Les Etats-Unis appelés à assoupir la réglementation commerciale

Les Etats-Unis devraient repenser le système de subventions aux agriculteurs américains et assouplir la réglementation contraignante des marchés, entre autres mesures, afin d’encourager le commerce des denrées agricoles en provenance d’Afrique subsaharienne, d’après un groupe d’activistes.



« Pour que le concept d’aide contre commerce (« Aid for trade ») du président [Barack] Obama aide les plus pauvres à tirer parti des opportunités de marchés créées par l’AGOA [Africa Growth and Opportunity Act], les Etats-Unis doivent supprimer les fortes subventions… [et] lever les droits de douane sur tous les produits d’importation en provenance des pays africains », a dit Brian Kagoro, responsable des politiques panafricaines d'ActionAid.



L’AGOA permet aux pays d’Afrique subsaharienne d’exporter plus de 6 400 produits vers les Etats-Unis sans payer de taxes. Cependant, cet accord n’a pas été pleinement exploité, ont déclaré des observateurs avant une réunion importante de l’AGOA, qui a débuté à Nairobi le 4 août.



Le huitième Forum annuel de l’AGOA sur la coopération commerciale et économique entre les Etats-Unis et l’Afrique subsaharienne rassemble des entrepreneurs américains et africains.



Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine, s’est exprimée lors de la réunion le 5 août, appelant aux bonnes pratiques de gouvernance, et déclarant que le manque d’encadrement et la corruption dans certains pays d’Afrique constituaient des obstacles à l’investissement américain. Mme Clinton se rendra également en Afrique du Sud, en République démocratique du Congo, en Angola, au Nigeria et au Liberia.



M. Kagoro a affirmé que l’assouplissement des règles de provenance dans le cadre de l’AGOA, ainsi que la reprise du secteur du textile dans des pays comme le Kenya, créeraient des emplois et des opportunités commerciales pour les populations.



D’après ActionAid, dans les secteurs du textile et de l’habillement, les exportations du Kenya vers le marché américain sont en baisse depuis 2003 : avant la fin 2008, elles avaient chuté de plus de 20 pour cent.




Photo: Ann Weru/IRIN
Tom
Vilsack (au milieu), secrétaire américain à l’Agriculture, aide à
servir le repas du midi dans une école du bidonville de Kibera, à
Nairobi, sous le regard de Michael Ranneberger, ambassadeur des
Etats-Unis

Normes agricoles



L’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) a recommandé à la région de mettre en place un système unifié d’évaluation des produits agricoles qui garantisse le respect de normes strictes dans les échanges commerciaux.



« Les gouvernements africains devraient utiliser les moyens de négociation dont ils disposent pour obtenir des conditions qui soient raisonnables et qui puissent être remplies par les agriculteurs », a dit à IRIN, le 5 août, Namanga Ngongi, président d’AGRA.



« Les entrepreneurs africains devraient explorer le marché américain, en se rendant sur place, pour déterminer les besoins et créer la demande chez les consommateurs… L’AGOA offre une opportunité formidable, et c’est à ceux qui bénéficient de cette opportunité de découvrir comment tirer parti de ce marché ».



Le 4 août, Tom Vilsack, secrétaire américain à l’Agriculture, a déclaré que certaines des règles conditionnant les importations étaient liées à la sécurité et à la sûreté des aliments.



« De la même manière que des agriculteurs d’ici m’ont dit qu’ils n’avaient pas très envie de tester de nouvelles semences parce que, par le passé, on leur a donné des semences de mauvaise qualité… de la même manière, si un produit est importé aux Etats-Unis alors qu’il est dangereux pour la santé… cela devient difficile de convaincre les acheteurs », a-t-il expliqué à IRIN, à Nairobi.



« Quand on nous demande de réduire nos aides aux agriculteurs… c’est facile à calculer. On peut dire : autrefois, on donnait X, maintenant, on donne Y… mais l’ouverture des marchés est beaucoup plus difficilement quantifiable ».



M. Ngongi a également souligné l’importance de la création de valeur pour les exportations : « La plupart du temps, l’agriculture africaine se contente d’exporter des matières premières brutes vers les Etats-Unis. Nous devons transformer et conditionner les produits en Afrique : cela permettra de créer beaucoup d’emplois et d’améliorer les revenus des agriculteurs ».



« Il est nécessaire de créer une première valeur ajoutée à partir des produits agricoles bruts, par exemple en fabriquant des vêtements en coton ou en transformant l’huile de palme, le mil, ou d’autres produits locaux… il faudrait que les petits agriculteurs se rassemblent dans des associations et des coopératives pour regrouper leur production ».



Etendre l’AGOA



L’AGOA expire en 2015, et certains pays africains souhaiteraient qu’il soit étendu, afin d’encourager les investisseurs potentiels. D’après M. Ngongi, la plus grande partie des échanges effectués dans le cadre de l’AGOA concernent des produits pétroliers bruts, alors que la plupart des économies d’Afrique subsaharienne reposent sur l’agriculture.



L’agriculture représente un tiers du produit intérieur brut des pays d’Afrique subsaharienne, et y emploie deux tiers des actifs – la plupart des agriculteurs cultivant de petites surfaces, mesurant un hectare ou moins.



D’après M. Vilsack, les Etats-Unis se sont engagés à verser un milliard de dollars à l’Afrique, dont la plus grande partie servira à financer les efforts en matière de sécurité alimentaire.



« Le président Obama accorde beaucoup d’importance à la transformation profonde de l’Afrique, ce qui est une approche beaucoup plus complète… au lieu de se contenter d’apporter une aide alimentaire, il s’agit de créer des pratiques durables telles que la prise en compte de la nécessité de préserver les ressources naturelles », a-t-il expliqué à IRIN.



« Nos efforts ne doivent pas se limiter aux dons de nourriture. L’aide alimentaire doit être replacée dans un contexte plus large… Il ne suffit pas de donner à manger aux Africains, il faut les aider à produire eux-mêmes leur nourriture ».



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