L’incertitude sur l’aide humanitaire s’intensifie à la veille du référendum

Partisans et opposants au référendum constitutionnel prévu le 4 août continuent à échanger menaces et avertissements, alors que cette consultation remet en question des millions de dollars d’aide humanitaire – et soulève des interrogations à propos du maintien au pouvoir ou non du président Mamadou Tandja à l’issue de son deuxième mandat, en décembre.



Depuis le 2 août, les vendeurs de carburant dans les rues de la capitale nigérienne, Niamey, ont reçu l’ordre de suspendre leurs activités jusqu’à la fin du scrutin, pour éviter le risque que ce carburant soit acheté pour détruire des isoloirs. Le ministre de la Sécurité Albadé Abouba a diffusé un avertissement le 1er août pour dissuader « tous ceux qui tenteront de troubler l’ordre public ».



Alors que les critiques internationales s’intensifient contre le référendum, la télévision d’Etat continue à diffuser des discours de chefs de villages, louant le « courage de Tandja de résister et de défier la communauté internationale », entrecoupés d’images d’autorités locales en train d’installer l’électricité dans les villages à Dosso – à 150 kilomètres à l’est de Niamey – où des manifestants ont brûlé des voitures et se sont affrontées avec la police, au cours de manifestations contre le référendum, en mai.



Le 17 juillet, après une rencontre avec des représentants des Nations Unies, de l’Union africaine, de l’Organisation internationale de la francophonie et de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, M. Tandja a dit aux journalistes qu’il « [n’avait] pas été élu par la communauté internationale mais par le peuple nigérien et c'est le peuple qui me demande de continuer l'oeuvre déjà entamée ».



Cette « bravade » sera difficile à soutenir si le pays perd le soutien de gros bailleurs de fonds, comme l’Union européenne (UE), qui a aidé M. Tandja à lutter contre la pauvreté, a dit Laoual Sayabou, coordinateur d’une association qui regroupe des organisations de la société civile nigérienne.



L’UE a menacé de suspendre son aide si l’ordre démocratique n’était pas rétabli. De 2000 à 2007, elle a fourni au Niger 667 millions de dollars d’aide au développement, et depuis 2005, 43 millions de dollars supplémentaires en aide humanitaire d’urgence.



Le gouvernement a signé six accords avec l’UE en mai 2009, pour un montant global de 300 millions de dollars, dont 132,5 millions sont destinés à soutenir la lutte contre la pauvreté dans le budget 2009-2010, d’après M. Sayabou.



« Soixante-deux pour cent de l'aide européenne est affectée au budget de l'Etat nigérien », a-t-il ajouté.



Dépenses de l’Etat



L’Etat investit déjà trop peu d’argent sur fonds propres dans des services essentiels, a dit à IRIN le directeur adjoint chargé de la nutrition au ministère de la Santé, Aboubacar Mahamadou. A propos des dépenses de santé détaillées dans le Document stratégique de réduction de la pauvreté pour la période 2010-2015, M. Mahamadou a dit : « Ce ne sera qu’avec beaucoup de difficultés qu’on pourra couvrir certaines de ces dépenses avec des fonds gouvernementaux ».



Les sources de financement recensées en matière de santé incluent le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, Helen Keller international et l’Organisation mondiale de la santé.



Une campagne radio destinée à diffuser une centaine de messages de santé publique dans la région de Diffa, dans l’extrême est du pays, et dont le coût est évalué à 2,1 million de dollars, doit être financée par le Fonds commun, un fonds gouvernemental soutenu par les donateurs.



M. Mahamadou a estimé que même si l’Etat payait les salaires des travailleurs de la santé et les coûts opérationnels permettant aux institutions médicales de continuer à fonctionner, cela ne suffisait pas pour renforcer les capacités dans le domaine de la santé, réduire la dépendance aux bailleurs de fonds et améliorer les indicateurs sanitaires. 



« Le blocage de l’aide de l’Union européenne va donc nous priver de nos salaires », s’est inquiété Issoufou Sidibé, secrétaire général de la Confédération démocratique des travailleurs du Niger. Et la vie risque ainsi d'être plus chère pour les fonctionnaires, a-t-il ajouté.



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