La crise des Kivus s'aggrave avec 100 000 nouveaux déplacés

Les conditions humanitaires et de sécurité dans les provinces du Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), se sont dégradées en juin. D'après des responsables humanitaires, près de 100 000 personnes ont été déplacées, parmi lesquelles une bonne partie avait déjà fui les violences.



« Depuis mai, les conditions humanitaires et de sécurité se sont détériorées pour des milliers de civils au Nord et Sud-Kivu », a indiqué aux journalistes Max Hadorn, responsable du Comité international de la Croix-Rouge en RDC.



Le gouvernement et les forces des Nations Unies dans les provinces du Kivu essaient de neutraliser une milice forte de 6 000 hommes dominée par des combattants rwandais, dont certains ont participé au génocide au Rwanda, en 1994.



Au Nord-Kivu, environ 80 000 personnes ont été déplacées en juin, selon le Bureau pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations Unies, ce qui représente une hausse de huit pour cent par rapport au mois de mai.



Plus au nord, dans la province du Haut Uele, où les rebelles ougandais de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) terrorisent la population, et malgré les efforts militaires déployés contre ceux-ci, 17 000 personnes ont été déplacées en juin.



« Les opérations militaires, les attaques et les actes de violence de la part des forces et groupes armés contre la population civile continuent à poser de gros problèmes », a indiqué OCHA dans sa note d'information hebdomadaire.



« L'insécurité découlant de ces actions a limité l'accès des organisations humanitaires et les a empêchées d'aider des milliers de personnes vulnérables », a ajouté le document. Selon OCHA, plus de 400 000 personnes ont été déplacées dans l'est de la RDC depuis le début de l'année.



Dans presque tout le Sud-Kivu, les travailleurs humanitaires ne se déplacent qu'avec une escorte militaire. Les forces gouvernementales de la RDC, de même que la LRA et la milice rwandaise connue sous son acronyme FDLR, sont souvent accusées de perpétrer des actes de violence contre des civils, dont des meurtres, des viols, des pillages et des destructions de propriétés.



Dans un rapport publié le 9 juillet, International Crisis Group (ICG) a lancé un appel en faveur de la suspension des opérations militaires conjointes contre les FDLR, alléguant qu'elles n'avaient pas réussi à démobiliser le groupe ni à mettre un terme à ses brutales représailles contre des civils soupçonnés de collaborer avec ses ennemis.



ICG a appelé à l’élaboration d’une « stratégie globale », avec un engagement international plus important, destinée à fournir un « nouveau mécanisme de désarmement des FDLR à travers lequel seront simultanément planifiées des actions militaires et de sensibilisation, ainsi que des initiatives juridiques dans les pays où les dirigeants politiques des FDLR se sont réfugiés et depuis lesquels ils diffusent une propagande constituant un maillon essentiel du contrôle qu’ils exercent sur les combattants ordinaires. »



Sinon, « les populations du Kivu continueront à supporter le coût de la présence des FDLR et des tentatives ratées de désarmement, et le fragile État congolais restera menacé », a averti ICG.















Photo: Noel E. King/IRIN
En juin, quelque 80 000 personnes ont été déplacées au Nord-Kivu (photo d'archives)

Opérations de rapatriement



La mission de maintien de la paix des Nations Unies en RDC (MONUC) est optimiste quant aux efforts engagés pour persuader les Rwandais se trouvant dans l'est de la RDC de rentrer au pays. Selon Patrick Garba, responsable par intérim de la section désarmement, démobilisation, rapatriement, réintégration et réinsertion de la MONUC, plus de 10 000 Rwandais ont été rapatriés de l'est de la RDC entre janvier et juillet 2004.



Le nombre de civils non combattants qui suivent les FDLR dans la région est estimé à 20 000. Dans un entretien publié sur le site de la MONUC, M. Garba a indiqué que, parmi les combattants rapatriés, environ la moitié provenait des FDLR, l'autre moitié étant issue d'un groupe armé distinct dont les meneurs ont fait la paix avec le gouvernement de la RDC plus tôt cette année. M. Garba n'a pas précisé dans quelles proportions les rapatriés étaient des combattants ou des civils. Selon ICG, moins de 500 combattants des FDLR se sont rendus à la MONUC au cours des trois premiers mois de 2009.



M. Garba a ajouté que le processus de rapatriement était maintenant interrompu. « Nous ne pouvons pas atteindre les combattants des FDLR, car ils se sont réfugiés dans les profondeurs de la jungle. Mais cela devrait bientôt changer car, en brisant leur structure hiérarchique, il est plus facile des les convaincre de rentrer chez eux. »



« Il ne faut pas oublier qu'après l'opération Umoja Uwetu, en février dernier, le nombre de rapatriés avait considérablement augmenté. Nous croyons qu’il en sera de même avec l'opération Kimia II [actuellement en cours]. L’idéal serait de mettre en place des couloirs humanitaires pour permettre aux membres des FDLR qui ne veulent plus rester dans la jungle de rentrer chez eux. »



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