La sécurité alimentaire s’améliore, mais toujours des problèmes dans le sud

Plus d’un an après le passage du cyclone Nargis au Myanmar, la sécurité alimentaire des populations semble s’améliorer, mais de graves difficultés subsistent, en particulier dans le sud du delta de l’Ayeyarwady.



Quelque 140 000 personnes ont été tuées et 2,4 millions ont été touchées lorsque la tempête de catégorie quatre s’est abattue sur le pays, situé à basse altitude, les 2 et 3 mai 2008.



« Dans le nord du delta, les victimes sont en voie de rétablissement », a indiqué à IRIN Chris Kaye, représentant national du Programme alimentaire mondial (PAM), à Yangon, notant en revanche que d’importants besoins subsistaient ailleurs.



« En raison de la productivité agricole limitée et des faibles taux d’emploi et autres activités rémunératrices, il sera particulièrement difficile pour les familles de se nourrir pendant la prochaine période de soudure », a-t-il expliqué, en allusion au sud, qui récolte généralement le riz une fois par an, contre deux fois dans le nord.



« Il est évident qu’il faut en faire bien davantage pour nous assurer que les victimes se sont vraiment remises sur pied et que les familles et les communautés sont en mesure de subvenir à leurs propres besoins », a déclaré M. Kaye ; un avis que partagent d’autres membres de la communauté humanitaire.




































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« S’il est vrai que les communautés ne sont plus en danger de mort, elles restent dépendantes de l’aide étant donné qu’elles n’ont pas encore entièrement recouvré leurs moyens de subsistance », a expliqué Marc Sekpon, coordinateur des interventions d’Action contre la faim face au cyclone Nargis.



Au Myanmar, plus de la moitié de la main-d’œuvre travaille dans le secteur agricole, entre autres, à la culture du riz, du maïs et de la canne à sucre.



« La sécurité alimentaire n’aura pas véritablement été assurée tant que les populations n’auront pas recouvré leurs moyens de subsistance », a ajouté Tesfai Ghermazien, coordinateur principal des opérations d’urgence et de réhabilitation à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) au Myanmar.



« L’aide agricole, notamment la distribution de semences et d’outils, est essentielle pour la prochaine période des semailles », a déclaré Belete Temesgen, responsable du service des secours et des vivres de World Vision/Myanmar, qui cible 140 villages des divisions administratives de Pyapon, Bogale et Hinggyi.



« S’ils ne parviennent pas à semer faute d’argent ou de semences, le rétablissement va leur [échapper] et cela érodera d’autant plus leurs mécanismes de survie », a-t-il prévenu.














Photo: Greg Constantine/WFP
Plus d’un an après, des milliers d’habitants dépendent encore de l’aide alimentaire internationale

Les principales zones à risque



Selon la dernière Evaluation rapide de la sécurité alimentaire menée cette année par le PAM, l’insécurité alimentaire reste un problème grave dans le sud et l’ouest du delta.



Selon l’enquête, 51 pour cent des foyers de l’échantillon sélectionné dans les divisions administratives de Labutta et Bogale dépendent de l’aide alimentaire pour s’approvisionner en riz, et seulement 25 pour cent ont déclaré avoir recouvré leurs moyens de subsistance.



Quelque 83 pour cent des ménages sondés se seraient endettés, principalement pour acheter des vivres.



Le taux de chômage est élevé, et les populations touchées ont besoin d’aide pour pouvoir reprendre leurs activités rémunératrices, dans le secteur agricole, la pêche ou le petit commerce, selon M. Kaye.



« Le rétablissement demandera encore plusieurs années d’aide et d’apports », a-t-il estimé.



Selon la FAO, à peine cinq à 10 pour cent de l’équipement de pêche perdu a été remplacé, et l’on observe encore une pénurie d’animaux de trait, utilisés par les petits et moyens agriculteurs pour labourer leurs champs.



Compte tenu de leur importance en tant que source de revenus, il faudrait également donner plus de porcs, de poules et de canards aux nombreux ménages vulnérables qui ne possèdent pas de terres, selon l’organisme.



Rétablir les moyens de subsistance



Pour réhabiliter les biens individuels et communautaires, le PAM et ses partenaires privilégient progressivement les programmes, plus durables, de rétablissement à moyen terme, tels que les programmes de développement foncier et les activités qui permettent d’augmenter la production alimentaire et d’assurer un meilleur accès aux marchés.



« L’aide alimentaire du PAM sera progressivement supprimée au cours des sept prochains mois, environ, mais notre retrait dépendra de la capacité des familles et des communautés à se sortir des dettes importantes qu’elles ont contractées en tentant de reconstruire leur vie, et d’adopter un moyen de subsistance plus viable », a souligné M. Kaye.



Cette dernière année, le PAM a distribué 70 000 tonnes d’aide alimentaire à plus d’un million de bénéficiaires. L’organisme met fin à ses opérations à Pyapon et Mawgyun, mais il les développera dans les divisions administratives de Bogale et Labutta jusqu’à la fin de l’année 2009, ciblant 300 000 personnes.



Bien que ce nombre soit bien inférieur au million d’habitants qui recevaient auparavant une aide alimentaire au plus fort de l’opération lancée par l’organisme en octobre, il reste significatif dans une région autrefois considérée comme le « grenier » du Myanmar, qui auparavant n’avait pas besoin d’aide alimentaire, selon les spécialistes.



lm/ds/mw/nh/ail