Recrudescence « significative » de l’immigration clandestine

Une nouvelle vague de demandeurs d’asile affluent actuellement en Indonésie, point de transit vers l’Australie. Les conflits et les difficultés économiques expliquent cette tendance, selon les autorités.



De nombreux ressortissants afghans, sri-lankais et irakiens partent à l’étranger en quête d’une vie meilleure, et des centaines d’entre eux transitent dans ce pays insulaire avant d’embarquer sur de vieux bateaux branlants pour entamer leur dangereux périple vers l’Australie, ont confirmé les représentants des autorités.



Le 28 mai, neuf personnes ont trouvé la mort et 11 personnes ont été portées disparues lorsqu’un bateau en route vers l’Australie a coulé au large de l’île indonésienne de Sumatra, avec à son bord 36 migrants clandestins venus d’Afghanistan.



Le 2 juin, sur l’île de Sumba, dans l’est, la police a intercepté quatre passeurs présumés, qui tentaient d’envoyer 59 migrants afghans et pakistanais en Australie.



Entre avril et mai seulement, la police indonésienne a placé en détention 147 migrants clandestins, originaires pour la plupart d’Afghanistan et du Sri Lanka, deux pays ravagés par les conflits, selon le Directorat général indonésien de l’immigration (DGI).



« Il y a sans nul doute une hausse par rapport aux mois précédents », selon M. Muchdor, directeur de la mise en application, au DGI.



Environ 800 migrants ont été interceptés entre septembre 2008 et avril 2009, contre moins de 400 au cours de la période précédente, a-t-il expliqué.



Abubakar Nataprawira, porte-parole de la police nationale, a fait état d’une augmentation « significative » du nombre de migrants clandestins arrivés cette année, sans donner de précision chiffrée.



Lors d’une conférence régionale sur l’aide à l’immigration clandestine en Indonésie, le 14 avril, Stephen Smith, ministre australien des Affaires étrangères a averti que la crise financière mondiale risquait de forcer davantage de personnes à partir en quête d’une vie meilleure, et d’entraîner par là même une augmentation du nombre de passeurs et de trafiquants.



Des frontières perméables



Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), compte tenu de la perméabilité des frontières indonésiennes et du manque de ressources et de coordination entre les organismes, de nombreux immigrés clandestins passent entre les mailles du filet.



Plus de 800 demandeurs d’asile se trouvent dans des centres de détention aux quatre coins de l’Indonésie, en attendant que leur statut de réfugié soit soumis à l’approbation du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), selon Maroloan Barimbing, porte-parole des services d’immigration.



« La principale raison de leur départ, c’est qu’ils ne se sentent pas en sécurité dans leur pays, et qu’ils doivent s’échapper pour survivre », a expliqué M. Barimbing.



Cette année seulement, les autorités australiennes ont intercepté 12 bateaux transportant des demandeurs d’asile, venus pour la plupart d’Afghanistan et du Moyen-Orient, contre sept l’année dernière.



L’année dernière, selon le rapport publié en 2008 par l’OIM, l’agence a aidé 136 « migrants irréguliers », originaires d’Irak et d’Afghanistan, pour la plupart ; 91 se sont réinstallés dans des pays tiers et 36 sont rentrés volontairement dans leur pays. Les autres ont été remis en contact avec leurs familles, qu’ils avaient perdues de vue, dans différents pays.



Cette année, l’OIM a aidé 48 demandeurs d’asile, afghans pour la plupart, à retourner chez eux volontairement et a permis à 36 autres de se réinstaller dans des pays tiers, dont le Canada et l’Australie, selon Jihan Labetubun, représentante de l’OIM en Indonésie.



Mise en application de la loi



D’après les autorités indonésiennes, les arrestations récentes d’immigrés clandestins montrent que les responsables du maintien de l’ordre s’acquittent efficacement de leur tâche.



« Cela montre que le gouvernement réussit à déceler la présence des immigrés clandestins. C’est positif en termes de mise en application de la loi », a déclaré à IRIN Teuku Faizasyah, ministre des Affaires étrangères.



Selon M. Faizasyah, le gouvernement envisage de placer les demandeurs d’asile en détention dans un seul et même établissement, à Jakarta, plutôt que dans différents centres d’immigration, aux quatre coins du pays, conformément au système actuel, pour pouvoir les surveiller plus efficacement.



Andi Mattalatta, ministre indonésien de la Justice, a rencontré une délégation australienne de haut niveau dirigée par Bob Debus, ministre de l’Intérieur, à Jakarta, le 4 juin, pour débattre de l’adoption de nouvelles mesures, en vue de lutter contre l’aide à l’immigration clandestine et de faire face à l’afflux d’immigrés clandestins.



Les deux pays se sont mis d’accord sur l’adoption de nouvelles mesures, concernant notamment l’amélioration de la prise en charge des migrants en Indonésie, la gestion de la détention, l’assistance juridique mutuelle et la formation du personnel des services d’immigration et de maintien de l’ordre, selon un communiqué de l’ambassade australienne, daté du 4 juin.



Dans un communiqué publié sur le site Internet du ministère australien de l’Intérieur, M. Debus a déclaré que le gouvernement avait alloué la somme supplémentaire de 654 millions de dollars australiens (531 millions de dollars américains) pour financer la lutte contre l’aide à l’immigration clandestine.



« Le renforcement de nos mesures de sécurité frontalières nous permettra d’identifier les passeurs, de les traduire en justice, et d’intercepter les entreprises d’aide à l’immigration clandestine », a-t-il déclaré.



Parallèlement, Anita Restu, porte-parole du HCR en Indonésie, a déclaré que ses bureaux vérifiaient le statut de 821 demandeurs d’asile originaires d’Afghanistan, d’Irak, du Sri Lanka, d’Iran et de Somalie, qui avaient sollicité l’octroi du statut de réfugié.



« Ils vont passer une procédure d’interrogation », a expliqué Mme Restu à IRIN, ajoutant qu’il faudrait du temps avant de pouvoir déterminer si les demandeurs d’asile pourront effectivement prétendre au statut de réfugié, et les réinstaller.



L’OIM a déclaré qu’elle coopérait avec l’Indonésie et l’Australie dans le cadre d’un accord tripartite, qui autorise l’Indonésie à déterminer l’intention des migrants interceptés.



S’il est déterminé que l’individu intercepté est en transit en Indonésie, en route vers l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, il est envoyé auprès de l’OIM, pour recevoir une aide.



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