Les produits alimentaires, chers, restent en rayon

Les Africains des régions urbaines sont de plus en plus nombreux à rencontrer des difficultés grandissantes à se nourrir, a averti la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA).



« Certains pays d’Afrique sont toujours aux prises avec la crise et les pénuries alimentaires », selon Adam Elhiraika, économiste au sein de la CEA. « On voit qu’il y a [une] crise lorsqu’on n’a pas assez de revenus pour acheter les vivres dont on a besoin ».



« On a moins de pouvoir d’achat. On a encore aussi des pénuries alimentaires car nombre de pays d’Afrique ne sont pas en mesure de répondre à la demande », a expliqué à IRIN M. Elhiraika, coordinateur de l’équipe qui a rédigé l’édition 2009 du rapport économique de la CEA sur l’Afrique, à Addis-Abeba.



Publie le 28 mai, ce rapport, préparé par la CEA de concert avec l’Union africaine, est une évaluation de la performance économique du continent en 2008. Il aborde également les perspectives pour 2009.



« Dans de nombreux pays, les populations urbaines voient des produits alimentaires dans les rayons des magasins, mais elles n’ont pas les moyens d’en acheter », pouvait-on lire dans le rapport. Citant l’exemple du Liberia et de la Guinée, les auteurs ont également expliqué que les gouvernements de ces pays luttaient pour importer assez de vivres pour nourrir leurs populations.



« A Djibouti, les éleveurs sont en train de découvrir que la vente de leur bétail, moyen de subsistance essentiel, ne leur permet d’acheter que peu de céréales sur le marché, tandis qu’au Mozambique et en Ouganda, les agriculteurs des régions rurales n’ont guère les moyens d’acheter les semences et les engrais dont ils ont besoin pour cultiver les vivres de leurs familles, et encore moins pour tirer parti du prix élevé des vivres en dégageant des profits », selon le rapport.



En Afrique, le prix des denrées alimentaires risque d’augmenter au cours des 10 prochaines années, bien qu’une baisse soit prévue en 2009 et 2010, à mesure que la hausse des prix provoquée par la récession mondiale influera sur l’offre et la demande.



« L’Afrique est une des régions les plus touchées par la hausse du prix des vivres », a noté la CEA. « Les prix des vivres ont culminé en juin 2008, avant de diminuer de plus de 50 pour cent, en moyenne, au cours de la deuxième moitié de l’année. A la fin de l’année 2008, ils se trouvaient au même niveau qu’en 2005, tout en restant bien plus élevés qu’en 2000 ».



D’après le rapport, la baisse des prix pratiqués sur le marché mondial s’est lentement répercutée sur les prix pratiqués à l’échelle nationale, dans bon nombre de pays en voie de développement.



« Il y a tout de même des pénuries alimentaires dans beaucoup de pays d’Afrique en raison de la sécheresse et des conflits », a indiqué M. Elhiraika.









« On voit qu’il y a [une] crise lorsqu’on n’a pas assez de revenus pour acheter les vivres dont on a besoin »

Secours d’urgence



Pour pouvoir éviter les conséquences de la crise, les populations d’un grand nombre de pays, notamment les pays d’Afrique de l’Est, ont besoin de recevoir une aide d’urgence.



« La crise alimentaire récente et la famine qui semble imminente menacent la stabilité politique et sociale, en particulier en Afrique de l’Est et de l’Ouest, et dans les pays en situation de conflit », ont averti les auteurs du rapport.



Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les prix des vivres demeurent élevés dans bon nombre de pays en voie de développement et l’accès des populations pauvres aux vivres reste menacé par la perte d’emploi et de revenus, ainsi que d’autres conséquences de la crise économique mondiale.



Toutefois, dans l’édition du 4 juin de Perspectives de l’alimentation, la FAO a noté que l’approvisionnement mondial en vivres paraissait moins vulnérable aux chocs que pendant la crise alimentaire de 2008.



« En dépit de la hausse considérable observée ces dernières semaines, les prix internationaux d’une majorité de produits agricoles ont baissé en 2009 par rapport aux sommets atteints en 2008, signe qu’un grand nombre de marchés sont en train de retrouver lentement leur équilibre », pouvait-on lire dans le bulletin.



L’amélioration a été observée, en grande partie, dans le domaine de la production céréalière (secteur critique pour la sécurité alimentaire), la production record de 2008 ayant dépassé les prévisions initiales. Cette récolte exceptionnelle a également facilité le réapprovisionnement des réserves mondiales, reconstituées au niveau où elles se trouvaient avant la crise.



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