajouté le médecin.



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