Nouvelles violences en Casamance

Une femme de 36 ans a récemment perdu une jambe en marchant sur une mine, en Casamance, dans le sud du Sénégal, où une vague de violence a mis en exergue les difficultés que continue de poser l’un des plus longs conflits d’Afrique aux 1,4 million d’habitants de la région.



La jeune femme aidait son grand-père à ramasser du bois dans le département de Nyassia, a-t-elle raconté à IRIN, depuis l’hôpital de Ziguinchor, première ville de Casamance.



La menace des mines terrestres n’est qu’une conséquence parmi tant d’autres du conflit qui sévit depuis 27 ans en Casamance, et qui éclate périodiquement, la paix n’ayant pas été définitivement rétablie.



Depuis le 1er mai, au moins 20 braquages de véhicules et pillages violents ont été perpétrés par des groupes armés dans le département de Bignona, selon Abdoulaye Diallo, conseiller technique de la GTZ-Procas, le Programme d’appui au développement socio-économique pour la paix en Casamance, financé par l’Allemagne. Dans bien des cas, selon les habitants de la région, les assaillants appartiendraient au Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), un mouvement séparatiste.



« Cette vague de violence menace la stabilité et le développement de la région », a indiqué M. Diallo à IRIN. « Si les violences se poursuivent, cela aura de lourdes conséquences sur la sécurité alimentaire, la santé et l’éducation de ces populations ».



« Ces incidents sèment la peur et plongent la population dans un état d’incertitude totale. Psychologiquement, c’est complètement intenable », a-t-il ajouté.



La dernière vague de violence est survenue juste au début de la période des semailles, ont expliqué les habitants à IRIN. « Si les violences se poursuivent, cela aura des conséquences fâcheuses sur la production agricole », a estimé Nouha Cissé, coordinateur adjoint de l’Alliance pour la paix en Casamance.



La Casamance, située entre la Gambie et la Guinée-Bissau, est déchirée par le conflit depuis 1982, année où le MFDC a lancé son combat séparatiste. Si ce conflit s’est essentiellement traduit par des affrontements à petite échelle, il a causé des souffrances considérables à la population, faisant 3 000 à 6 000 morts chez les civils, 697 victimes de mines et quelque 60 000 déplacés, selon les Nations Unies et l’organisation non-gouvernementale (ONG) Handicap International, qui mène des opérations de déminage dans la région, en collaboration avec le gouvernement.




Photo: BBC

Une étude codirigée, en 2005-06, par le Programme des Nations Unies pour le développement, a révélé que 93 localités étaient minées et/ou semées de munitions non-explosées, et quelque 90 000 habitants sont directement touchés, selon le gouvernement. Pendant l’étude, il était impossible de se rendre dans un grand nombre de localités ; de nouvelles recherches sont donc nécessaires, d’après les experts du déminage.



Selon les observateurs, si les dernières violences se poursuivent, notamment si des affrontements violents éclatent entre le MFDC et l’armée, les populations risquent de fuir leurs villages.



« Ces violences ne font que nous rappeler que le conflit en Casamance est encore tout à fait d’actualité », a déclaré M. Cissé à IRIN.



« Nous avons connu une accalmie, oui, mais ces populations vivent dans une insécurité quasi permanente ».



L’instabilité en Casamance est doublement dangereuse en raison de la proximité de cette région avec la Guinée-Bissau, plateforme du trafic de stupéfiants.



A l’heure actuelle, la Casamance est relativement isolée, le service commercial aérien ayant été interrompu depuis Dakar, la capitale, et la circulation des ferries étant limitée. Selon Martin Evans, professeur de développement international à l’université de Chester et expert de la Casamance, l’insécurité de plus en plus grave risque fort d’avoir de lourdes conséquences sur les moyens de subsistance des populations.



« La région est actuellement privée de lien aérien et l’un des ferries est en réparation ; à cela s’ajoutent les braquages violents perpétrés à la fois sur l’autoroute transgambienne et sur la route qui relie Bignona à Diouloulou ; pour se déplacer entre le nord du Sénégal et la Casamance, et en particulier, à l’intérieur du département de Bignona, les choix sont limités », a-t-il indiqué.



« Cela porte atteinte à l’économie régionale, en limitant la liberté de circulation des populations et de la production agricole hors de Casamance, et l’acheminement des aliments préparés et des produits manufacturés en Casamance. Tout cela fait du tort aux producteurs, aux commerçants et à l’industrie du tourisme ».



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