« Nous pensons que nous avons notre mot à dire »

S’ils n’avaient pas décidé, chacun de leur côté, de s’investir dans la lutte contre le sida après avoir découvert leur séropositivité, Yves-Hervé Anguile Kouassi Zounon et Geneviève Youmini Manga ne se seraient certainement jamais rencontrés. Aujourd’hui en couple, ils tentent avec leurs associations respectives de faire entendre la voix des personnes vivant avec le VIH au Gabon.



Yves-Hervé, 43 ans, a découvert son statut sérologique en 2002, alors qu’il était hospitalisé suite à plusieurs épisodes de maladie. Pour Geneviève, 45 ans, c’était en 2003. Tous les deux se sont rapidement investis dans des associations dont ils ont aujourd’hui pris la tête, la Flamme de l’espoir + pour Yves-Hervé et la Chaîne de l’espoir + pour Geneviève, deux organisations membres du Réseau gabonais des personnes vivant avec le VIH, le REGAP+. Ils ont raconté leur combat à IRIN/PlusNews.



Yves-Hervé (YH) : « J’avais déjà perdu mon emploi d’agent municipal avant mon hospitalisation [en 2002], parce que j’avais été absent pendant plusieurs mois. Je n’en ai jamais retrouvé depuis. Je n’avais plus de ressources, la mère de deux de mes trois enfants était décédée de la maladie.



« Quand je suis sorti de l’hôpital, je voulais me cacher. Souvent, la première réaction quand on apprend [son infection au VIH], c’est soit de vouloir se venger, soit de se cacher ou se suicider. Mais j’ai intégré un groupe de soutien [de personnes vivant avec le VIH], c’est ce qui m’a permis de faire fi de toute barrière et [d’affronter] les difficultés. J’ai pu m’adapter et trouver le courage de me battre.



Geneviève (G) : « Ma famille m’a rejetée quand j’ai découvert mon statut [sérologique]. On me voyait mourir, mes parents ne pensaient pas que je vivrais jusque là. Mais dans mon travail [au sein des Forces armées], on m’a aidée [via] le Programme militaire de lutte contre le sida, mes collègues m’ont acceptée et m’ont soutenue.



« Une des premières choses qui m’a décidée à rentrer dans la lutte, c’était de voir le rejet, l’abandon, les souffrances [des personnes infectées]. C’est de là qu’est venu mon courage de lutter.



YH : « Nous nous sommes rencontrés début 2004 [dans le cadre d’activités de lutte contre le sida]. Ce n’était pas de la discrimination, mais après avoir appris mon statut, je me demandais comment je pourrais annoncer ça à une femme séronégative. Là, nous sommes tous les deux sous ARV [antirétroviraux] et nous avons des rapports protégés.



« Ce qui m’anime, c’est aussi d’être un exemple pour d’autres personnes vivant avec le VIH, parce que quand on apprend qu’on est infecté, on se dit que tout est fini, qu’on ne pourra plus s’exprimer, vivre, avoir des rapports [sexuels].



G : « Etre en couple nous apporte un équilibre. C’est ce qui nous donne la force de vivre longtemps et de nous battre.



« Nous témoignons souvent tous les deux, à visage découvert. Ca n’a pas toujours été facile. La petite amie de mon fils [de 23 ans] l’a mal pris, elle lui disait ‘ta mère est malade’. Mais la question n’est pas seulement de sauver nos enfants à la maison, il faut aussi sauver tous les autres.



« Ce qui est difficile au Gabon, c’est que tout est ‘politisé’, même la lutte contre le sida. On nous [les personnes vivant avec le VIH] utilise, mais nous n’avons pas de tribune, pas de moyens.



YH : Les gens parlent à notre place. A la dernière [Conférence internationale sur le sida et les infections sexuellement transmissibles en Afrique, ICASA, dont la XVème édition a eu lieu en décembre 2008 au Sénégal], aucune personne vivant avec le VIH au Gabon n’était présente.



« Quand on demande à être pris en considération, on nous dit que nous [les personnes vivant avec le VIH] ne sommes pas assez armés, que nous nous disputons. C’est vrai qu’il y a des conflits d’intérêt, mais on ne nous aide pas à être structurés, autonomes. Pourtant, nous pensons que nous avons notre mot à dire ».



ail