La bataille de Mogadiscio « marque un tournant »

Al-Shabab, groupe d’opposition islamiste en Somalie, a subi la première défaite militaire importante de son combat contre la capitale Mogadiscio, un événement bénéfique pour le moral du gouvernement, qui en avait bien besoin, selon les analystes.



« Il est encore trop tôt pour savoir si le vent a tourné en faveur du gouvernement, mais les forces d’opposition ont subi un revers [lors de la bataille du 12 juillet] », a déclaré, sous couvert d’anonymat, un observateur somalien.



D’après des sources locales, les affrontements entre les insurgés islamistes et les forces du président Sheikh Sharif Sheikh Ahmed, appuyées par les troupes de maintien de la paix de l’Union Africaine (UA) connues sous le nom d’AMISOM, ont fait au moins 51 morts et 212 blessés.



« La plupart des personnes ayant perdu la vie [le 12 juillet] étaient des combattants », a indiqué à IRIN Ali Sheikh Yassin, président adjoint de l’Elman Human Rights Organization, basée à Mogadiscio.



D’autres sources affirment que les insurgés ont perdu du terrain de manière significative. D’après l’une d’entre elles, « [ils] ont été repoussés hors d’un certain nombre de quartiers du nord de Mogadiscio dont ils avaient le contrôle ».



« Un mal pour un bien »



L’observateur somalien a affirmé que les groupes tels qu’al-Shabab n’étaient pas réputés pour se soucier du nombre de pertes dans leurs rangs, mais il a estimé que la défaite pourrait se révéler être « un mal pour un bien, au sens où elle pourrait mettre en avant les différences de stratégie et d’approche entre les insurgés eux-mêmes, et entre ces derniers et leurs alliés Hisbul Islami [menés par Sheikh Hassan Dahir Aweys, un ancien allié du président Ahmed] ».



Selon cet observateur, certains membres de l’opposition considèrent que puisqu’ils contrôlent la plus grande partie du pays, les combats devraient cesser afin que les gens puissent rentrer chez eux.



« Ce groupe donne la préférence au dialogue avec le gouvernement depuis une position de force », a-t-il expliqué en ajoutant que « certains d’entre eux veulent parler non seulement au gouvernement, mais même à la communauté internationale ».



Les éléments les plus radicaux assurent qu’ils pourraient renverser le gouvernement par la force « en quelques jours ».



« Ce qui s’est passé dimanche [12 juillet] renforce la position de ceux qui donnent la préférence à une forme de dialogue », a affirmé l’observateur. « Comment le gouvernement réagira face à cette opportunité, c’est une autre question ».



Cet observateur a estimé que si le gouvernement voulait pouvoir tirer profit de la défaite de l’opposition, il devrait commencer par remettre de l’ordre dans ses propres affaires. « La première chose à faire [pour le gouvernement] est de rassembler ses forces en organisant un commandement commun. On compte au moins trois milices combattant aux côtés du gouvernement, et aucun commandement central. »



Selon lui, le gouvernement doit également rétablir le dialogue avec les membres de l’opposition qui le souhaitent.



Le ministre du Travail Mohamed Abdi Hayir, qui est aussi à la tête du ministère de l’Information, a déclaré que le gouvernement n’avait « jamais voulu poursuivre les combats, mais qu’il y [avait] été forcé. Les affrontements [de dimanche] sont certes regrettables, mais ils étaient nécessaires. Depuis plus de deux mois, nous subissons des attaques. Nous devons réagir face à ces éléments anti-paix ».




Photo: ReliefWeb
Somalie : Déplacements de la population de Mogadiscio

La discussion plutôt que la guerre



Cependant, M. Hayir a précisé que l’objectif du gouvernement restait de parvenir à une réconciliation.



« Nous sommes toujours ouverts au dialogue avec ceux qui le souhaitent », a-t-il déclaré. « Quelles que soient leurs revendications, la solution peut et doit être trouvée par le dialogue. Nous espérons qu’après les évènements de dimanche, beaucoup prendront conscience qu’ils n’obtiendront rien en recourant aux armes. »



« Cette défaite représente pour eux [certains membres de l’opposition] une occasion de réévaluer leurs positions ».



Cependant, Timothy Othieno, analyste régional au Overseas Development Institute, organisme basé à Londres, a dit à IRIN que les combats et la capture de certains combattants « ne déclencheront peut-être aucun changement décisif ».



Il a estimé que l’implication des troupes de l’UA pourrait compliquer « la position de l’AMISOM, qui est présent en Somalie en tant qu’acteur impartial, et qu’il sera intéressant de voir comment ils [l’AMISOM] adapteront leur position ».



M. Othieno a précisé qu’il y avait toujours eu un débat sur la neutralité de l’AMISOM, et que ces questions devaient nécessairement surgir un jour ou l’autre dans le conflit contre les groupes militants.



« C’est pourquoi, en réalité, les récents évènements mettent en lumière la position précaire des forces de maintien de la paix de l’AMISOM en Somalie », a-t-il ajouté.



Cependant, à Mogadiscio, un journaliste somalien a affirmé que le dernier affrontement représentait « un tournant pour l’AMISOM, le gouvernement et les insurgés ».



Selon ce journaliste, le gouvernement considère que l’implication de l’AMISOM a démontré qu’avec un peu d’aide, « ils peuvent vraiment repousser ces gens [al-Shabab] ». Le journaliste a ajouté que désormais, al-Shabab savait que « la communauté internationale ne plaisantait pas lorsqu’elle a promis de soutenir le gouvernement ».



« Je pense qu’il va y avoir beaucoup de repositionnements, de tous les côtés », a-t-il dit.



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