Simplifier la réduction du risque de catastrophes

Les partenariats entre les organisations humanitaires et les experts du climat portent enfin leurs fruits et aident les organisations non gouvernementales (ONG) à prévenir les catastrophes et à y faire face. Mais les spécialistes se demandent pourquoi cela a pris tant de temps.



« La question n’est pas de savoir pourquoi les services météorologiques et les organisations humanitaires se parlent aujourd’hui, mais pourquoi elles ne se sont pas parlé pendant un siècle et demi », a remarqué Maarten van Aalst, directeur adjoint du centre climatique régional de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) à Dakar, la capitale sénégalaise.



Depuis 2008, la FICR travaille en collaboration avec le Centre international de recherche pour le climat et la société (IRI) de l’université américaine Columbia, le Centre africain des applications de la météorologie pour un développement durable (ACMAD), dont le siège se trouve au Niger, et l’agence régionale de recherche agricole AGRHYMET, afin d’établir des prévisions saisonnières lui permettant d’anticiper les catastrophes.



Alors que la saison des pluies commence dans la région, la FICR a stocké du matériel de secours dans les zones à risque ; elle prévient les communautés du Golfe de Guinée, où des précipitations plus importantes que la normale sont prévues, pour qu’elles se préparent à des inondations ; et elle forme des équipes de volontaires dans les zones censées être les plus touchées.



Ces mesures permettent une utilisation plus efficace des ressources, a expliqué à IRIN Youcef Ait-Chellouche, coordinateur de la gestion des catastrophes de la FICR en Afrique de l’Ouest. « Maintenant, nous donnons l’alerte avant que les catastrophes n’aient lieu. Nos équipes sont sur place 48 heures à l’avance », a-t-il ajouté.



Lorsque de fortes pluies ont été annoncées dans le sud du Sénégal le 15 juillet dernier, une équipe d’évaluation de la FICR était prête et attendait. « Nous avons gagné beaucoup de temps, et le temps est crucial pour intervenir efficacement en cas de catastrophe... Avant ce partenariat, nous nous préparions à des catastrophes potentielles. Grâce aux prévisions saisonnières, nous savons ce qui va vraisemblablement se passer et nous pouvons nous concentrer sur des catastrophes probables plutôt que potentielles ».



D’après la FICR, la plupart des risques auxquels l’Afrique de l’Ouest est confrontée sont liés au climat, comme les sécheresses, les inondations et les épidémies associées aux conditions météorologiques telles que le choléra, le paludisme et la méningite.



Un manque de données climatiques



Si ces partenariats ont mis si longtemps à se mettre en place, c’est que les observatoires régionaux commencent seulement à pouvoir prévoir avec précision le climat pour chaque saison, plutôt que six à 10 jours à l’avance, a expliqué Haresh Bhojwani, responsable du développement international pour l’IRI de Columbia, à IRIN.



Prévoir les phénomènes climatiques saisonniers implique l’analyse de 30 ans de données, et l’imagerie satellite n’est pas plus vieille que ça, a-t-il indiqué.



Les observatoires nationaux et régionaux d’Afrique subsaharienne manquent encore de données, a dit M. Bhojwani. La plupart d’entre eux ne possèdent pas les technologies complexes nécessaires, ni le financement ou l’expertise indispensables pour réunir ces données satellites. Ils dépendent plutôt des images satellites achetées à l’étranger.



« Pour le traitement, le calibrage, la validation et l’adaptation des informations permettant leur utilisation, les groupes tels que l’ACMAD et l’AGRHYMET doivent bénéficier du soutien nécessaire », a-t-il ajouté.



En Afrique, l’ACMAD est le seul centre de prévision climatique pour l’ensemble du continent.



« Il faut choisir le bon produit. Certains analysent la température, d’autres la couverture nuageuse, l’humidité du sol, la végétation, etc. Il n’existe aucun produit capable de fournir toutes les données », a indiqué M. Bhojwani.



L’IRI aide les observatoires nationaux et régionaux à présenter les informations qu’ils recueillent de manière à ce que les décideurs, tels que les ministères de la Santé ou de la Défense ou la FICR, puissent s’en servir pour agir.



Pour M. Ait-Chellouche, cela se traduit par la réception régulière de cartes de l’Afrique de l’Ouest avec un code couleur : jaune pour les zones de sécheresse, bleu lorsque qu’une attention particulière doit être portée et rouge lorsqu’une action urgente est nécessaire. Les prévisions hebdomadaires du 15 juillet dernier ont placé Conakry, la capitale guinéenne, certaines régions de la Gambie, le sud du Sénégal et la Sierra Leone dans la catégorie des zones à « haut risque » de fortes précipitations et de vents violents.



Changement climatique et fonds pour le développement



Avec l’évolution des débats sur l’adaptation au changement climatique et une attention croissante de la part des gouvernements et des organisations humanitaires à la prévention des catastrophes avant qu’elles n’aient lieu, M. Bhojwani espère que le soutien à de tels partenariats va augmenter.



L’ACMAD reçoit de l’aide des gouvernements français et britannique et de l’université de Columbia. Afin de bénéficier de davantage de fonds, le centre doit présenter ses informations avec soin - aux bailleurs de fonds, cette fois.



« Les bailleurs de fonds pour le développement veulent améliorer les prévisions climatiques, mais dans une perspective favorable au développement – anticipations concernant la sécurité alimentaire, gestion des ressources en eau, planifications agricoles, prévention du paludisme, etc. Si les observatoires s’organisent en fonction de ce modèle, ils pourront commencer à avoir accès aux fonds pour le développement liés au changement climatique », a souligné M. Bhojwani.



aj/mw/gd/ail