L’amélioration des infrastructures, essentielle à la modernisation des bidonvilles

Pour réussir à moderniser les bidonvilles existants et à prévenir l’apparition de nouveaux bidonvilles, les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) doivent convaincre leurs gouvernements d’affecter davantage de ressources aux infrastructures, aux services et aux activités de renforcement des capacités dans les zones urbaines, préconise une haute responsable des Nations Unies.



« Les bidonvilles et la pauvreté dans les zones urbaines ne sont pas uniquement une manifestation de l’explosion et du changement démographiques, ni même des vastes forces impersonnelles de la mondialisation », a déclaré Anna Tibaijuka, secrétaire générale adjointe et directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-HABITAT), le 10 juin.



« Les bidonvilles doivent être perçus comme le résultat de politiques qui n’ont pas fonctionné, d’une mauvaise gouvernance, de la corruption, d’une réglementation inadaptée, de marchés fonciers dysfonctionnels, de systèmes financiers non réactifs, et d’un manque fondamental de volonté politique ».



Au cours d’une session ministérielle tenue lors de la première conférence collective de la région ACP sur les défis de l’urbanisation et la réduction de la pauvreté, Mme Tibaijuka a déclaré que les stratégies de gestion des bidonvilles devaient prévoir bien plus que l’affectation de logements et la prestation de services physiques.



« Elles [les stratégies] ont trait à la gouvernance, à la volonté politique, à la propriété et aux droits, au capital social et à l’accès », a-t-elle expliqué. « Sans oublier la planification, la coordination et les partenariats ».




Photo: UN-HABITAT
Anna Tibaijuka, directrice exécutive d’ONU-HABITAT

Déclaration approuvée



A l’issue de la conférence des 8-10 juin, organisée conjointement par ONU-HABITAT, la Commission européenne (CE) et le secrétariat de la région ACP, les plus de 200 délégués présents ont approuvé une « déclaration et un plan d’action » en 13 points sur les défis de l’urbanisation et la réduction de la pauvreté dans les pays de l’ACP.



La déclaration stipule que les questions urbaines devraient se voir accorder la priorité dans le plan de développement global des pays de la région ACP, et que les partenaires de développement devraient contribuer à ces efforts en créant des mécanismes financiers souples et en fournissant « les ressources nécessaires pour réduire la pauvreté urbaine et relever de nouveaux défis tels que le changement climatique, l’énergie urbaine, l’eau et la sécurité alimentaire, ainsi que les crises financières », pour assurer un développement urbain durable dans ces pays.



Selon ONU-HABITAT, cette conférence a permis « d’approfondir et d’expliciter davantage » les conclusions tirées pendant l’atelier régional collectif organisé en 2005 et le Programme participatif de modernisation des bidonvilles, en cours dans 30 pays de la région ACP.



Dans les pays en développement, au moins deux milliards de personnes vivent dans les zones urbaines, selon ONU-HABITAT, et plus de 70 pour cent des populations urbaines de nombreux pays de la région ACP vivent dans des bidonvilles ou des établissements informels. Les bidonvilles sont particulièrement nombreux en Afrique subsaharienne (62 pour cent), et en Asie du Sud (43 pour cent) ; en Asie de l’Est, leur proportion s’élève à 37 pour cent ; et en Amérique latine et aux Caraïbes, à 27 pour cent.



« Nos dernières recherches montrent que dans les pays en développement, un citadin sur trois vit dans un bidonville ou autre établissement sauvage. La proportion est certainement plus élevée dans les pays de la région ACP », a déclaré Mme Tibaijuka.



Les principaux thèmes de la conférence de Nairobi étaient les suivants : infrastructures et services de base en zones urbaines ; interventions pro-pauvres dans le domaine des terres et fourniture de logements abordables ; gouvernance et politiques de planification urbaines ; stratégies financières d’établissement humain ; et amélioration du développement économique local.



Croissance urbaine, formation de bidonvilles



Kalonzo Musyoka, vice-président du Kenya, a déclaré lors de la conférence que selon de récentes études, le taux de croissance urbaine était quasi égal au taux de formation des bidonvilles dans de nombreux pays en développement, et que les bidonvilles restaient un phénomène majeur dans tous les centres urbains des pays de la région ACP.



« Malheureusement, les bidonvilles représentent la manifestation la plus visible de la pauvreté urbaine, l’échec des politiques sectorielles et l’incapacité des institutions et des pays à répondre aux besoins fondamentaux du peuple », a-t-il déclaré dans son discours liminaire.



« Il y a donc des arguments incontestables en faveur d’une action contre ce cercle vicieux qu’est la pauvreté urbaine. Par conséquent, les pays de la région ACP doivent réexaminer une nouvelle fois la question de l’urbanisation et définir des stratégies de gestion urbaine proactives pour saisir les occasions qui s’offrent à eux, et relever les défis qui les accompagnent de manière durable ».



John Kaputin, secrétaire général de la région ACP, a appelé les pays de l’ACP à adopter de nouveaux mécanismes modernes pour faire face à la mondialisation et gérer le développement urbain.



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