L’OMS agit en faveur de la lutte contre les diarrhées mortelles

L’Organisation mondiale de la santé a ouvert la voie à la vaccination des enfants d’Afrique et d’Asie contre un virus de la diarrhée, qui tue quelque 500 000 enfants chaque année, dans le monde – dont 85 pour cent dans les pays en voie de développement d’Afrique et d’Asie.



L’OMS a recommandé que la vaccination contre le rotavirus – première cause de diarrhée et de déshydratation graves et souvent mortelles chez les enfants de moins de cinq ans - soit intégrée aux programmes nationaux d’immunisation dans le monde.



En 2007, l’organisation estimait que davantage de recherches devaient être menées sur l’efficacité du vaccin dans les pays en voie de développement qui affichaient des taux de mortalité infantile élevés ; mais les résultats d’essais cliniques récents ont amené l’OMS à recommander l’administration du vaccin dans le monde, selon un communiqué daté du 5 juin.



Grâce à cette décision, les pays pauvres d’Asie et d’Afrique peuvent désormais solliciter des fonds pour pouvoir intégrer la vaccination contre le rotavirus à leurs programmes nationaux d’immunisation.



« Ce [vaccin] réduira considérablement la mortalité et la morbidité liées aux maladies causées par le rotavirus », a expliqué à IRIN Samba Ousmane Sow, professeur agrégé de médecine à l’université du Maryland et coordinateur du Centre de développement des vaccins, au Mali.



« Avec le rotavirus, comme avec beaucoup de maladies infectieuses, la mortalité est souvent une question de géographie », a-t-il expliqué. « Pour les nombreux habitants d’Afrique rurale qui n’ont pas facilement accès aux soins médicaux, la solution la meilleure et la plus pratique [contre cette maladie mortelle] consiste à amener le vaccin jusqu’à chez eux ».



Un enfant atteint d’une maladie à rotavirus – qui provoque une fièvre, des vomissements et la diarrhée - peut rapidement se déshydrater. Le rotavirus entraîne le plus souvent le décès lorsque le malade ne reçoit pas rapidement des soins médicaux ; c’est pourquoi la vaccination est le moyen le plus efficace de prévenir les cas de diarrhée grave et de décès, selon les experts.



Transmis principalement par voie féco-orale, le virus touche, dans le monde, une grande majorité d’enfants de moins de trois ans, selon l’OMS. Le virus attaque les villosités, de petites saillies recouvrant la paroi de l’intestin grêle. La destruction des cellules touchées diminue les capacités de digestion et d’absorption des nutriments, ce qui entraîne une diarrhée accompagnée d’une déshydratation.



Le virus est résistant et les mesures d’hygiène traditionnelles susceptibles de prévenir d’autres maladies liées à des questions sanitaires ne suffisent pas à limiter son effet, selon PATH, un organisme sanitaire international à but non-lucratif ; PATH compte parmi les différents organismes qui mènent des essais de vaccins en collaboration avec l’OMS et la Global Alliance for Vaccines and Immunization (GAVI).









« ...Avec le rotavirus, comme avec beaucoup de maladies infectieuses, la mortalité est souvent une question de géographie ... »

Toutefois, étant donné que les maladies diarrhéiques peuvent avoir de nombreuses causes différentes, le vaccin contre le rotavirus doit s’inscrire dans le cadre d’une stratégie de contrôle exhaustive, prévoyant d’améliorer la qualité de l’eau, l’hygiène et les systèmes sanitaires, et de fournir des solutions de réhydratation orale et des compléments de zinc, selon le communiqué de l’OMS.



« Ce vaccin [oral], couplé à une amélioration des systèmes sanitaires et de l’hygiène, peut permettre de réduire tous les types de maladies diarrhéiques au sein d’une population », a indiqué à IRIN George Armah, professeur et expert du rotavirus au Noguchi Memorial Institute for Medical Research, au Ghana, à Dakar, la capitale sénégalaise, où il se trouvait pour assister à une rencontre du conseil consultatif ouest-africain sur le rotavirus.



« Mais nous savons que l’hygiène ne suffit pas à elle seule à éliminer le rotavirus, c’est pourquoi ce vaccin doit être administré d’urgence ».



Les gouvernements, a noté M. Armah, devront désormais préparer un plan d’investissement visant à intégrer la vaccination contre le rotavirus à leurs programmes d’immunisation. La GAVI a adopté une approche de cofinancement, dans le cadre de laquelle les pays se procurent une partie des vaccins à l’aide de fonds qui ne proviennent pas de la GAVI ; le but est de faire en sorte que les pays assument une part de plus en plus importante des coûts occasionnés par l’achat des vaccins, afin que les programmes d’immunisation deviennent viables.



Le comité de direction de la GAVI devrait décider, au cours de sa réunion de novembre 2009, si les 72 pays pouvant prétendre à bénéficier des subventions de la GAVI pourront tous solliciter des financements supplémentaires pour intégrer la vaccination contre le rotavirus à leurs programmes d’immunisation, a indiqué à IRIN Ariane Leroy, de la GAVI.



Les essais cliniques du vaccin se poursuivent en Asie et en Afrique subsaharienne, mais le Groupe stratégique consultatif d’experts de l’OMS a recommandé que le vaccin soit administré à toutes les populations, au vu des preuves existantes, selon l’organisme.



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