Les Biharis se battent pour leurs droits

La famille d’Hasina, 85 ans, avait quitté Calcutta pour s’installer dans ce qui était à l’époque le Pakistan oriental. Elle estime avoir assez attendu. Comme quelque 500 autres Biharis, elle vit à Mirpur, un quartier défavorisé de Dacca, la capitale du Bangladesh, où la puanteur des eaux non traitées imprègne l’air.



« Je suis Bangladaise. J’ai toujours vécu ici. Mais où sont mes droits ? », a-t-elle demandé en pointant les 40 mètres carrés qu’elle partage avec quatre autres familles.



Il s’agit d’un grief que partagent de nombreux Biharis qui, pour la plupart, vivent dans des conditions sordides dans 116 ghettos disséminés dans l’ensemble du pays.



Malgré une décision historique de la Cour suprême réaffirmant, en 2008, le droit à la citoyenneté qu’ils revendiquent depuis longtemps, l’intégration et la réhabilitation sociales semblent toujours hors d’atteinte.




Photo: David Swanson/IRIN
Plus
de 500 Biharis vivent dans les bâtiments qui accueillaient autrefois
l’Autorité du Pakistan oriental pour le développement de l’eau et de
l’énergie (EPWADA)

Contexte



Plus de 200 000 Biharis musulmans ou ourdouphones vivent aujourd’hui au Bangladesh. La plupart d’entre eux ont quitté l’Etat indien de Bihar pour s’installer au Pakistan oriental (aujourd’hui le Bangladesh) pendant et après la partition de 1947.



Les Biharis recevaient un traitement préférentiel de la part du gouvernement, basé au Pakistan occidental, alors que les locuteurs de bengali qui composaient la majorité de la population étaient souvent marginalisés dans l’accès aux postes de fonctionnaires, l’achat de terres et de propriétés et la signature de contrats.



En 1948, la décision de déclarer l’ourdou langue officielle du Pakistan a ouvert la voie à de nouvelles tensions entre les deux groupes et galvanisé le mouvement d’identité nationale bangladais. Environ trois millions de personnes on trouvé la mort pendant la guerre de libération de 1971. La majeure partie de la communauté Bihari a pris position aux côtés de l’armée pakistanaise ourdouphone.



Bien que l’accord tripartite de Simla, signé par le Pakistan, l’Inde et le Bangladesh en 1972, ait permis à plus de 100 000 ressortissants pakistanais de retourner s’installer au Pakistan au cours des 10 années suivantes, des milliers d’entre eux sont demeurés apatrides.



Parmi ceux-ci, seule une minorité a continué de demander le rapatriement. Pour cette raison, plusieurs les appellent « les Pakistanais oubliés ».



Mais la plupart des Biharis ont préféré demeurer au Bangladesh malgré leur statut politique toujours incertain.




Photo: David Swanson/IRIN
Un groupe de garçons Bihari dans le quartier de Mirpur, à Dacca. Plus de 200 000 Biharis vivent aujourd’hui au Bangladesh

Comme ils n’ont pas la nationalité bangladaise, les Biharis se sont vus refuser le droit à l’éducation primaire et secondaire jusqu’en 2000 et ont été confrontés à d’autres types de discrimination, particulièrement en termes d’accès au logement.



Après la guerre, de nombreux Biharis ont quitté leurs maisons et leurs propriétés par crainte de représailles pour s’installer dans quelque 100 « colonies » ou ghettos, la plupart situés sur des terres appartenant à l’État.



Dans certaines régions, le Comité international de la Croix-Rouge leur a fourni des abris temporaires en attendant qu’une solution viable à leur statut actuel soit trouvée.



Ce ne fut toutefois pas le cas avant 2003, quand une décision historique de la Cour suprême a reconnu les Biharis comme étant des ressortissants bangladais.



Et bien que le gouvernement ait accepté d’appliquer la décision de la Cour, la population a cherché à en empêcher la mise en œuvre.




Photo: David Swanson/IRIN
Un jeune garçon Bihari à Dacca. Jusqu’à récemment, les Biharis se voyaient refuser l’accès à l’éducation primaire et secondaire

Une décision historique



Aujourd’hui, l’atmosphère au Bangladesh n’est plus du tout la même. Les cas de violences intercommunales sont rares, voire inexistants et, en 2008, la décision de la Cour suprême a été réaffirmée.



Toutefois, le pays doit encore relever des défis importants.



« La Cour a reconnu notre droit à la citoyenneté. C’était la première étape », a dit Sedakat Khan, du People's Youth Rehabilitation Movement, un mouvement ourdouphone.



« [Mais] ce dont nous avons besoin maintenant, c’est d’intégration », a-t-il poursuivi, se référant au besoin d’éducation, d’abri et d’accès de son peuple, notamment aux soins de santé, de même qu’à la reconnaissance en tant que partie intégrante de la société bangladaise dotée d’une identité culturelle et linguistique distincte.



Plusieurs Biharis qui vivent sur des terres appartenant à l’État et luttent pour joindre les deux bouts risquent d’être évincés sans avoir nulle part où aller. Le gouvernement ne devrait pas permettre l’expulsion avant d’avoir trouvé d’autres arrangements possibles, a dit M. Khan.



Selon Al Falah, la seule ONG enregistrée travaillant avec les Biharis, la situation évolue, mais il faut encore une aide extérieure. Alors que la moyenne nationale est de 74 pour cent, seul six pour cent des Biharis savent lire et écrire, ce qui limite leur capacité à rivaliser avec les autres Bangladais pour des emplois.



« C’est le principal obstacle à leur intégration », a indiqué Ahmed Ilias, directeur d’Al Falah. « Mais le gouvernement du Bangladesh ne peut pas tout faire seul », a-t-il ajouté, appelant les Nations Unies et les organisations musulmanes à s’impliquer dans le processus.



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