Les « réfugiés climatiques » s’invitent au programme

Comment protéger les « réfugiés climatiques », soit peut-être quelques millions de personnes, déplacées par les caprices de la nature ? Le débat est de plus en plus chaud.



Lors de la conférence organisée récemment par les Nations Unies sur le changement climatique à Bonn, en Allemagne, le Bangladesh, qui risque de perdre un cinquième de sa superficie si le niveau de la mer s’élève d’un mètre, a appelé à ce que des dispositions soient prises, au sein des politiques des pays industrialisés, en vue d’accueillir les « réfugiés climatiques ».



Au cours des derniers jours de la conférence, la question s’est glissée dans le texte de négociation proposé entre les pays industrialisés et les pays en développement sur les différentes stratégies de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le texte, qui sera débattu au cours des prochains mois, à l’approche du grand sommet sur le climat qui aura lieu à Copenhague, au Danemark, en décembre, comprend désormais une disposition visant à mettre en place « les moyens nécessaires pour protéger les personnes déplacées par les conséquences du changement climatique ».



Cette mention portée dans le texte proposé, sur lequel reposera l’accord final sur le climat, marque l’ouverture du débat sur les « réfugiés climatiques » dans les pourparlers « officiels », a fait remarquer Saleemul Huq, directeur du groupe de recherche sur le changement climatique, à l’International Institute for Environment and Development (IIED), un organisme londonien.



Jusqu’ici, le débat visait à déterminer si la protection et le soutien apportés aux « réfugiés climatiques » devaient faire l’objet d’un régime distinct ou s’ils pouvaient être intégrés à l’accord global sur le climat, a expliqué M. Huq.



L’accord global final qui doit être conclu à Copenhague entrera en vigueur après 2012, à la fin de la première phase du Protocole de Kyoto, un traité conclu dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC) en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre.


« Les réponses politiques à ce problème émergent n’existent pas encore : il est bien trop controversé, et le discours académique vient à peine de commencer »

Le débat sur les « réfugiés climatiques » est controversé tout simplement en raison du nombre de personnes susceptibles d’être touchées. A l’heure où les conséquences du changement climatique s’aggravent, les estimations du nombre de personnes déplacées par les catastrophes naturelles ou l’élévation du niveau de la mer vont de 50 millions en 2010, à plusieurs centaines de millions, voire un milliard, d’ici à 2050.



Les conférences mondiales ont été marquées par les appels émouvants des Etats insulaires, tels que les Maldives ou Tuvalu, qui pourraient devenir en grande partie inhabitables si le niveau de la mer s’élevait d’un mètre.



Ces 20 dernières années, les Maldives, un archipel situé dans l’océan Indien, ont joué un rôle clé dans la sensibilisation à ces questions.



En mars 2008, le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies a accepté de mener une étude sur les conséquences du changement climatique sur les droits humains, en particulier sur les moyens de subsistance. Les Maldives espèrent que les conclusions de cette étude permettront d’orienter le processus de négociation mondiale. Il existe un consensus général sur la contribution des émissions de gaz à effet de serre au réchauffement climatique, mais pas sur la manière de réduire ces émissions, ni sur le degré de réduction approprié.



Cette semaine, le Projet de gouvernance mondiale, un programme de recherche collectif, auquel participent 12 instituts de recherche européens dont la Vrije Universiteit (VU University) Amsterdam, la London School of Economics and Political Science, et le Potsdam Institute for Climate Impact Research, a lancé un forum Internet sur les « réfugiés climatiques », pour nourrir le débat.



« Les réponses politiques à ce problème émergent n’existent pas encore : il est bien trop controversé, et le discours académique vient à peine de commencer », a déclaré Frank Biermann, qui dirige le Département d’analyse des politiques environnementales de l’Institut des études environnementales de la VU University.



Cette nouvelle initiative, le Climate refugee policy forum [Forum sur les politiques relatives aux réfugiés climatiques], servira de « bureau central en ligne, ouvert à tous, qui permettra de consulter des informations actualisées sur les réfugiés climatiques et les migrations liées au climat, et notamment des études académiques, des documents directifs et des avis de conférence, et d’obtenir des liens vers les principaux organismes actifs sur le terrain », a-t-il expliqué.



Les chances à Copenhague



Selon MM. Huq et Biermann, le débat en est « encore à ses balbutiements ».



« Les besoins des populations susceptibles d’être déplacées, à l’avenir, par l’impact du changement climatique sont considérés comme une "adaptation de second ordre" », a expliqué M. Huq, à l’heure où les pays vulnérables s’efforcent essentiellement de lutter pour obtenir des ressources et des fonds afin de pouvoir s’adapter aux conséquences immédiates du changement climatique, telles que l’intensification des périodes de sécheresse.



Selon M. Biermann, le débat va s’accélérer après Copenhague. M. Biermann a appelé à l’élaboration d’un nouveau texte de loi spécifiquement adapté aux besoins des « réfugiés climatiques » : un Protocole pour la reconnaissance, la protection et la réinstallation des « réfugiés climatiques » dans le cadre de la CCNUCC, soutenu par un mécanisme de financement distinct, le Fonds pour la protection et la réinstallation des réfugiés climatiques.



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