Aide alimentaire – L’achat local, moins cher mais pas toujours plus facile

Acheter l’aide alimentaire plus près de là où l’on en a besoin permet d’économiser du temps et de l’argent, selon un nouveau rapport publié par le gouvernement américain, mais les marchés locaux, mal organisés, et le manque de fournisseurs fiables peuvent s’avérer problématiques.



Les pays bénéficiaires d’Afrique attendent souvent quatre à cinq mois avant que l’aide alimentaire ne leur soit envoyée de l’étranger, tandis que les produits achetés dans le pays ou la région sont parfois reçus en à peine plus d’un mois, selon un nouveau rapport du Government Accounting Office (GAO) des Etats-Unis, le comité d’enquête du Congrès, chargé de vérifier l’allocation des fonds publics et d’évaluer les programmes fédéraux.



D’après le Programme alimentaire mondial (PAM), le plus grand organisme d’aide alimentaire, il est moins cher d’acheter local (34 pour cent moins cher en Afrique subsaharienne, 29 pour cent dans les pays d’Asie) que d’expédier des vivres des Etats-Unis, notait le GAO dans son rapport, intitulé Local and Regional Procurement Can Enhance Efficiency of US Food Aid, but Challenges May Constrain Its Implementation L’approvisionnement local et régional peut permettre d’améliorer l’efficacité de l’aide alimentaire américaine, mais des difficultés risquent d’entraver sa mise en œuvre.



La plupart des vivres utilisés dans le cadre de l’aide alimentaire sont cultivés aux Etats-Unis et expédiés dans les pays bénéficiaires à bord de navires américains ; le rapport aborde la possibilité que l’approvisionnement local et régional (ALR) puisse améliorer l’efficacité de l’aide alimentaire américaine.



Au cours d’un témoignage livré devant le Congrès au sujet du rapport, qui repose sur les conclusions de son équipe, Thomas Melito, directeur du service du commerce et des affaires internationales du gouvernement américain, a expliqué que l’ALR était « progressivement devenu, ces 10 dernières années, un élément clé des opérations d’aide alimentaire multilatérales », la plupart des bailleurs étant passés, ces dernières années, à des programmes d’aide alimentaire reposant sur des dons financiers.



Les Etats-Unis sont le premier donateur d’aide alimentaire du monde, puisqu’ils envoient à eux seuls plus de la moitié de l’aide alimentaire mondiale, selon le GAO ; mais ils viennent à peine de lancer leurs programmes d’ALR.



La loi 2008 sur l’agriculture, qui couvre l’aide alimentaire et est mise à jour tous les cinq ans, a autorisé le ministère américain de l’Agriculture (MA) à lancer un programme pilote sur cinq ans, doté d’un budget de 60 millions de dollars, et visant à permettre un approvisionnement en aide alimentaire plus près des pays bénéficiaires. Cinquante millions de dollars supplémentaires ont été versés par l’USAID, l’agence américaine d’aide au développement international, pour permettre l’ALR de l’aide alimentaire en réaction aux situations d’urgence actuelles, et notamment à la crise alimentaire mondiale de 2008.



Le PAM est un fervent défenseur de l’ALR. En 2008, l’organisme s’est procuré 78 pour cent de son aide alimentaire dans les pays en voie de développement et 22 pour cent dans les pays développés, pour contrer la hausse mondiale des prix des vivres et des carburants.









D’après le Programme alimentaire mondial (PAM), le plus grand organisme d’aide alimentaire, il est moins cher d’acheter local (34 pour cent moins cher en Afrique subsaharienne, 29 pour cent dans les pays d’Asie) que d’expédier des vivres des Etats-Unis

Les inconvénients



Lorsque les marchés fonctionnent mal, planifier l’ALR peut néanmoins s’avérer compliqué : en Afrique subsaharienne, il n’existe qu’une seule bourse qui fonctionne bien pour les produits agricoles, la South African Futures Exchange (SAFEX) ; il est donc souvent difficile d’évaluer le prix véritable des vivres dans d’autres marchés d’Afrique, et bon nombre d’entre eux sont informels.



« Par exemple, en Ouganda, environ 30 à 50 pour cent des surplus de maïs commercialisables sont vendus de manière informelle, souvent à bicyclette de l’autre côté de la frontière, au Kenya ou au Rwanda, selon le PAM, l’USAID, les représentants des gouvernements étrangers, et d’autres personnes que nous avons interviewées au cours de nos recherches sur le terrain, en Ouganda », pouvait-on lire dans le rapport.



L’ALR peut également faire grimper les prix dans le pays où l’on achète les vivres, a déclaré M. Melito au Congrès. « Bien que la plupart des responsables de l’approvisionnement du PAM que nous avons interviewés aient déclaré que l’approvisionnement local en aide alimentaire n’influait généralement pas sur les prix pratiqués sur les marchés, notre analyse de la littérature et des interviews réalisées au cours des recherches menées sur le terrain montre qu’il est arrivé que l’ALR contribue à la hausse et à l’instabilité des prix sur les marchés où les vivres sont achetés ».



Le manque de services de veille commerciale efficaces est également un obstacle. A ce propos, M. Melito a cité la décision du Malawi de vendre des vivres au PAM, en 2007 ; décision qui, selon ce qu’a appris son équipe, était fondée sur des estimations de production erronées. « Quelques mois plus tard, le Malawi était touché par une hausse du prix des vivres et des pénuries alimentaires ».



Malgré les « avantages potentiels » de l’ALR, les organismes se heurtent souvent à différents problèmes, notamment un manque de fournisseurs fiables, des capacités logistiques limitées, des systèmes juridiques peu efficaces et des restrictions financières, imposées par les bailleurs.



Selon le rapport, le PAM demande aux fournisseurs d’aide alimentaire d’acheter des obligations, qu’ils pourront perdre s’ils ne remplissent pas les obligations stipulées dans leurs contrats ; toutefois, lorsque le PAM s’approvisionne auprès de petits agriculteurs, cette condition n’est pas imposée, ce qui peut causer des problèmes.



« Par exemple, le responsable de l’approvisionnement du PAM en Ouganda nous a expliqué qu’un grand nombre des petits agriculteurs auprès desquels l’organisme s’approvisionne n’avaient jamais vu de contrat auparavant, et que le PAM avait dû prendre des mesures pour assurer que les marchandises achetées seraient livrées à temps et dans le respect des conditions de qualité stipulées dans les contrats applicables », a expliqué le GAO.



Les restrictions en termes de délai et de financements de la part des bailleurs peuvent également empêcher l’ALR de devenir une source efficace d’aide alimentaire. Un responsable de l’approvisionnement du PAM au Soudan a ainsi expliqué à l’équipe du GAO qu’en janvier 2009, il prévoyait que 100 000 à 200 000 tonnes de vivres seraient mises en vente sur le marché, mais qu’il ne pourrait en acheter que 20 000 tonnes en raison des délais de versement des financements accordés par les bailleurs.



Par ailleurs, selon M. Melito, on ne sait pas précisément dans quels cas les organisations humanitaires peuvent passer outre l’utilisation obligatoire de navires américains pour transporter les vivres achetés à l’échelle locale ou régionale ; attendre l’arrivée des navires américains ferait en effet obstacle aux programmes, a-t-il expliqué au Congrès.



M. Melito a appelé toutes les organisations humanitaires à améliorer leur veille commerciale, à s’assurer que les normes de qualité et les normes nutritionnelles des aliments achetés à l’échelle locale étaient respectées, et à clarifier les conditions d’utilisation des navires américains pour le transport des ALR, afin de « mieux répondre aux besoins des populations affamées ».



jk/he/nh/ail